Pascal, le grand frère, lorsque TF1 sauve les familles

dans Télévision

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Le soir du 6 janvier 2006, c’était le premier numéro d’une nouvelle émission de TF1 : Le grand frère (qui deviendra par la suite Pascal, le grand frère). Julien Courbet en annonce les promesses :  « Le grand-frère va s’installer au cœur d’une famille où le dialogue est complètement rompu, entre l’adolescent et les parents, ça ne se parle plus que par insultes, il va essayer de rétablir l’ordre ». Le générique utilise un ton dramatique sur une voix-off terrifiante. Un adolescent et sa mère se disputent, le jeune l’insulte. Comme souvent sur M6 dans les programmes de télé-coaching, la famille dont il est question est une famille est une famille recomposée. Il s’agit, dans ce premier numéro du Grand frère, de l’absence d’un père compensée par un beau-père qui, comme son épouse, se fait insulter par l’adolescent.

Le grand-frère est présenté à la manière d’une série américaine. Il s’appelle Pascal, est éducateur spécialisé, et les images le montrent en train d’exercer son métier. Les images s’ouvrent et se ferment sur l’œil de Pascal en très gros plan. Il court, fait de la médiation, du sport, et il a surtout un physique proche de celui de Zinedine Zidane ce qui permet à la chaîne de jouer sur cette ressemblance et de développer une mise en image qui pourrait ressembler à un générique de match dans lequel jouerait l’équipe du célèbre footballeur désormais retraité. Au fur et à mesure des différents numéros de cette collection, cette image sera affutée et la ressemblance avec Zidane toujours plus accentuée. Ce soir, c’est l’histoire de Jeff, le fils de Nadia, qui rentre toujours très tard la nuit, ne dit pas ce qu’il fait, boit de l’alcool a été plusieurs fois arrêté par la police et insulte ses parents. Il est totalement perdu. La mère, quant a elle, avoue à la caméra qu’elle pleure souvent lorsqu’elle est seule, qu’elle ne sait plus quoi faire.

Pascal, le grand-frère va être aidé par ce que la chaîne appelle des « experts » : une psychologue, un chef d’entreprise et un ancien délinquant… Ensemble, ils visionnent des images que le téléspectateur a déjà vues, et Pascal fait son bilan grâce aux images. Lorsque l’on revient sur la vie de cette famille, ce sont des films de la famille qui sont exhumés, dans lesquels on voit Jeff petit garçon, et on explique que son beau-père s’est toujours occupé de lui. Le commentaire en vient fatalement au problème du père absent et se demande si c’est pour cela que Jeff est devenu délinquant. Lorsqu’ils se rencontrent, l’adolescent montre qu’il n’a aucune parole, qu’il n’est pas structuré et Pascal essaye, tant bien que mal, de le faire. Ils discutent une bonne partie de la nuit ensemble, et partagent la même chambre. Pascal veut imposer « de nouvelles règles à cette famille ». Il pointe les failles dans l’éducation parentale, comme le fait Super Nanny sur M6, mais ici avec des enfants plus grands. L’émission montre les difficultés qu’a le grand-frère à se faire obéir par l’adolescent. Il décide d’emmener Jeff dans sa banlieue natale. L’idée sous-jacente et de montrer que tout le monde peut s’en sortir, même en venant d’une banlieue difficile, alors que l’environnement de Jeff est tout de même plus privilégié. Ensuite, Jeff rencontre des personnes provenant de milieux plus défavorisés que le sien qui lui font une sorte de morale avec l’accent de la banlieue et sur une musique de film d’horreur. Pascal emmène ensuite Jeff faire du Kung Fü, etc. Lorsque la psychologue rencontre la mère de Jeff, celle-ci lui parle de son ex-mari et père de Jeff.

La famille est toujours au cœur des émissions qui prétendent faire le bonheur et l’émission se termine lorsque Jeff finit par dire « J’dirai à mes potes que c’est lui qui m’a sorti de la merde », et il s’excuse de son attitude auprès de ses parents, il dit qu’il a changé et, dit la voix-off, « l’avenir s’annonce sous de meilleurs auspices ». La mère avoue « J’ose pas penser à ce qui serait arrivé si Pascal était pas venu ». Même Pascal, le grand frère, est heureux et il pleure de bonheur lorsqu’il lit le petit mot de la famille, sur lequel la mère explique que grâce à lui, ils se préparent à « un avenir plein de bonheur ». Le schéma de l’émission est récurrent et Jeff remplit le rôle de l’adolescent rebelle qui sera tenu une autre fois par Brian, Stéphane ou un autre, autant d’adolescents qui connaissent à peu près les mêmes problèmes et vont vivre avec Pascal quasiment les mêmes étapes. La force argumentative de ce programme tient au fait qu’il repose sur un principe filmique qui donne l’impression que les scènes sont prises sur le vif, comme si il n’y avait pas de médiation. Comme si c’était vrai. La situation est paradoxale puisque la chaîne affirme son autorité et son pouvoir de rétablir la paix au sein des foyers, tout en faisant mine de cacher la médiation.

TF1 montre ici son pouvoir : celui de réconcilier, de régler les problèmes, de montrer de la compréhension et d’être dans l’action, chaque séquence ou presque se terminant par des larmes, des larmes de bonheur. En prétendant problèmes familiaux et susceptibles de concerner tout le monde, TF1 se montre sous un jour qui est de l’ordre de la performance. Elle montre surtout qu’elle est capable de tout, il suffit de le lui demander.

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