Non Monsieur Barbier, Johnny Hallyday n’est pas « un chanteur pour la France d’en bas »

dans Culture et Société, Medias

concertjohnny

L’autre jour, Christophe Barbier expliquait dans une vidéo la chose suivante : « Johnny est essentiellement un chanteur populaire : c’est le prolétariat, c’est la France d’en bas qui adule Johnny », et d’ajouter que « La France d’en haut reconnait à Johnny le talent d’avoir donné de l’espoir à la France d’en bas ».

Or, ce point de vue est trop facile, et l’engouement actuel pour les ennuis de santé du chanteur montre que le public de Johnny dépasse largement la fameuse « France d’en bas ». Cependant, les propos de Christophe Barbier témoignent de quelque chose d’intéressant.

Ce sont en effet plutôt les fans de la première heure qui se rendent aux concerts de Johnny, parés de leur parfaite panoplie, allant du tee-shirt dédié aux santiags, en passant par le blouson de cuir. Pour le cas de Johnny ou pour celui d’autres chanteurs, le public des concerts n’est pas le public dans sa globalité, il n’en n’est qu’une partie. Ce public de fans participe aux concerts pour communier avec le chanteur, et c’est ici que les médias tombent dans la caricature.

Ces médias ont pour habitude de véhiculer des images souvent rapides, cela est notamment dû aux contraintes de temps, qui font que pour désigner un groupe de personnes, on va prendre celle qui parmi elles paraîtra comme étant la plus significative. C’était le cas la semaine dernière, au 13 heures de TF1, qui a fait le choix de se rendre chez des fans. Ceux-ci étaient déguisés en fans, et avaient pour rôle de montrer ostensiblement leur passion, on pourrait même dire de « jouer » au fan. On n’imagine pas une seconde (hélas), que le reportage puisse montrer un médecin généraliste vêtu de sa blouse parler de sa passion pour Johnny. Pour décrire une situation ou un phénomène, le costume fait partie du personnage.

Je trouve que les propos de Christophe Barbier montrent, au-delà du mépris de la part d’une certaine « France d’en haut » dans laquelle il semble se situer, une véritable méconnaissance de ce qu’est non seulement un public, mais aussi un chanteur « populaire ». Le populaire ne peut se ramener ici au prolétariat. Loin de ne rassembler que les « couches populaires », Johnny Hallyday est un chanteur populaire, mais au sens où il est connu et apprécié d’un large public.

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7 commentsOn Non Monsieur Barbier, Johnny Hallyday n’est pas « un chanteur pour la France d’en bas »

  • Pour rajouter, de nombreux chef d’entreprise (capital économique élevé mais capital culturel parfois limité) apprécie aussi Johnny Hallyday. Il serait même d’ailleurs très intéressant de faire une enquête sociologique sur le sujet. (y’a toujours des surprises)

    D’ailleurs, oui, le mot « populaire » est ici travesti par Barbier, car Johnny véhicule finalement des idées et un imaginaires communs aux différentes couches sociales françaises.

  • J’ai moi aussi été choqué par ce qu’a dit Barbier, car si aimer Johnny, c’est avoir mauvais goût, c’est vraiment un raccourci grossier de prétendre que le mauvais goût est l’apanage de la France d’en bas. Il ne faut pas confondre beaufitude et prolétariat.

  • La preuve de ce que dit Virginie: je suis professeur des universités et j’ai vu plusieurs fois Johnny Hallyday en concert… Quand je dis que je l’aime, on ne me croit pas!

  • « et c’est ici que les médias tombent dans la caricature » Malheureusement ce n’est pas qu’ici qu’ils tombent (ou même se précipitent) dans la caricature.

    D’autant plus, en ce qui concerne Johnny, que c’est un chanteur qui a une telle longévité que l’on peut apprécier une seule partie de sa carrière ou uniquement quelques chansons ou encore ce qu’il représente etc… Mais cette approche complexifie l’information, la rend moins lisible, peut-être moins accessible dans le temps donné à chacun pour s’informer (temps qui se réduit au fur et à mesure que les espaces de publicité grandissent), et donc au final cette approche complète de l’information est mise de côté au profit d’un « ready-made » à la Duchamp dans lequel n’importe quel fait devient une information, facile à avaler, à digérer et à oublier.

  • @François : Tu sais que j’ai pensé à toi en écrivant mes deux articles sur Johnny ? Merci de ton témoignage.

  • Quand Raffarin dit qu’il aime Johnny, c’est parce qu’il est fan de la 1e heure ou qu’il fait du populisme?

  • Michel Baujard

    Intéressante analyse, vous avez raison. Est-ce que partant de celle-ci vous ne pourriez pas interroger le sens de l’utilisation répétitive du mot « populaire » par l’UMP, avec ses « jeunes populaires », et son secrétaire général Xavier Bertrand qui ne rate pas une occasion de mettre en avant le « mouvement populaire » ou même les « populaires » pour parler de ses militants.

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