Les looks de rue à Avignon par William Arlotti

dans Culture et Société

William's Portrait

William Arlotti est trendstetter, ou « chasseur de tendances », si vous préférez. Exerçant dans l’univers de la mode, son job consiste à repérer l’air du temps et à imaginer les tendances de demain. Il était la semaine dernière à Avignon, et il livre au Semioblog son regard sur les tendances de la rue. Par ce texte analytique, punchy et enlevé, il montre qu’en 2010, les sociostyles d’Avignon méritent d’être observés d’un oeil attentif et amusé. Description de certains looks rencontrés dans les rues de la cité des papes.

Sociostyles essentiels et looks de rue à Avignon

Me voila dans les rues « intramuros » d’Avignon, à respirer l’air du temps, à observer, à flâner… Fraichement débarqué de mon TGV, comme un « détective privé qui mène une enquête », comme « un archéologue du pavé », je me demande bien si je vais croiser la « perle rare », ce petit look de rue qui me fera dire « intéressant, précurseur et fabuleux, une tendance va émerger : Hippy chic, EmoRock, Gipsy Vaudoo, Fluokid, Lolita Fashionista, Gym Queen Masquée, Kawai à frange, No Look Geek … Mais ce n’est franchement pas la révolution et pas la joie au niveau du style et du look à Avignon. Plus cliché que basique,  le seul mot d’ordre semble être « ZERO PRISE DE RISQUE »… Pourtant des tribus urbaines se côtoient sans jamais se mélanger, peut être à peine se frôler : Modasse, Skateur, La Mireillette, Punk à chien,  Baby Pouffe et Cailleras BSP +. Au fur et à mesure que j’avance à grands pas, un élément se révèle  ou plutôt un point commun à ces tribus urbaines m’apparait ! Tous et toutes me « dévisagent de la tête au pied » et  portent un regard sur moi, un jugement comme « un douanier qui voudrait me faire passer au scanner »… Ah ! AH ! Ah ! Avignon ce n’est pas la  discrétion, ça mate grave.  Surprise d’un serveur qui en renversera son plateau en (soi disant) coinçant un lacet de sa basket entre deux lattes de sa terrasse en Teck… Etonnement d’une boulangère qui me demande « une fougasse au chocolat m’sieur ? vous n’êtes pas d’ici ??? et moi « non je vous ai demandé un pain au chocolat ». Expression de faciès à la mimique suffisante d’un couple BCBG qui me toisent d’un silence et d’un rictus qui en dit long. Plus loin une vielle dame Old School apeurée et même effrayée me croise et serre violement contre elle son sac Kelly me prenant pour un loubard du style…  « Je voulais juste vous demander mon chemin Ma Dame ».  Ne serait pas moi « dernière nouveauté » ? Allez hop ! Je continue ma ballade et  je m’en balance… Je suis bien dans mon look et dans ma peau puisque mes vêtements construisent mon langage, mon identité… Je risque d’en voir de toutes les couleurs.

LA MODASSE «  PAS DE TOTAL FITTED SIZE UNIQUE SINON A UN CURE DENT TU RESSEMBLERAS »

Ne parlez pas « d être à  la Tendance à la Modasse »… Avec son jeans slim délavé gris clair, ses grosses lunettes qui lui font une tête de mouche, son sac XXL, son débardeur en coton blanc, son trench vintage, la Modasse se « love » en été comme en hiver dans un pull en maille froide avec pour fil conducteur corporel une unique écharpe en voile de coton de 2m50 de long « minimum syndical »… Echarpe qui frôle l’asphalte et le pavé avignonnais … Avec ses baskets « réédition nike » elle sillonne les rues d’Avignon l’air désespéré et blasé en gémissant et en poussant de longs soupirs ; » mon dieu est-ce que quelqu’un pourrait faire un happening pour offrir à ce « punk à chien » un toilettage ? Je parle bien sur du punk pas du chien ». La Modasse déteste les fashions, les gens qui suivent la mode et rêve un jour d’éradiquer la laideur des looks des rues la « mochitude » des gens… Accroc aux soldes, la modasse observe, attend, analyse, réfléchit à coordonner la bonne pièce avec le bon look, le bon « top » avec le bon « basique »… Une conception du vêtement intellectuel, une mode introvertie… Vernissage, cinéma asiatique, Jay Jay Johansson, Wad and Citizen K !!!

