Pourquoi les élections européennes ne sont pas médiatiques ?

dans Medias, Télévision

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Mardi dernier, en cours, j’ai discuté avec mes étudiants en Sciences de l’Information et de la Communication d’un phénomène que nous constatons tous : le fait que l’on parle si peu des élections européennes dans les médias en général, et à la télé en particulier. Les élections européennes se déroulent dimanche prochain, le 7 juin pour la France. Elles doivent permettre l’élection de 736 députés européens, représentant plus de 500 millions d’habitants et environ 375 millions d’électeurs dans les 27 États membres de l’Union. Les élections européennes sont très importantes et le Parlement européen est un acteur de poids dans le processus décisionnel de l’Union européenne. Il vote et façonne la législation européenne qui influence la vie quotidienne, notamment en termes de protection de l’environnement ou de sécurité du consommateur. Seulement, le problème, c’est que même si on parle de cette élection dans les médias, même si la télé publique est contrainte de remplir son obligation légale de diffusion des messages de la part des candidats et des partis, il est bien évident que la sauce ne prend pas, et qu’elle n’a jamais pris : télévision et élections européennes ne font pas bon ménage. Essayons de comprendre pourquoi :

L’élément majeur, me semble-t-il, est que l’Europe est un territoire très vaste et que les institutions européennes sont faites de telle manière qu’il n’y a pas un président de l’Europe qui puisse rester en place plusieurs années : la présidence est tournante, et change tous les 6 mois. De ce fait, il est non seulement difficile de cerner le territoire de l’Europe et le sens de ses frontières, mais aussi et surtout, on ne peut « s’attacher » à un Président, un style, une politique représentant un homme, et c’est certainement ici qu’il faut trouver l’une des raisons de l’échec médiatique de telles élections. On le sait, la médiatisation passe nécessairement par l’attachement à une personne : pour incarner des idées, du sens, des directions politiques, il faut une figure humaine et souvent unique (on peut le regretter, mais c’est ainsi). En ce sens, la télévision manque de figures illustrant l’Europe et les élections. Si on garde ce point de vue en tenant compte de la dimension politique, on ne peut que constater qu’en 6 mois, un Président ne peut véritablement agir, ni mettre en oeuvre des principes qui risqueraient d’être défaits par le Président suivant. Et puis, ce Président n’a pas été élu par les Européens dans leur totalité, il tire sa légitimité du fait qu’il a été élu par le vote des électeurs de son pays. Qu’il s’agisse de médias ou de politique, dans le fond, ce système tournant est un exemple de démocratie totale, sauf que tout le monde se retrouve dans une agora qui semble naviguer à vue, sans capitaine ni véritable leader.

Par ailleurs, il est très difficile d’incarner les questions politiques avec un territoire si vaste : la télévision a besoin d’illustrer les questions qu’elle aborde. Pas simple de parler du prix du lait en essayant de montrer l’importance du parlement européen. Et si vous tapez dans Google images le mot « Europe », c’est sur des centaines de cartes de toutes les couleurs que vous tomberez, comme si la seule façon d’illustrer était la carte, mais qui ne peut pas dire grand chose de la politique. Cela montre les difficultés de la mise en image, lorsqu’on a besoin d’y joindre du sens.

De plus, on a tendance à considérer que l’Europe n’intéresse personne, ou du moins pas le public, alors pourquoi lui parler d’une chose qui ne l’intéresse pas ? On ne peut que regretter que nous soyons ici dans le cas du média qui se base sur une forme d’intuition, et qui continue de se fonder sur la théorie du mort-kilomètre : un mort à proximité du média (et donc du public) aura plus d’importance que 3000 morts loin de là. Et si on a autant parlé du Tsunami de décembre 2004, c’est parce qu’il y avait énormément d’occidentaux sur place. Alors, on reste sur la proximité, avec la sensation que la boulangère du coin est plus importante que le poissonnier d’Oslo, ignorant totalement le fameux effet papillon.

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One commentOn Pourquoi les élections européennes ne sont pas médiatiques ?

  • Il manque un argument de poids dans votre article à mon sens, c’est que le manque d’intérêt pour les élections européennes découle d’un manque de « formation » autour de l’Europe. Beaucoup de français ne savent pas combien de pays forment l’Europe, que font ces députés. Ils entendent généralement parlé du Parlement (dont il est souvent fait mention dans les reportages TV par exemple par synecdote « à Bruxelles » ou « à Strasbourg »), beaucoup moins de ceux qui gouvernent, etc.
    En définitive, je crois que ce qui manque surtout c’est de la pédagogie. Les électeurs veulent savoir pour qui ils votent, la durée des mandats, les propositions et leur accès (pour les comparer). Bref, ils veulent savoir pourquoi on les sollicite.

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