Vaccin contre la grippe A : un succès pour Laurence Ferrari est un problème pour David Pujadas

dans Medias, Télévision

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Je suis souvent étonnée de la différence de traitement entre les différents journaux télé. Même lorsqu’ils parlent a priori du même thème, ils ne disent pas la même chose. L’angle choisi nous en dit long sur le journal lui-même, mais aussi sur l’identité des chaînes.

Mardi soir à 20 heures, TF1 et France 2, les deux journaux avaient décidé d’ouvrir sur le même sujet : la campagne de vaccination contre la grippe A. Pourtant, le traitement n’avait rien à voir. Petite revue de la question.

Une durée très différente

. Sur TF1, on consacre 2 minutes 47 à la question

. Sur France 2, plus de 6 minutes.

Du récit positif sur TF1, des difficultés sur France 2

. Sur TF1, le seul reportage consacré à la grippe A met en scène la principale d’un collège qui va chaque jour à la rencontre des classes pour discuter avec les élèves. Elle explique les formalités administratives devant la caméra, et des jeunes expliquent qu’ils sont un peu perdus sur le choix à faire : vaccin ou pas ? Un médecin conseil du rectorat fait le point, tandis que Madame la principale promène les vaccins dans une glacière (si, si), avant de les mettre au réfrigérateur. Ce qui compte ici, c’est le récit : on va suivre une personne positive, qui a la situation bien en main, on informe tranquillement, et Madame la principale termine en disant avec un grand sourire : « Demain la vaccination ! Merci ».

. Sur France 2, rien à voir. A l’ouverture du journal, l’ambiance n’est pas la même. David Pujadas parle d’un trop plein de demandes, et explique que « le plan du gouvernement commence à être victime de son succès ». Le reportage est réalisé dans un centre de vaccination du 20ème arrondissement de Paris, et montre que jusque là, tout va bien. On passe ensuite à l’extrait d’une interview de Roselyne Bachelot, qui parle des dispositions du gouvernement. Et le reportage se termine dans un autre arrondissement de Paris ainsi qu’à Poitiers. Ici, il y a beaucoup d’attente, c’est long et pénible. On fait témoigner les personnes qui attendent d’être vaccinées.

Une bonne nouvelle sur TF1 est un problème sur France 2

. Sur TF1, à la suite du reportage, Laurence Ferrari commente des images tournées au Canada (cela s’appelle un « OFF »), et elle explique qu’au Canada, un lot suspect de vaccins a été retiré, suite à de graves réactions allergiques. Elle ajoute que les personnes touchées sont ce soir en bonne santé.

Enfin, Laurence Ferrari ne parle pas des problèmes d’attente dans les centres et du « plan de vaccination victime de son succès sur France 2 », mais d’un « succès soudain » et donc d’une augmentation des personnels et d’un élargissement des horaires d’ouverture des centres. Les choses sont vues de manière positive, on parle de succès, et de la façon dont le gouvernement arrive à gérer la situation, tandis que sur France 2 il est question de « victime ».

. Sur France 2, à la suite du premier reportage, David Pujadas parle également du problème du Canada avec un peu plus de détails, puisque les allergies ici « peuvent s’avérer fatales dans certains cas ». Du coup, comme on commence à frémir (de la grippe A ou de la peur?), David Pujadas reçoit le spécialiste des questions de santé pour France 2 qui est là pour nous rassurer et nous dire qu’a priori, ce problème va rester au Canada (ouf ! Tant pis pour les canadiens hein !)

Le second sujet est construit sur le même angle que le reportage de TF1 : la vaccination dans les collèges qui commence ce mercredi. On se retrouve à suivre une autre Principale de collège, mais le reportage est bien plus didactique. La dame explique les choses, elle montre que tout est prêt, et répond aux questions que pose le reportage : qui vaccine, quelles procédures et documents à avoir, pourquoi vacciner etc. On cherche ici à donner des informations précises, en interrogeant également un médecin scolaire. Contrairement à TF1, pas d’interview d’enfants, mais seulement de spécialistes.

L’actualité est une construction

A regarder ces deux moments de télévision, on constate que la mise en scène de l’actualité peut varier du tout au tout selon les angles, mais aussi les termes choisis.

Les choses sont positives sur TF1, et traitées assez rapidement pour passer à autre chose. De plus, elles empruntent à la logique du récit dans lequel on va suivre la journée d’une personne. Laurence Ferrari est positive, souriante, insiste sur le fait que les choses vont bien se passer et que l’Etat a la situation en main.

Sur France 2, la vie n’est pas si rose, et on est confronté à plus de problèmes, ce qui est certainement plus proche de la réalité.David Pujadas pointe les failles. Par contre, un climat de peur peut émaner du discours, et on rassure ensuite les téléspectateurs, ce qui peut sembler pervers. Enfin, les reportages sont plus didactiques et informatifs sur France 2, qui tente ici de remplir sa mission de service public.

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One commentOn Vaccin contre la grippe A : un succès pour Laurence Ferrari est un problème pour David Pujadas

  • Sans aucune prétention, je vais livrer une analyse, courte comme on se doit de l’être dans un commentaire.

    TF1 : La chaîne adopte un point de vue volontairement positif qui permet de détendre le téléspectateur et le préparer à recevoir les publicités et les divertissements qui vont suivre. Elle ne suscite pas d’angoisse qui pourrait être contre productive du point de vue des annonceurs.

    France 2 : La chaine est en pleine schizophrénie éditoriale. Chaine publique indépendante d’un pouvoir dont elle dépend et qui la renie en coupant les vivres publicitaires. Le ton semble être un reflet de la morosité de l’établissement. Morosité qui va, peut-être, chasser un public consommateur et lucratif au profit d’un public réfléchissant mais n’étant pas du tout une cible marketing.

    Bien sûr ce n’est qu’une rapide analyse qui n’engage que moi… mais tout de même…

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