LE SKATEUR « NO FUNCTION NO FASHION, ma ligne était trop propre, mes tricks dans le flow ! »

C’est en 1962 que le Skateur est apparu en Californie. La légende raconte que « la frustration et la tristesse de ne pouvoir surfer les vagues en hiver, auraient poussé de jeunes gens à mettre des roulettes sur une planche pour affronter le bitume.  Yeah !!! Le skateur en Avignon aime rider en toute liberté ! Style 70 coloré et punchy pop ou 80 dans une mood plus punk perfecto ou 90 en XXL size exprit rap, le skateur est un être grégaire qui se déplace en meute et pense que les « rollers » sont des gros bouffons… Coté maques ; Vans, Hawai surf, snow beach warehouse, DC shoes, Quick silver sont ses marques fétiches… Coté allure, la pantalon est baggy, la casquette portée de biais est homologuée par la fédération de skate, le tee shirt est fantaisie, le skate peut aussi servir à décapsuler sa bière d’un coup de planche, technique périlleuse appelée le beer flat qui demande une grande dextérité et impressionne grave les filles…

LA MIREILLETTE « Amour Patrie Gloire famille et Calisson, Sainte Mireillette se couronne de son serre tête »

Figure phare de la bourgeoisie catholique traditionnelle prout prout légendaire, mariée à 19 ans a l’ami de son cousin, son ainé de 15 ans, La Mireillette et son foulard de cou… La Mireillette et son gout pour le passé… La Mireillette et sa passion pour tout critiquer…. La Mireillette et sa peur de vivre … La Mireillette fait à jamais partie du patrimoine PACA et de l’inconscient collectif… Niveau Allure, ici nous utiliserons ce mot et non point le mot look : un Serre tête en velours et une jupe plissée en tweed ou lainage, une veste autrichienne pour une ballade aux Baux de Provence à pied chaussée de ses mocassins à glands. Et notons que son chemiser a un col rond. Les jours de Fête, notre Mireillette sortira le carré Hermès et les trois rangs de perles ! Merveillllllleeeeuuuuuuuxxxxxxx !!! La Mireillette déteste son amie Marie Madeleine qu’elle considère comme une trainée depuis qu’elle l’a surprise à  la garden party de « Oncle Edmond » dans une situation « osée »… Nouvelle Star des cantiques, égérie de toutes les messes et pèlerinages à Avignon, vous pourrez l’entendre au détour d’une rue entonner, de sa voix de soprane perchée, les standards dominicaux «  Trouver dans ma vie ta présence », « Que tes œuvres sont belles », « Tressaillons de joie » ! Oh Oui !!! « Très sympa ton petit polo »…

LA BABY POUFFE «  Danse modern et jazz, gymnastique rythmique, tu seras fin prête pour être mini miss ma fille, mais arrêtes de bouger comme une patate ! Arrête ! Arrête ! Arrête !!! »

Petite sœur de la BM c’est-à-dire la « Bimbo Marseillaise » (à ne pas confondre avec la Kagole), la Baby pouffe veut un string parce qu’elle va bientôt rentrer en 6eme ! Et clame haut et fort «  Ben ouais je peux mette un soutient gorge »… Mais sachez que derrière ce sociostyle se cache souvent une maman pouffe meurtrie, fanée et aigrie, qui projette sur sa progéniture, les fantasmes et les somptueuses ambitions de son passé : devenir un cocogirl, ou être la « reine du patin » dans un Holliday On Ice spécial « Rêves de Princesses »… Des ambitions perdues et gachées par la maternité… C’est le Drama Pouffe ! La baby pouffe est une star, elle vient à peine de quitter le monde des Polly Pockets qu’elle porte déjà : mini jupe, robe à volants, jeans taille basse, teeshirt micro qui laisse apparaitre le nombril, queue de cheval Palmito Chapi chapo à la Karen Cherry période « Sing to me mama » l!!! Souvent reconnue sous les prénoms de Mélodye, Tiffanye, Mallorye,  elle fait partie de la génération Star Ac : Si tu passes a la TV tu auras du succès et rien ne sert de travailler si ton image est diffusée, argent tu recevras !

