Mise en scène de la précarité : lorsque Delarue organise le téléthon des pauvres

dans Télévision

S’il est un phénomène qui ne connaît pas la crise actuellement, c’est bien la  mise en scène du malheur à la télévision. Surfant sur la crise actuelle, France 2 proposait ce soir une émission présentant (selon le site Internet de la chaîne) « les nouvelles figures de la précarité ». Voici encore ce que présente le site : « Divorce, licenciement, décès du conjoint ou naissance d’un enfant, les événements les plus banals peuvent entraîner la chute. – «Marjorie». Mère célibataire de 25 ans, Marjorie a arrêté de travailler pour s’occuper de sa fille. Avec ses maigres revenus elle n’arrive plus à payer son loyer et risque l’expulsion. – «Marie-Josée». Suite à un licenciement, Marie-Josée se retrouve, en quelques mois, expulsée de son appartement avec sa fille. Elle loge successivement dans un cave puis dans une chambre de bonne. Aujourd’hui, elle a réussi à retrouver un toit. ».

La mise en scène en appelle aux larmes et montre que tout cela « peut nous arriver ». Il s’agit aussi, dixit le présentateur, de « changer le regard de tout le monde » face à des situations difficiles. Au coeur du concept, il y a l’empathie, recherchée chez le téléspectateur qui doit pleurer avec, être malheureux, compatir, bref, rester sur la chaîne. A 23 h 14, Jean-Luc Delarue, (à fond), précise que « on est en direct intégral », juste avant de prendre une téléspectatrice au téléphone, qui propose un poste de chauffeur livreur, et un poste de fabrication dans son usine, pour les personnes sur le plateau. L’animateur est très heureux, il semble halluciner de toute cette générosité et ce « grand coeur ». En coulisses, il y a un certain nombre de standardistes, managées par une jeune femme, Aude, qui gère le standard comme SVP à l’époque de l’ORTF. Chacun peut téléphoner pour proposer de l’argent, un job, des vêtements, et pourquoi pas des patates. Nous sommes ici dans une télévision du malheur et de la solidarité. La seule solution pour régler tant de problèmes, de larmes et de désoeuvrement serait la « solidarité en direct ». En ce sens, la chaîne montre son pouvoir, qui est ici celui de mettre en relation des français qui ont bon coeur (à l’inverse de TF1 qui, après avoir présenté le malheur, donne de l’argent ou des cadeaux). Le pouvoir, selon que l’on est sur une chaîne privée ou publique, ne se présente pas de la même manière.

« Il faut s’accrocher, ce qui nous sauvera c’est la solidarité » dira Jean-Luc Delarue pour terminer. Merci pour le conseil. On va au moins essayer de s’accrocher jusqu’à janvier prochain, pour voir si, sans la pub, le service public pourra (osera) encore se payer ce genre de programme qui cache, sous le prétexte de la solidarité, la mise en scène du malheur au service du voyeurisme d’un public qui n’a plus qu’à consommer beaucoup de mouchoirs en papier. Ou à zapper.

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