« Comment les Bleus retrouveront le soutien des Français » par Florian Courgenouil

dans Coupe du monde du Semioblog

Un déplacement professionnel m’a mené deux jours à Munich la semaine dernière. Dans ce contexte, il est très facile – parfois inévitable – de se retrouver noyé dans le microcosme de ses activités sans profiter de l’environnement qui nous accueille. Munich, Milan, Barcelone, Londres ou Bruxelles, quelle différence alors ? Mais au détour d’une course en taxi ou de quelques pas vers le lieu d’un rendez-vous, certains détails nous ramènent à cette réalité avoisinante. Et en Allemagne, c’est une expression particulière de la Coupe du Monde qui s’est manifestée autour de moi.

Comme dans tous les pays du monde, sur la route, on risque fort de croiser d’autres voitures. Jusqu’ici tout va bien. Par hasard, on pourra tomber sur une voiture officielle avec deux drapeaux nationaux flottants fièrement avec la vitesse de la Mercedes. En revanche, à force de croiser plusieurs fois ce type de voiture – et surtout de petits drapeaux – on se dit deux choses : que cela commence à faire beaucoup de voitures officielles et que de hasard il n’est plus question. Nous revient alors le contexte de Coupe du Monde de football (qui ne s’est pas arrêtée avec le fiasco Bleu) et nous comprenons alors que, dans certains pays, on soutient encore son équipe, et visiblement la Mannschaft peut compter sur le peuple allemand. Et je ne parle pas des chaussettes pour rétroviseurs extérieurs (dont Christophe vous parlait ici : clic clic clic) ni des maillots de la sélection nationale qui déambulent dans les rues sur le dos de supporters ordinaires.

Ces dernières années, nous avons oublié ce que supporter l’équipe nationale voulait dire. Bien loin le temps de 98 où les maillots de l’équipe de France se vendaient par milliers. Epoque brève et révolue. Je me souviens également de 2006 où je suivais le mondial en Espagne et de cette remarque lancée par un ami andalou : « Vous êtes bizarres vous les Français : c’est un soir de match, votre équipe joue, et aucun d’entre vous ne porte le maillot ! Tous les autres en ont un ! ». Symptomatique.

Il faut dire que nous avons un gros problème avec les symboles en France dont le fameux débat sur l’identité nationale n’en a été que la plus formidable illustration. Contrairement à beaucoup de pays, la frontière entre « identité nationale » et « nationalisme identitaire » est très ténue et la peur de tomber dans le second nous empêche de revendiquer le premier. Faut-il y voir le succès d’un travail de sape mené ces dernières décennies par le Front National ou un enracinement plus profond dans l’histoire ? Sûrement les deux. Mais ce n’est pas le propos ici. Le fait est que le football est « le reflet d’une société » – on nous l’a suffisamment répété ces derniers jours – et que, drapeaux ou pas, le soutien des Français à leur équipe ne s’exprime massivement et ostentatoirement que lors des grandes victoires, c’est-à-dire rarement.

C’est un réflexe culturel, les Français ne seront jamais revendicateurs de ces accessoires de supporters que sont les maillots, drapeaux ou fanions, ou alors discrètement. Ce n’est donc pas sur ces éléments que l’on pourra juger du soutien de la population française aux Bleus. Pourtant, la fracture est bien là et la courte mais intense aventure de l’équipe de France en  Afrique du Sud en est le paroxysme. Comment opérer alors la réconciliation ? Reconstruire les Bleus pour reconstruire leur lien avec les Français, c’est le casse-tête qui se pose. Et c’est celui dans lequel se fourvoient les dirigeants politiques aujourd’hui.

Je n’en croyais déjà pas mes oreilles à l’annonce de la convocation des Bleus par Roselyne Bachelot la veille de leur match contre l’Afrique du Sud. J’étais abasourdi en apprenant que le Président de la République allait recevoir Thierry Henry à l’Elysée. Je n’ai pas de mots quand Nicolas Sarkozy promet des « états généraux du football français »… De quel droit ? Que vient faire cette ingérence politique dans le football ? L’équipe de France a-t-elle des comptes à rendre à un quelconque gouvernement ?

Si nous restons logiques avec ce qui a été dit plus haut, le football et son lien avec les Français doit être éloigné autant que possible de la politique pour ne pas tomber dans des logiques contre-productives. Une équipe de France reconstruite par un gouvernement ne comblerait aucun fossé avec les supporters, elle le creuserait en déchainant les passions. La FIFA en enfin réagi ce week-end face à cette tentative d’ingérence : « Il existe une autonomie du mouvement sportif et il ne peut y avoir d’interférence politique« , a déclaré le secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke.

La reconstruction du football passera par les instances du football. La FFF est la seule à pouvoir mener à bien cette mission, avec les mêmes hommes ou avec d’autres. Les relations entre supporters français et équipe de France n’en seraient pas là si, dans la foulée de 1998 et 2000, la communication d’un sélectionneur n’avait pas été catastrophique, si la gestion des cadres dirigeants par la FFF n’avait pas été si maladroite, si les médias n’avaient pas eu l’impression continue d’être laissés sur le bord du terrain et d’être littéralement moqués, si les Français n’avaient pas eu le sentiment que leur équipe n’avait pas d’envie.

Alors bonne chance les gars, votre avenir c’est vous qui l’avez entre vos mains. Notre soutien ne dépend que de votre bonne volonté et de votre exemplarité.

Florian Courgenouil.

Quelques mots sur l’auteur :

Florian Courgenouil. Amoureux des médias entretenant également une relation officielle avec la communication événementielle sans renier sa formation politiste, Florian a aussi eu des aventures avec la Normandie, le Bretagne, l’Andalousie, l’Irlande et Paris. Sa polygamie se retrouve jusque dans les blogs : http://www.lestentatives.com et http://telling-stories.fr

La coupe du monde du Semioblog

A l’occasion de la coupe du monde, le Semioblog a monté une équipe de 11 chroniqueurs qui ont pour mission de regarder ce que la coupe du monde provoque sur la société et les médias. Le Semioblog leur a donné carte blanche pour nous raconter un mois de sport populaire, de rassemblements, de business, de bonheurs et de malheurs.

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