LA CAILLERA BSP + = La caillera banlieue samedi party plus « Et m’dame vous êtes FRESH ! Vazy m’garde pacomesa, j’te dis. Baisse lézyeux… »

La silhouette de la caillera est identifiable en un clin d’œil… Mix and Match de Hip Hop et de Street Wear… Training, « yogging » et course à pied, pull à capuche, matières synthétiques et casquette essentielle portée avec une inclinaison de 70 degrés ! Influencée par la culture Hip Hop américaine, l’idéologie caillera est proche de la philosophie bling bling, s’inspire du mode de vie gangsta rap : argent, violence, et filles vues comme des objets sexuels… Le samedi soir la caillera BSP + se met en mode Saturday Night Caille, les filles sont soignées et portent des robes sexy comme dans un clip de Beyonce et les mecs se tournent vers une panoplie séduction : blouson en cuir, polo lacoste, Stan Smith blanches, Sergio Tacchini, Nike Diesel, Adidas, Kaira forever… Point essentiel que les vêtements restent neufs le plus longtemps possible ! « Vazy march’ pas sur mes baskets j’te dis, elles sont toutes neuves bâtar ». Pour eux le vintage et la fripe c’est naze, dégoutant et ça ne les fait pas du tout rêver !

LE PAC : PUNK A CHIEN entre joie et tristesse, le PAC opte pour la marginalité pour exprimer sa soif de bière Bavaria et de liberté.

Zonard squatteur anarchiste, le Punk à chien aime la récupération avec des vêtements bricolés, rapiécés et customisés. Dans un Punk à Chien sommeille  un styliste-créateur qu trouve chez Emmaüs des teeshirts. Il les assemble pour n’en faire qu’une « pièce unique » et  dépose des slogans contestataires. Derniers survivants de la contre culture, l’apparence du PAC est soumise à la loi de l’attraction terrestre : tout y est tombant ! Manteau, treillis, structure des vêtements en mille-feuilles. Tout est dans la couche, et la sous couche, et la superposition. Parka, sac à dos, rangers et bracelets à pointes. Sa coiffure en crête déstructurée est le symbole de son rejet des conventions, renforcé par la mise en place de « percings », d’une peau tatouée, des mèches de cheveux décolorées… Le PAC marque son vécu dans sa chaire. Crevard défoncé qui fait la manche, tant que son chien (trouvé à la SPA et mélange d’un « berger allemand » qui aurait fait l’amour sous « extasy » avec  un rat crevé ) à de quoi manger, le PAC reste heureux… Avec un poste radio cassette qui peine à émettre une « maltraitance musicale » , « Pays de merde et  ville de Bobos à chier », il hurle et chante,  à l’angle des rues, le Punk a chien.

William Arlotti

http://www.myspace.com/williamarlotti

http://williamarlotti.wordpress.com/

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3 commentsOn Les looks de rue à Avignon par William Arlotti

  • Ah… Dans le sud, doucement le matin, pas trop vite l’après-midi… Nous sommes en retard, même sur les tendances, et nous passons pour des blaireaux aux personnalités délavées par le soleil à tes yeux.
    Toi tu es en avance sur les tendances, aux yeux des boulangères provinciales, tu passes pour un fou!

    Normal!

    Et je dis ça sans pouvoir me targuer d’un chauvinisme exacerbé, je ne suis initialement « pas d’ici »… Remarque, « là d’où je viens »… C’est PIRE!

  • Anne-Charlotte

    Cet article est dramatique, ou pathétique j’hésite.
    J’ai passé toute mon enfance et adolescence dans les rues d’Avignon, je continue de m’y aventurer à chaque vacance et je ne reconnais en rien la ville dans cet article pédant et hystérique. La seule vérité énoncée « Avignon ce n’est pas la discrétion, ça mate grave ». C’est un fait, la place pie ainsi que la place des corps saints sont ce qu’était l’opéra pour le XVIIIeme siècle. Vos observations sont de mauvais copiés/collés du dictionnaire du look saupoudrés d’une moquerie arrogante, suffisante et pleine d’amour propre. Aucun intérêt donc de faire correspondre les grandes lignes des socio-styles français voire Européens sur la population avignonaise. Passer sur une échelle plus réduite, induit un portrait moins grossier, moins vulgaire. Le décalage scalaire que vous créez rend votre critique en dehors des réalités. Et encore, si il n’y avait que ça. Mais il y a également le ton suffisant et au dessus de tout. Suffisant ne signifiant pas ici incisif mais ridicule.
    Minimalisme bonjour, votre caricature est de mauvais gout jusque dans la forme, j’ai été étonnée de ne pas y trouver un LOL ou un MDR parmi toutes ces mots orthographiés en phonétique. Vous avez surement du trouver votre rédaction sarcastique, drôle et bien sentie, c’est malheureusement déplorable. Vous caricaturez certes, mais ce que vous faites avec le plus d’aisance c’est montrer à quel point VOUS êtes une caricature.

