Capital sur M6 : Qu’est-ce qu’une bonne histoire pour les médias ?

dans Télévision

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S’il est bien une question essentielle pour les médias audiovisuels, c’est la question de l’illustration des sujets. Comment parler d’un métier, des vacances, du sport ou tout autre thème sans passer par une histoire humaine ? Impossible. La radio et la télévision ont pour particularité de devoir nécessairement parler par l’illustration, et donc par le récit, et bien souvent le récit de vie.

Prenons par exemple le cas de l’émission Capital de M6. Ce soir (et comme souvent), il s’agit de se pencher sur les patrons et salariés face à la crise. Pour illustrer la thématique, on va donc s’intéresser à des cas particulier qui vont avoir la valeur de l’exemple. Il est question de suivre ce soir le parcours de Denis ou encore celui de Jérôme, entrepreneurs, ou bien de Bernard, salarié et on va les observer dans leur parcours, le commentaire permettant d’expliquer, et d’agrémenter la parole du témoin.

Ce qui est important ici, c’est bien de se rendre compte que la problématique d’une émission comme Capital est à la fois de devoir parler de choses générales, tout en ne pouvant que prendre des cas particulier. Les enjeux sont alors à la fois de trouver les « bons clients », qui vont pouvoir illuster les sujets au mieux, tout en réussissant à être suffisamment généralistes, pour pouvoir concerner tout le monde,

Mais qu’est-ce qu’un « bon client » ? Il s’agit de quelqu’un qui va pouvoir « représenter » au mieux la situation : si on parle de « pauvres », choisir quelqu’un qui l’est vraiment, et qui arrive à pleurer devant la caméra, si on parle de « riches », choisir un vrai de vrai, et qui saura se faire détester, etc. Il faut aussi que ce bon client sache parler, et bien le faire. Attention, « parler bien » ne signifie pas « bien parler ». Il n’est pas forcément question de faire des phrases dans un français correct, mais plutôt dans un « langage qui parle » télévisuellement, et qui fasse passer de l’émotion. Comment parler de chômage ? En montrant une famille dont la femme et l’époux sont en train de perdre leur emploi, et en explicitant leur malheur, leur tristesse et leurs larmes : rien ne passe, à la télévision, sans la force du témoignage, le récit de vie. On constate par exemple que les larmes sont essentielles, pour faire passer de l’émotion et la partager…

Nous avons souvent, sur le semioblog, évoqué le concept de « Storytelling », qui montre à quel point ce qui compte, c’est la narration et surtout le fait de trouver « la bonne histoire » et de la raconter, qu’il s’agisse de politique, de vente ou de médias. Raconter des histoires est finalement le seul moyen non seulement de séduire et de convaincre, mais aussi et surtout d’expliciter les choses, et, dans le cas qui nous intéresse, de créer de l’émotion et faire rester le téléspectateur. Dès lors, le discours est plus que jamais formaté, puisque rien d’autre ne passe en dehors du témoignage, et la parole des spécialistes n’est plus de mise, elle fait « moins vrai »… On en arrive alors aujourd’hui, à la télévision, à une logique du témoignage tellement forte, qu’aucun discours ne peut se passer de la parole du témoin. Pas de témoin = pas d’existence, donc pas de récit, rien. Nous sommes ici en droit de nous inquiéter, car si on ne trouve pas le « témoin idéal », il n’y aura pas de sujet, pas de reportage. La télévision, désormais, ne cherche que des narrateurs qui soient également acteurs des situations : il faut qu’ils nous racontent leur vie. Pourtant, nous savons que ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de parole tenue qu’il n’y a pas d’événement, et que la vie existe, en dehors de son récit.

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