Nouvelle Star : Lettre ouverte à Julien Doré

dans Nouvelle Star - Edition 2009

julien-dore

Cher Julien,

Il faut que je te parle, car rien ne va plus au royaume de La Nouvelle Star, et c’est peut-être de ta faute. Ça fait longtemps que j’y pense, mais là, vraiment, il faut que je te parle. Mardi dernier, tu étais dans le prime-time, l’occasion pour moi de faire le point avec toi, une bonne fois pour toutes.

Voici un moment que j’écris sur La Nouvelle Star. A l’époque où tu étais candidat, j’avais produit quelques papiers sur ton cas ici http://semiologie-television.com/?p=1002. J’ai compris alors que tu étais un phénomène médiatique, tant les réactions de mes lecteurs face aux textes te concernant étaient intenses. J’ai voulu en savoir plus. J’ai donc consacré un chapitre de mon dernier livre sur toi, et sur tes aventures dans la presse people http://universite.deboeck.com/livre/?GCOI=28011100032130. J’ai tenté de comprendre comment la presse s’était emparée de tes histoires de cœur, et de ta vie en général, bref, j’ai analysé comment les médias avaient surfé sur la vague de ton succès, et comment ils avaient profité de la mise en avant de ton histoire. Le phénomène que tu étais a su transformer l’essai sur le plan artistique, comme si les choses se faisaient naturellement. Mais revenons à ton année à La Nouvelle Star.

Chacune de tes apparitions était attendue. Tainted Love c’était l’érotisme rockn’roll, à vous rendre sexy Valérie Damidot en short sur une Harley. Ta version de Like a Virgin, une version Jazzy qui donne envie de revoir New-York avec des claquettes. Mourir sur scène, l’impression qu’on n’a jamais fait le tour d’une chanson et que tout reste possible. Vanina, du Dave version sensible qui vous réconcilierait presque avec les paroles à deux euros cinquante. Les bêtises, un Santana qui aurait avalé Sabine Paturel, version littéraire et avec de la voix. Baby one more time, un truc à vous réconcilier avec Britney, et dieu sait qu’il y a du taf, bref. Mais depuis que tu as remporté le jeu, il est devenu fade et sans saveur. La Nouvelle Star manque de sel, de poivre, et même d’un truc difficile à définir,  qui appartient typiquement au plaisir spectatoriel et qui ne peut surgir que de l’inattendu, comme si plus rien ne pouvait arriver. Et d’ailleurs, rien n’arrive, ou pas grand-chose. C’est l’ennui lorsqu’on a vécu quelque chose de fort : qu’il s’agisse de sentiments, d’impressions ou de la vie, on a toujours du mal à gérer la simplicité du quotidien (ici télévisuel), après la puissance d’un phénomène artistique.

Et puis voilà, mardi, tu es revenu et tu as tout explosé, comme pour rappeler à la scène de Baltard ce que c’était qu’être quelqu’un capable de faire vivre une salle lorsqu’on est soi-même en mesure d’appréhender si intensément les choses. Désormais, bien sûr, tu es plus pro, et moins impro., et tu replaces les choses là où elles doivent êtres : sur la scène, un artiste total qui a compris l’importance d’être un personnage médiatique, avec un vrai côté « Fuck the world » qui manque tant  au marketing télévisuel. Tu as rappelé au public de l’émission une forme de valeur ajoutée, pas retrouvée depuis toi. C’est bien, et ça ne l’est pas. Car depuis ton départ, Julien, La Nouvelle Star, c’est comme un chewing-gum qu’on aurait trop mâché : ça a perdu le goût, même si on continue d’y croire et qu’on n’arrive pas à jeter pour passer à autre chose. L’année dernière, Philippe Manœuvre avait eu une formule marquante, à l’égard d’une candidate lors des castings, et je pense qu’on pourrait te la resservir et l’adapter : « Franchement Julien, t’es arrivé à La Nouvelle Star, et t’as tout foutu en l’air. Tu as fait à Irène Cara ce que Bush a fait à l’Irak : t’es rentré, t’as tout fait exploser et t’as dit maintenant, on fait quoi ? » On pourra toujours reprocher aux castings de ne plus avoir étés à la hauteur, au jury d’être faible, aux candidats d’être absents et de chanter faux, c’est peut être tout à la fois, ou même rien, peu importe. Ce qu’il faut que tu saches, Julien, c’est qu’il y a parfois des émissions de télévision qui sont marquées par des faits ou des personnages, et que tu as porté le point culminant de La Nouvelle Star, qui depuis, tente de renaître de ses cendres. Mais tu as changé la donne, porté les attentes ailleurs et modifié le contexte, ce qui me fait penser à cette phrase de Paul Auster, tant désespérante (pour l’émission) que réjouissante (pour toi et ton public) : « Une fois qu’on a goûté au futur, on ne peut pas revenir en arrière ».

Retrouvez chaque semaine mes textes sur La Nouvelle Star sur LePost.fr

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