Deux ou trois choses sur la télévision et l’identité des chaînes

dans Télévision

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de vous parler de plusieurs choses, dans un seul article. Il s’agit de plusieurs émissions ou passages vus à la télé, et  de quelques pensées que j’ai envie de vous faire partager.

Le première remarque fait suite à une bande-annonce que j’ai vue sur Canal+, et qui faisait la promotion de la diffusion du film Die Hard. Très originiale, cette B.A. montre Laurent Weil, spécialiste du cinéma sur Canal, qui arrive à la terrasse d’un café avec son journal, et qui s’y intalle tranquillement. L’image suivante montre Bruce Willis dans une scène très dynamique, empreintée au film Die Hard. Les images de Laurent Weil présentent la même couleur et la même atmosphère que celles de film en question, ce qui permet de donner l’impression qu’il s’agit bien du même et même film, et que le présentateur de Canal+ est un acteur de ce film. Il reste très calme, face aux images fantastiques, et boit son café, sourire en coin en semblant dire au téléspectateur : « Décidément, ce Bruce Willis ne changera jamais ». En mettant en scène dans le même document un animateur de la chaîne et un grand acteur dans des extraits du film en question, Canal+ a osé l’originalité dans un type de document pourtant si souvent banal. En mêlant fiction et réalité, la chaîne montre surtout la force de son identié, qui est, et a toujours été fondée sur le mélange des genres. Elle montre également la logique de sa programmation entre la fiction et les programmes, qui peuvent se répondre les uns, les autres, ce qui a toujours été l’une des forces de la chaîne.

L’autre fait que je souhaite évoquer ici, concerne la nouvelle émission de France 2, « Les infiltrés », présentée par David Pujadas. Cette émission repose sur le principe de la caméra cachée, ce qui a créé la polémique sur les fonctions de journaliste, lorsqu’il s’agit de se cacher pour exercer son métier. Les méthodes sont en effet discutables, puisqu’il s’agit de se cacher pour dévoiler, de ne pas se présenter comme journaliste, pour dévoiler des dysfonctionnements. Nous reviendrons sur cette émission à une autre occasion. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est la nouvelle polémique dûe à l’émission. Une fausse stagiaire se serait infiltrée au sein de la rédaction du magazine people Closer, et aurait filmé son stage, en caméra cachée. L’émission doit être diffusée début décembre. En début de semaine, des journalistes du magazine Closer ont porté plainte contre l’émission de France 2, pour atteinte au droit à l’image. C’est l’arroseur arrosé ! Certes, cette « technique journalistique » peut faire sourire quand elle s’applique à Closer, mais elle s’avère de toutes façons très gênante, violente et intrusive. Aujourd’hui, nouvel élément : une cassette sur laquelle était enregistrée l’émission a été volée dans une salle de montage de CAPA, qui produit l’émission. On ne peut que regretter de tels agissements de la part d’une émission diffusée, de surcroît, sur le service public, et il est bien évident que nous sommes très éloignés de pratiques journalistiques honorables. Je pense aussi à mes étudiants, pour lesquels il n’est pas toujours facile de trouver des stages, et qui vont peut-être avoir à subir les effets négatifs de ce type d’agissement, dans le sens où on se méfiera de plus en plus des personnes qui n’appartiennent pas directement à l’entreprise qui accueille le stagiaire. Je pense aussi à nous, les chercheurs, qui avons parfois besoin d’intégrer des lieux pour mieux comprendre le fonctionnement des institutions que nous analysons. Ce fût mon cas en 2007, lorsque j’ai passé une semaine au sein de la rédaction du magazine people Public, qui m’a accueillie en toute confiance. « Les inflitrés » participe, par ses pratique douteuses, à exhacerber un climat de méfiance global, et ce n’est pas une bonne nouvelle.

Ce soir enfin, sur France 2, était diffusé le documentaire « 14-18, le bruit et la fureur ». Essentiellement conçu à partir d’images d’archives colorisées et sonorisées, ce document retrace les quatre années qu’a duré le premier conflit mondial, à travers le regard et les réflexions d’un soldat français. Ces archives montrent le terrain, sur des commentaires d’Alexandre Astier. Ce qui est frappant, dans ce discours en images en couleurs, c’est la force du documentaire, qui offre au téléspectateur un regard proche, presque indescent dans sa force de réalité. Il montre des Hommes, comme s’il s’agissait de nous, et l’aspect réel est conforté par le récit en voix-over, puisqu’il s’agit de la mise en scène de la parole d’un soldat, qui nous raconte sa vie, même si en fait, il nous raconte la guerre. Pourtant, ce film mélange les genres, dans le sens où il mêle la réalité d’une part, avec des images sur le front qui sont soit tirées des archives, soit provenant des actualités cinématographiques, et la fiction d’autre part, avec quelques extraits de films contemporains, mais dont le titre est toujours précisé, ce qui permet de ne pas « trahir » le téléspectateur. A caractère explicatif, ce film montre les horreurs de la première guerre mondiale et tente d’humaniser ce qui n’est pas humanisable. Pour la mémoire.

Entre « Les infiltrés » et le documentaire « 14-18, le bruit et la fureur », il n’y a aucun rapport, sauf celui d’être diffusé sur la même chaîne de service public, France 2. Dans le premier cas, on est en droit de poser la question de la légitimité de telles pratiques, tandis que dans le second, la mission de service public est totalement remplie. A l’heure où l’on se pose justement la question des missions des chaînes du service public ce que j’observe ici est symptomatique d’une grande chaîne dont l’identité reste trop floue, et qui est à repenser.

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