Les questions médiatiques ou les limites du plan « alerte enlèvement »

dans Télévision

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Depuis vendredi, les médias en font leur une : l’enlèvement de la petite Elise, 3 ans et demi. Cette histoire a fait l’objet, pour la huitième fois en France, du déclenchement du plan « Alerte enlèvement ». Ce dispositif s’inspire des systèmes « Ambert alert » créés aux Etats-Unis en 1996 et au Québec en 2003. Il s’agit de  diffuser très rapidement auprès de la population, sur l’ensemble du territoire national, des informations précises relatives à l’enlèvement afin de provoquer des témoignages susceptibles de favoriser la rapide libération de la victime. Ce dispositif se base sur des études qui ont montré que les premières heures suivant les disparitions sont décisives, et la décision de déclencher le plan « alerte enlèvement » est prise par le procureur de la République, en concertation avec les enquêteurs. La victime doit nécessairement être mineure, l’enlèvement doit être avéré (il ne peut s’agir d’une disparition qui serait seulement  « inquiétante ») et il doit y avoir un minimum d’informations permettant de localiser l’enfant ou le suspect.

Le message d’alerte est diffusé pendant trois heures par différents vecteurs : chaînes de télévision, stations de radio, agences de presse, panneaux à messages variables sur les autoroutes, message sonore dans les gares et les stations de métro, sites internet d’associations de victimes. Jusqu’à présent le dispositif a correctement fonctionné en France, permettant de retrouver rapidement l’enfant disparu, enfant qui a été enlevé par un inconnu. C’est ce qu’on a cru au début de cette nouvelle affaire, mais cette dernière est en fait très différente. Nous ne sommes pas, comme ce fût le cas précédemment, en présence d’un enlèvement exécuté par un étranger à la famille, car il est apparu très vite que c’est la mère d’Elise qui a participé à l’enlèvement., aidée par des complices La petite fille est au cœur d’un divorce très conflictuel entre son père français et sa mère russe, et cet enlèvement est le troisième subi par Elise. Nous sommes donc dans le cas d’une affaire d’ordre privé, relevant d’un droit international très complexe.

Le point sur lequel je souhaite vous alerter ici c’est que nous sommes peut-être face à une limite du plan « alerte enlèvement », qui consiste à faire entrer une affaire privée dans l’espace public. On ne peut pas forcément dire qu’il n’aurait pas fallu déclencher ce plan, puisque toutes les conditions étaient réunies pour le faire, et qu’il s’agissait bien d’un enlèvement. Cependant, cette histoire est désormais une histoire médiatique, le papa de la petite est au journal télé, il interpelle le Président de la République. Tout le monde a son mot à dire sur cette affaire, et on déplore naturellement qu’une enfant si jeune puisse se retrouver au coeur d’un déchirement comme celui-ci. Il ne nous faut pas oublier cependant que cette histoire n’est hélas qu’un cas, parmi beaucoup d’autres et que si elle est intéressante médiatiquement c’est parce qu’elle illustre une problématique qui n’est pas nouvelle, celle des enfants bi-nationaux. Depuis le livre « Jamais sans ma fille » de Betty Mahmoodi en 1991, puis son adaptation sur les écrans par la suite, ce problème a été souvent mis en avant dans les médias. Dès lors, nous sommes totalement sortis de cette affaire d' »alerte enlèvement », pour tomber dans un récit plus fort et passionnant : pas de malade mental enlevant une petite fille, mais de l’amour, des larmes et un vrai sujet à fantasmes internationaux, avec, si on a de la chance, un soupçon de mafia russe. On sait par ailleurs que le début d’une histoire compte beaucoup pour la suite de la narration, et ce qu’on peut dire à présent, c’est que les médias ont bénéficié ici d’un lancement digne d’une bande-annonce hollywoodienne.

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