Le grand journal de Canal +, ou l’avènement du genre « talk show »

dans Télévision

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Hier soir, Michel Denisot recevait Olivier Besancenot dans la première partie du grand journal, et l’émission a réuni plus que 1.600.000 téléspectateurs, avec 9,5 % de parts de marché, c’est-à-dire un des meilleurs scores de l’émission. Le grand journal a dépassé l’audience de 100 % Mag sur M6 et a talonné Service Maximum, l’émission de Julien Courbet sur France 2.

Alors, pourquoi un tel succès ? On peut y voir plusieurs raisons :

. Le mélange des genres, tout d’abord, particularité du genre talk show. Dans Le grand journal, on mélange tout et très vite, passant d’un discours politique à la météo, de l’actualité des livres au zapping. Le téléspectateur peut en prendre et en laisser, au fur et à mesure de ses activités.

. Ensuite, (et la deuxième remarque découle de la première), puisque le téléspectateur est lui-même invité à zapper cette émission déjà pré-zappée pour lui, on peut dire qu’elle respecte plus que les autres la temporalité du téléspectateur qui, à ce moment de la journée, a allumé la télé, mais aussi prépare le dîner, passe un coup de fil ou termine les devoirs du petit dernier (ou même les siens). Ce programme n’est pas fait pour être vu en continu, il a donc un côté pratique.

. Il mélange ensuite le ludique et le sérieux. Lorsque c’est sérieux, on peut l’être, certes, mais jamais trop longtemps, et les invités ont désormais tout à fait compris l’intérêt qu’il y avait pour eux à adopter le format. D’Olivier Besancenot à Dominique de Villepin, on affiche un sourire Colgate, on répond vite, on répond bien, on connaît l’humeur et l’humour, bref, on maîtrise le dispositif.

. Le grand journal est, de fait, une émission rythmée, dynamique, dont les chroniqueurs fonctionnent comme une équipe qui aime travailler ensemble, avec un discours qui flirte entre divertissement et information, et une « patte » Canal très forte, qui fait que l’on parle beaucoup des médias, en portant sur eux un regard ironique, ce que Canal+ a toujours fait.

Dans le fond, Le grand journal est une émission qui correspond fortement à l’identité de sa chaîne, Canal+, et c’est l’une des raisons de son succès. On peut dire aussi (même si l’avenir nous le confirmera), que nous en sommes, avec ce programme, à l’avènement du genre « talk show », c’est-à-dire un mélange des genre bien huilé, « réglé comme du papier à musique », ou chacun des protagonistes connaît son rôle par coeur. Ségolène Royal, Vanessa Paradis, François Bayrou ou Djamel y sont logés à la même enseigne, et l’on peut craindre un appauvrissement du discours médiatico-politique. Sauf si l’on considère qu’il doit y avoir d’autres lieux pour les discours politique, car celui-ci, s’il est sympathique et agréable, n’en n’est pas moins du divertissement, coincé entre une belle miss météo et un PPD en latex.

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