Les différents visages de l’autopromotion, par Marie-France Chambat-Houillon

dans Télévision

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Suite à mon post du début de semaine concernant l’autosatisfaction de France 2, ma collègue de Paris III, Marie-France Chambat-Houillon m’a fait parvenir une série de réflexions que je copie ci-dessous pour les semioblogeurs que la question intéresse. Elle met en avant les nouvelles formes de réflexivité télévisuelle lorsque celle-ci se fait autopromotion et elle montre à quel point « l’art de la programmation » est un art subtil… Je la remercie pour sa contribution.

Chère Virginie,

Ta remarque est très juste sur la différence entre Tf1 et France 2. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que l’auto-promotion de France 2 porte sur l’audience réalisée. De mémoire, après la diffusion du film les Choristes, un discours réflexif menant à un satesfecit de même nature a été mis à l’antenne.

Chose plus rare, la présence d’un discours sur un « non-succès » comme celui de la série « L’état de Grâce » l’année dernière peut être également observée. A l’issue du premier épisode, l’audience escomptée n’étant pas au rendez-vous a obligé France 2 à diffuser non pas une bande-annonce, mais un discours promotionnel réalisé à partir de mentions écrites extraites de la presse générale et spécialisée. Toutes ces citations étaient évidemment favorables à la série, comme cela se fait dans l’édition sur les quatrièmes de couverture des livres. Ce discours « paratextuel » en quelque sorte pointait la différence entre la reconnaissance de la qualité par les professionnels (journalistique, producteurs,) et la reconnaissance du public dont la seule mesure est quantitative et se nomme audience. La position de France 2 est alors ambivalente et paradoxale : louant les qualités du programme ( position propre aux missions du service public) elle essaye d’être un concurrent légitime pour TF1 en exprimant ses attentes en matières d’ audience. France 2 par ce discours promotionnel a tenté de concilier ce qui est par définition antagoniste: par ses exigences du service public, elle a tenté de construire une certaine forme de réussite concurentielle fondée exclusivement sur les qualités intrinsèques du programme. Ce qui est impossible.

En effet, le succès d’audience d’une émission ne dépend pas exclusivement de ses propriétés internes (innovation, originalité, mise en scène impeccable, etc.) mais est un subtil mélange entre des critères endogènes ( ceux du programmes) et exogènes comme la programmation ( de la chaîne comme de ses concurrents) et des valeurs portées par l’identité du diffuseur. France 2 a peut-être oublié que dans l’alchimie de l’audience, cette deuxième catégorie est certainement très déterminante dans l’adhésion des téléspectateurs.

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