« Au-delà du son de la vuvuzela, les autres mélodies d’Afrique du Sud » par Alexandre Miré

dans Coupe du monde du Semioblog

Cette coupe du monde en terre sud africaine est l’occasion pour ce pays à l’histoire, disons mouvementée, de devenir, pour un temps, le centre du monde.

En France, et dans de nombreux autres pays, la couverture de cet événement dans sa dimension extra sportive s’est attachée principalement à retranscrire une suite de thèmes révélateurs d’une vision souvent caricaturale et fantasmée. Parmi ces sujets on peut distinguer, entre autres, l’insécurité (avec quelquefois une certaine condescendance pour des sud-africains nécessairement « turbulents » et indisciplinés), la chance immense qu’a donc ce pays d’accueillir cet événement planétaire et les vuvuzuelas… S’appuyant sur moultes  études scientifiques et propos d’experts  (sérieusement quel est le mécène farfelu et richissime qui finança de telles études ?), on tente  donc de nous faire prendre conscience, depuis quelques jours,  de l’extrême dangerosité que présentent ces irritantes trompettes pour nos mignonnes esgourdes peu habituées a ce déchainement de violence si africain… C’est bien simple, on a cru un moment que  certains commentateurs allaient être pris de démence en direct lors des causeries d’avant match… Ce qui ont eu la chance de voir Xavier Gravelaine (France Télévision) avant la victoire surprise du japon sur le Cameroun lundi après midi voient ce dont je parle.

Cependant ce bourdonnement, certes désagréable, ne doit pas nous empêcher d’entendre les autres mélodies qui nous parviennent des terres sud africaines. En effet, cela fait un petit moment que je considère la pointe de l’Afrique comme le théâtre d’une formidable explosion de créativité. Un élan culturel né à partir des stigmates profonds, encore a vifs, laissés par cette  « saison blanche et sèche » qu’évoquait André Brinks…

Un dynamisme qui se traduit notamment dans la musique. Le rap sud africain est par exemple l’un de ceux qui viennent rafraichir un courant dont la mort est toujours annoncée. Ce n’est d’ailleurs pas si étonnant que cela quand on se rappelle que les exploits de Shaka zulu et la fierté guerrière de son peuple inspirèrent largement certains natifs du South Bronx ou de Harlem lorsqu’il créerent le mouvement hip-hop.  De manière plus générale, nombres d’artistes ont permis depuis quelques années a la musique africaine de s’affranchir de ce carcan « world music » auquel elle semblait éternellement attachée. Le Kuduro endiablé et hypnotique du Buruka Som Sistema qui enflamme les dance-floor du mode entier est la pour le confirmer. Le rap donc mais pas seulement car, loin des clichés, cela fait belle lurette que les Sud Africains, des townships ou des « ghetto  » afrikaners, ont intégré a leurs univers musical les sonorités du trip hop, du rock ou la musique électronique.

Alors occultons ces trompettes de Jéricho, et découvrons le fascinant Ben Sharpa dont les lyrics tonitruants retentissaient dans les ruelles du township de Soweto ou il naquit et qui est devenu depuis l’un des artistes incontournables de la nouvelle scène hip-hop (Il est également l’auteur d’une prestation remarquée durant l’une des dernières éditions du mythique festival Glastonbury). Laissons nous hypnotiser et emporter par le fou autant que talentueux Watkin Tudor Jones, qui a déjà signé plusieurs compilation sur l’incontournable label Jarring Effect, bougons au son du kwaito de Mafikizolo… Et restons attentifs à ce vivier bouillonnant d’une folle envie d’exister et de  se construire en affirmant une identité.

Mandela dont la figure plane au dessus de cette coupe du monde, a offert à son peuple en construisant ce rêve d’une nation arc-en-ciel un cadeau sans prix. La chance inestimable de conserver en son sein l’immense richesse de la multi-culturalité. Bien sûr, concernant ces questions, la situation actuelle de ce pays est loin d’être idyllique, loin s’en faut. Mais ce serait peut-être un joli clin d’œil de l’Histoire que l’Afrique du Sud deviennent l’un des endroits où la musique du 21ème siècle se pense et se fait.

Alexandre Miré

Quelques mots sur l’auteur :

. Alexandre Miré. Comédien de seconde zone, jouant au coté des plus grand tel que Victor Lanoux et Line Renaud, athlète de moyen niveau, pilier de cafet’ universitaire, auto entrepreneur un temps et libre penseur, son regard sur cet événement, historique à plus d’un titre, sera certainement aussi décalé que sa vie peut l’être.

La coupe du monde du Semioblog

A l’occasion de la coupe du monde, le Semioblog a monté une équipe de 11 chroniqueurs qui ont pour mission de regarder ce que la coupe du monde provoque sur la société et les médias. Le Semioblog leur a donné carte blanche pour nous raconter un mois de sport populaire, de rassemblements, de business, de bonheurs et de malheurs.

A lire aussi

YouTube comme lieu d’expression du chercheur, l’expérience de « Des médias presque parfaits » et la question de la vulgarisation scientifique

Le 10 novembre dernier, nous avons participé au colloque « Youtubeurs, Youtubeuses » organisé par l’équipe de recherche Prim à l’université

En lire + ...

DMPP #7 – Médias, pourquoi il faut ABSOLUMENT s’en préoccuper ?

Il y a une urgence, celle d’une éducation aux médias pour tous. Les médias concernent chacun d’entre nous, et

En lire + ...

Migrants, la tragédie de notre siècle

Le sujet est dramatique et urgent, ils sont trop nombreux sur ce « putain » de bateau. Au plus près de

En lire + ...

Laissez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Mobile Sliding Menu