Putain, 25 ans ! L’esprit Canal ou l’invention d’un ton

dans Télévision

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Le 4 novembre 1984, c’était la naissance de Canal +. L’arrivée de cette première chaîne privée en France était annonciatrice d’un bouleversement du paysage audiovisuel, et pour la première fois, il fallait qu’une chaîne de télévision s’invente d’une identité, développe une personnalité. C’est André Rousselet qui a ouvert l’antenne à  8h du matin, en appuyant sur un bouton en régie, permettant à  186 000 premiers abonnés de découvrir la première chaîne a péage, et ceci douze ans après la création de la troisième chaîne. L’idée de François Mitterrand était que cette chaîne puisse collaborer au financement du cinéma et du sport en France.

Après des débuts difficiles, les abonnements finissent par décoller, notamment grâce au renforcement des plages « en clair » que la chaîne a ménagées dans ses programmes cryptés comme des vitrines financées par la publicité pour donner un avant-goût de la chaîne aux téléspectateurs et les inciter à s’abonner. Avec l’arrivée de Coluche, Les Nuls ou Les guignols de l’info (la liste n’est pas exhaustive), Canal+ va inventer un nouveau ton, qu’on appellera d’ailleurs « l’esprit Canal ». De quoi s’agissait-il ?

Mélange des genres

La chaîne est l’une des premières en France à avoir mis à l’antenne des émissions de type talk-show comme Nulle Part Ailleurs, qui passait de l’information à l’humour, de la fiction à la réalité : c’était l’invention du mélange des genres à la française. Les autres chaînes ont suivi cette mode et nous pouvons considérer qu’aujourd’hui, un programme tel qu’On n’est pas couchés de Laurent Ruquier sur France 2 est l’héritière du talk show de Philippe Gildas et Antoine de Caunes.

Loin d’être anecdotique, l’invention du mélange des genres a bouleversé l’espace médiatique et politique. Il semble désormais tout à fait normal que les hommes et femmes politiques fréquentent les plateaux de télévision aux côtés des chanteurs et que, de ce fait, ils deviennent des personnalités people comme les autres.

Humour

Dans le même temps et dans Nulle Part Ailleurs comme dans d’autres émissions, les émissions en clair ont pour fonction d’attirer de nouveaux abonnés. C’est aussi pour cela que nombre de programmes humoristiques sont apparus à l’antenne, favorisant l’idée d’un humour décalé, témoignant d’un certain recul et montrant que Canal+ est une chaîne capable de se moquer d’elle-même. Par exemple, Les Guignols de l’info, émission que j’ai longuement étudié dans mon premier livre, La télévision dans le miroir, n’a jamais hésité à mettre en scène des personnalités de la chaîne pour s’en moquer. Ce que montrait Canal+ alors, c’était qu’elle était capable de rire d’elle-même, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Transparence et réflexivité

Enfin, en mettant à l’antenne des émissions telles que Télés-dimanche ou TV+, Canal mettait en scène une volonté de transparence. Non seulement elle parlait d’elle, mais elle montrait  aussi qu’elle se situait en dehors du PAF. Son slogan était d’ailleurs à cette époque : « Pendant qu’on regarde Canal+, au moins, on n’est pas devant la télé ». Les émissions réflexives ont donné à la chaîne l’occasion de se forger une identité par différence avec celle des autres chaînes. C’était aussi le cas avec « les journées de la télé », mises en œuvre par Philippe Dana, qui organisait chaque année en région des rencontres entre les personnalités de la chaîne et ses abonnés.

Après avoir connu des années difficiles dans les années 2000, Canal+ a réussi à retrouver son identité médiatique, tout en prenant le tournant de la modernité face à une crise du marché publicitaire et au développement des nouveaux médias. On pourra toujours dire que « c’était mieux avant », et c’est peut-être vrai, aussi vrai en tout cas que des souvenirs rattachés à l’enfance, que l’on regarde avec nostalgie, alors qu’on souffle ses 25 bougies sur le gâteau d’anniversaire.

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2 commentsOn Putain, 25 ans ! L’esprit Canal ou l’invention d’un ton

  • Les Guignols de l’Info sont mon émission préférée, avec un regard toujours aussi décalé sur l’actualité et les ‘people’.

    Espérons que cette émission dure encore au moins 25 ans !

  • Il faut tout de même bien reconnaître que la chaîne s’est tout doucement mais bien profondément institutionnalisée.
    Et, s’il reste tout de même des perles comme groland, les émissions en clair ont parfois un sérieux air de ressemblance avec les chaînes classiques.
    Ce qui reste, maintenant que l’irrévérence a disparu (ou que celle des concurrents est arrivé à niveau), c’est le sport et le cinéma.

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