Lettre ouverte à mon ami people, vu à Cannes

dans Culture et Société, Presse people

Cher ami,

Il faut que je te parle. Je t’ai vu au festival de Cannes, avec tes confrères de la télé-réalité. Et à force de vous observer, je me suis dit qu’il fallait absolument qu’on mette les choses au clair. Il y a 10 ans en France, apparaissait la télé-réalité et c’était un phénomène. Ceux qui sortaient du loft atterissaient directement sur le tapis rouge Cannois et faisaient les beaux jours d’une presse people alors en pleine expansion grâce à eux. On avait l’impression que les lofteurs prenaient plus de place que les stars de cinéma, qu’on ne voyait plus qu’eux. C’était vrai et faux à la fois. Les premiers à sortir des émissions de télé-réalité ont attiré les regards, même pendant le festival de Cannes, mais le public s’est lassé. Aujourd’hui, participer à ce type d’émission n’est plus un événement, seulement toi, tu t’accroches, tu connais la valeur d’une photo dans un magazine people, et tu en as besoin pour exister. Alors tu es venu à Cannes, car tu penses que tu as des choses à y faire.

Il faut que tu saches que Cannes n’est pas Saint Tropez. Bien entendu, il y a des points communs : on y va pour être vu et on y fait la fête dans des lieux privés, sous le seul regard de photographes qui jouent leur année sur quelques semaines. Seulement voilà, si à St Trop on boit du champagne sur des plages en imitant le glamour inventé par Bardot, à Cannes, les gens sont là pour bosser. Certes, les rendez-vous se font sur des plages ou sur la terrasse des hôtels de luxe, mais ils échangent, ils parlent et surtout, c’est le plus grand marché du film au monde. Et là, toi, ben c’est normal que tu peines à y trouver ta place car tu pensais que Cannes c’était les fêtes, et tu réalises que c’est loin de n’être que cela, que la fête c’est la cerise sur le gâteau et que toi, tu n’as même pas accès à la chantilly.

Tu n’es pas d’accord avec moi ? Pourtant je t’ai observé sur la croisette, sur le tapis rouge ou sur la plage du Majestic. Tu y étais d’ailleurs toutes les après-midi. Pas seul, non, bien sûr. Tu es un people, donc toujours entouré de quelques personnes bien intentionnées qui disent t’assister et qui se vantent de bien te connaître. Ce sont elles qui essayent de te dégoter des « invits » pour les soirées. En attendant, à ta table, tu bois un bon champagne gratuit (heureusement pour toi), et tu attends de voir des gens pour leur taper des bises. Parfois, un photographe est là, alors tu te lèves et tu prends la pose pour lui, tu joues la star, exhibant ton corps trop mince, victime du régime que tu as du lui infliger pour paraître mieux, paraître bien, correspondre à une forme idéale, car tu lis la presse magazine. Vous faites un petit shooting au milieu des professionnels du cinéma qui ne vous regardent même pas, tu fais la star de cinéma, lui fait le paparazzi. Mais comme vous n’êtes ni l’un ni l’autre, il te tend une carte de visite, pour que tu viennes lui acheter les photos, demain au stand.

Tu vois d’autres people, bien sûr, mais ils ne sont pas comme toi. Tu croises Patrick Poivre d’Arvor, mais il ne te connaît pas. Tu aperçois Valérie Damidot qui elle, à côté de toi est une star car elle est connue pour avoir fait des choses et continuer de les faire. D’ailleurs, ça se voit bien, elle est accueillie, elle rit, tout le monde est gentil avec elle. Tu la regardes et tu comprends pas. Du coup, on se dit qu’il y a people et people, et que toi, puisque tu appartiens à la catégorie « people venant de la télé-réalité » et que tu n’as pas fait grand-chose depuis, tu rames. Et ça se voit encore plus pendant le festival de Cannes, lieu où il apparaît plus qu’ailleurs encore que tu n’as rien à y faire. On le constate ailleurs que sur les plages ou dans les hôtels : dans la presse people. Oui, oui. Et tu le sais aussi bien que moi. Alors que tu es habitué à fréquenter ces pages de la presse des « gens connus », et bien là, pendant le festival de Cannes, tu n’y apparait même pas. Tu as beau retourner dans tous les sens le Gala édition spéciale qu’on t’apporte chaque jour ton agent dans la chambre du Formule 1 que tu partages avec ton petit chien qui ressemble à celui de Paris Hilton, tu n’es jamais dans « Gala spéciale croisette ». Et tu n’es pas non plus dans Voici, ni dans Public ou Closer. Car même ces magazines, qui parfois consentent à t’acheter de fausses paparazzades pour mettre du beurre dans tes épinards, eh bien à Cannes, ils ne voient que les stars de cinéma.

Pourtant, tu joues Cannes, tu tentes et tu t’accroches. On nous présente à la sortie d’une projection et tu me serres la main en me lâchant avec un sourire complice « Oui, bien sûr, on s’est déjà vus, n’est-ce pas ? » Je t’ai répondu « oui », pour ne pas te vexer, c’est tellement Cannes tout ça, n’est-ce pas ? Et tu files changer de robe pour aller à une soirée et surtout pour ne pas abîmer celle qu’on a bien voulu te prêter. Mais c’est cool. Déjà, tu as réussi à monter les marches, ce soir. Tu vas pouvoir récupérer quelques photos et les montrer à tes parents. Et tu vas rencontrer des producteurs, des journalistes, tout ça va te permettre de rebondir. En attendant, tu bois encore du champagne et tu souris pour le photographe, dès fois qu’un magazine s’y intéresse. Tu dis que tu as écrit un livre ou que tu vas sortir un disque. Le problème, c’est que Cannes, c’est un festival de cinéma.

Mes propos te paraissent certainement très durs, et je ne veux pas que tu te méprennes. Je ne te condamne pas, je te vois plutôt comme la victime d’un système qui t’as avalé et recraché. Depuis tu es là, tu rames et tu prends la pose. Seulement voilà, mon ami : à trop vouloir te montrer, paraître et apparaître, tu dévalorises celle qui t’a fait exister, et qui t’as permis de naître aux médias : la télévision. Elle a bien d’autres choses à faire que de donner naissance à des corps sans âme, et ça, elle et toi vous le savez bien, mais vous ne voulez pas l’admettre.

Alors, si je peux me permettre un conseil, essaye de prévoir autre chose au mois de mai l’an prochain. Arrête de perdre ton temps, dis-toi que Cannes est et restera le lieu du cinéma et de ses stars. Et laisse tomber les images vides, ou alors essaye de les remplir.

A lire aussi

DMPP EC#1 – Dans les coulisses de VOICI

« Des médias presque parfait » a pour ambition de proposer des vidéos d’analyse et de réflexion sur les médias. Avec

En lire + ...
DMPP #5 - La communication politique

DMPP#5 – La Communication Politique

Que s’est-il passé en matière de communication politique pendant la dernière campagne présidentielle ? La télé a-t-elle toujours autant

En lire + ...
Les pouvoirs du direct - DMPP #4

DMPP #4 – Les pouvoirs du direct

A quoi servent les émissions en direct ? Depuis quand ça existe, pourquoi on aime ça et en quoi

En lire + ...

One commentOn Lettre ouverte à mon ami people, vu à Cannes

Laissez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Mobile Sliding Menu