    Ps. On ne juge pas la mode de rue avec autant d’amour propre quand on porte un blazer trop petit et une chemise soulignant un buste magistralement saucissonné. Sur ce longue vie à votre avant garde et à votre œil éclairé en matière de mode.

  • William Arlotti

    Anne Charlotte, je tiens sincèrement à vous féliciter pour votre commentaire, votre feed-back. Votre style… Vos propos engagés… Vous partez en croisade telle une Jeanne D’Arc Fashionista. Cela me va droit au cœur… J’ai mis quelques mois à vous répondre en me disant que cela n’en valait pas la peine et puis l’appel du clavier m’a titillé. Je veux surtout vous dire que je suis absolument désolé de constater que vous avez pris mon « billet d’humeur » pour une attaque personnelle. Croyez-moi Anne Charlotte, à la plume fougueuse, ce n’était pas le but escompté. Je pourrais vous répondre que votre commentaire est ridicule, ou surdimensionné, mais je n’irai pas jusque là. Vous me dites que vous avez passé toute votre enfance et votre adolescence dans les rues d’Avignon. Mais c’est super ! C’est formidable Anne Charlotte ! Que vous continuez de vous aventurer dans les rues à chaque vacance et que vous ne reconnaissais en rien la ville dans cet article… Pédant et hystérique? Anne Charlotte sérieusement… Enfin… Détendez-vous et sucez un calisson cela vous fera le plus grand bien… La gourmandise n’est pas un si vilain défaut ? Vous trouvez que la seule vérité énoncée est que à « Avignon ce n’est pas la discrétion, ça mate grave ». Vous me faites penser à Sophie Marceau dans le film « l’Etudiante ». Alors permettez moi de vous avouer que je « sur kiffe » chez vous ce petit coté « storytelling ».Je parle bien évidement du « personnage incarné » et non de l’actrice. A vrai dire Anne Charlotte je vous taquine car je crois bien vous reconnaitre au delà de ces quelques lignes « C’est un fait, la place pie ainsi que la place des corps saints sont ce qu’était l’opéra pour le XVIIIeme siècle ». Blablablabla bla… Vous trouvez que mes observations sont de mauvais copiés/collés du dictionnaire du look saupoudrés d’une moquerie arrogante, suffisante et pleine d’amour propre. « Lol » Anne Charlotte! « Mdr » Anne Charlotte ! Ouvrez les yeux, prenez du recul, relaxez vous… Hey Keep Cool « AC » ! Libérez-vous au delà de vos remparts… Allez Anne Charlotte soyez plus cool ! Oh vraiment vous n’avez pas changé depuis les bancs de la fac ! Bon J’arrête… Je ne voudrais vraiment pas que vous ne le preniez encore, encore, encore plus mal… J’oubliais juste votre PS : »On ne juge pas la mode de rue avec autant d’amour propre quand on porte un blazer trop petit et une chemise soulignant un buste magistralement saucissonné. Sur ce longue vie à votre avant garde et à votre œil éclairé en matière de mode. » Anne Charlotte on avait bien dit pas le physique… Vous vous êtes regardée dans la glace franchement !!! Non mais la… Anne Charlotte vous n’avez pas le physique d’une Miss Paca ! Non ? Oui ? Hein ? Bon… Anne charlotte retournez devant votre miroir. On peut, ne pas aimer un look mais on avait bien dit pas le physique… Est-ce que moi je me permet de critiquer votre « Avatar » ? D’ailleurs, il est où votre « avatar »? Anonyme, invisible comme vous… Une dernière petite note d’encouragement pour finir sur une touche positive : Anne Charlotte vous verrez, votre style un jour se « calmera »… Ou plutôt « s’affinera » tout comme votre silhouette. C’est une question de temps, de compréhension et de maturité. Ma réponse est à prendre au 36 eme degrés LOVE. William Arlotti

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