La grippe est-elle porcine, mexicaine ou A ?

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Avez-vous constaté, chers Semioblogueurs, l’enjeu sémantique de la semaine autour de la fameuse grippe ? Petit retour sur trois appellations différentes, pour désigner la même chose.

. Cela commence il y a environ une semaine, avec l’annonce de cette grippe, alors appelée par les médias « Grippe porcine ». Elle a été baptisée ainsi car c’est chez le porc que le virus H1N1 a muté avant d’être transmis à l’homme. Mais la grippe qui sévit aujourd’hui ne touche que l’homme, les porcs n’en sont pas atteints, les petits malins. En plus, les éleveurs de porcs, franchement, ils n’apprécient pas qu’on associe leurs petits cochons à cette maladie mortelle. Nan c’est vrai, si on arrête les fêtes du cochon dans notre beau pays, on risque vraiment de s’ennuyer cet été.

. D’accord. Alors, puisque les porcs ne sont pas d’accord, et que la maladie est arrivée du Mexique, on va dire que c’est une « Grippe Mexicaine », ça fait exotique, c’est certain. On peut sentir les nachos au fromage et la Corona, entre deux éternuements. Seulement voilà, les mexicains n’apprécient pas non plus, et on peut le comprendre. Quid du tourisme, et des produits mexicains dans l’avenir, si le commun des mortels associe le Mexique à la grippe ? Il faut faire un effort et redonner au Mexique son petit côté olé-olé.

. Il fallait tendre alors vers une terminologie qui n’impliquerait personne, qui ne vexerait ni l’un, ni l’autre. Adieu veau, vache, cochon, sieste mexicaine et tequila frappée : on allait trouver mieux et moins sémiotiquement engageant. La Commission européenne a proposé le terme de «nouvelle grippe», comme la nouvelle économie, la nouvelle cuisine ou la nouvelle star… Mais comment auraient réagi les « nouveaux » ? Ils se seraient certainement élevés contre cette terminologie étrange. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a donc opté pour la « Grippe A (H1N1) », autrement dit « Grippe A » dans les médias. On considère donc qu’une lettre permettra de tendre vers une forme d’objectivité, un degré zéro du sens en somme.

Trois appellations en une semaine, du bon boulot. On voit bien que nommer une maladie si grave véhicule des enjeux très importants. Ici, les médias sont des vecteurs d’identité essentiels, et ils peuvent faire ou défaire l’image de domaines, professions ou pays. On peut craindre cependant que les « A » de l’alphabet s’unissent pour se plaindre, demandant pourquoi on n’a pas plutôt décidé de prendre les « B » ou même les « Z ». Affaire à suivre.

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4 commentsOn La grippe est-elle porcine, mexicaine ou A ?

  • Ces médias et chercheurs en tout genre ont l’air « vachement » plus fort pour se réunir et converser des heures sur le nom d’une épidémie plutôt que de s’atteler à trouver un vaccin pour la contrer…;)
    « Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence » (Euripide)

  • Très juste et très drôle.

  • Le problème est le suivant : grippe A H1N1, c’est trop long et trop scientifique, personne ne veut employer le nom tel quel, même chez les journalistes. Et grippe A, c’est en réalité le type de virus. La grippe aviaire était également une grippe A (H5N1).

    Bon, je pense que les journalistes continueront à employer le terme de Grippe A pendant quelques temps pour ne pas froisser les Mexicains, mais dans quelques années la « grippe mexicaine » reprendra droit de citer, en toute logique. Comme les grippes espagnoles, asiatiques et hong-kongaises.

  • C’est vrai qu’avec toutes ces terminologies, il n’est pas aisé de bien cerner le problème, d’autant qu’il semble qu’il soit présenté avec des proportions un peu surévaluées…

    En tous cas, grippe A, en voilà un nom qui ne signifie rien en soit.

    PS : petite précision, mon blog se nomme la tête dans le poste et non la télé dans le poste (cf. votre partie lien)

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