Clash Bayrou – Cohn-Bendit, le buzz médiatico-politique (réactualisé)

dans Internet, Medias, Télévision

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Jeudi soir :

J’ai toujours pensé que la façon dont les médias se citaient était un vrai terrain d’analyse, à tel point que cela a été l’objet de ma thèse et même de mon premier livre. L’autre jour, lors de mon dernier cours de sémiologie avec mes étudiants, ils m’ont posé la question de la réflexivité  (ici un média qui cite un média) aujourd’hui : où en sommes-nous, et est-ce que la télé cite toujours autant la télé ? A cette question, il m’a semblé judicieux de répondre que la télé citait la télé, mais aussi que plus largement, les médias se citaient énormément entre eux, et que le web avait considérablement modifié la situation. Il me semble qu’aujourd’hui, on a pu en vivre un cas particulièrement éclairant.

En début d’après-midi, c’est l’enregistrement de l’émission « A vous de juger » qui doit être diffusée ce soir. A la même table, François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit débattent et la discussion commence à se tendre, le leader du Modem accusant le chef de file d’Europe Ecologie de fréquenter de trop près le locataire de l’Elysée, et revenant également sur un livre que Cohn-Bendit a écrit en 1975, dans lequel il relatait ses expériences d’animateur d’un jardin d’enfant et s’interrogeait sur les ambiguïtés sexuelles des rapports entre les adultes et les enfants… On arrive au clash.

Très vite, le JDD relate cette scène, et de nombreux médias reprennent « l’évenement », et c’est twitter qui s’emballe. Un grand nombre de courts messages relatent, citent, bref, parlent de ce clash, provoquant un buzz très intéressant du point de vue de la citation médiatique, et donc de la réflexivité. Mais ce n’est pas terminé. Vers 19 h 20, dans « Le Grand Journal », Michel Denisot parle de cette dispute, et comme on n’a pas d’images (puisqu’elles ne seront diffusées qu’à partir de 20 h 35 sur France 2), Denisot et Apathie « rejouent » la scène. Apathie occupe la place de Bayrou (« puisqu’il a l’accent du sud ouest »), et Denisot interprète le texte de l’ex-leader de 68. On est dans la fiction, ou du moins la feintise, avec cette idée de pouvoir et de devoir rejouer les scènes pour les faire « sentir » au public.

De la citation d’un fait non encore diffusé à la réinterprétation approximative d’une scène par des journalistes, l’effet réflexif est majeur et d’une grande ampleur. Tout d’abord, il provoque une véritable attente concernant le programme lui-même : on va pouvoir voir « en vrai » ce dont on a entendu parler toute la journée, et ce qu’on a vu jouer sur Canal+. Ensuite, on constate que le besoin de citation ne se préoccupe que très peu de la véracité, puisqu’il est susceptible de prendre la forme d’un sketch. Mais enfin, on pourrait dire que « ça y est ! On a parlé de l’élection européenne ! » Oui, mais à quel prix ? On retourne sur le terrain du scandale, le seul capable de créer du buzz. Et concernant le projet, les idées, il faudra repasser.

Et si vous voulez voir le clash, cliquez ici

Le lendemain vendredi, 19 h 30 :

Ce soir, François Bayrou était l’invité du « Grand Journal » de Michel Denisot, ce qui confirme ce grand buzz médiatique. Au-delà de la polémique, qui n’est pas le centre de mon intérêt ici, il est à noter que la présentatrice, Arlette Chabot, était aussi l’invitée de Canal+. Elle a expliqué les raisons de ce cafouillis discursif qui a eu lieu dans l’émission, accusant plutôt les  différents protagonistes  (notamment les « petits » candidats) de n’avoir su garder leur calme. François Bayrou a quant à lui persisté dans ses accusations contre Cohn-Bendit, mais on lui a laissé le temps de s’expliquer « je trouve que lorsque les enfants sont en cause (…) cela m’a bouleversé (…) et par ailleurs Cohn-Bendit m’avait insulté (…) est-ce une perte de sang froid ? C’est l’expression de quelque chose de profond sur moi, cela dit que je me met en colère quelquefois, rarement, mais là c’est arrivé, et cela dit quelque chose de ce qui me touche et m’émeut. C’était une expression non prévue, spontanée (…) Ce n’est pas un dérapage mais l’expression de quelque chose de profond ». Même si l’émission de Denisot montre à la suite de François Bayrou certaines paroles de Cohn-Bendit après l’émission, il n’empèche que c’est François Bayrou qui a eu la parole ce soir sur Canal+, et longuement. Cela faisait même longtemps qu’on n’avait pas laissé autant de temps à un homme politique pour s’expliquer, jusqu’à supprimer certaines rubriques du « Grand Journal « ce qui est très rare.  Cette explication était très politique, dans ses justifications.  Arlette Chabot a aussi eu le temps d’expliquer les difficultés qu’elle a eu a mener le débat, à gérer les intervenants, les accusant à nouveau d’être responsables.

On le sait, et c’est encore plus vrai pour les médias, c’est le dernier qui a parlé qui a raison. En ce sens, France 2 et François Bayrou ont pu, si ce n’est « réparer », du moins finir de surfer sur le buzz commencé hier. La parole politique prend naissance sur un plateau télé, elle est relayée par de multiples médias avant même d’être diffusée, pour continuer le lendemain sur les radios, dans la presse écrite, le web, la télévision, et le point final est posé sur un plateau, ce qui est logique. Que cela compte ou pas dans les résultats de dimanche, je garde intact le souvenir de « l’effet pommier » de Jacques Chirac en 1995, que j’ai analysé pour un article scientifique. La force des équipes du candidat à la présidentielle avait alors été de surfer sur un buzz qui aurait pu être négatif, et de transformer l’essai pour le positivier. Le buzz ne peut être contourné, sous peine de le prendre de plein fouet, comme lorsque vous surfez sur une vague : une seule solution, glisser dessus. Sinon, c’est la chute, et c’est ce qu’a compris le politique

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3 commentsOn Clash Bayrou – Cohn-Bendit, le buzz médiatico-politique (réactualisé)

  • Il s’est dit beaucoup d’autres choses dans cette émissions « fouillis » et autrement plus intéressante que les ressentiments et attaques personnelles des uns et des autres.
    Arlette Chabot a déclaré que cette émission avait pour but d’encourager les gens à aller voter et qu’elle doutait que ce but soit atteint.
    La faute en reviendra à ceux qui sont incapables de se maitriser, sans doute, mais elle est pour une bonne part imputable également aux médias qui surfent sur ce petit évènement pour assurer une audience qu’ils sont incapables de provoquer avec une émission « sérieuse ».
    Le public et la clientèle de ces médias a également une responsabilité en se délectant de tels moments.

  • Mes excuses pour les pluriels mal placés.

  • Les médias se multiplient et se citent logiquement les uns les autres dans la mesure où ils ne cherchent qu’à relater l’événement. Aujourd’hui le web révolutionne effectivement la donne de par l’interactivité et l’immédiateté qu’il procure. Il crée ce phénomène de bouillonnement autour de l’événement. Il fait « monter la sauce ». D’où l’importance d’essayer de le canaliser parce qu’aujourd’hui, dans la cacophonie environnante, il devient décisif d’avoir le dernier mot.

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