« Echauffement de l’équipe de France et préparation des médias : destins liés », par Florian Courgenouil

dans Coupe du monde du Semioblog

Nous sommes depuis un moment déjà entrés dans la phase décisive de la Coupe du Monde. Les quelques semaines – trois ou quatre tout au plus – entre la fin des championnats nationaux et le début de la plus grande compétition de football au monde sont celles où tout se joue, pour l’équipe de France comme pour les médias qui la suivent. Et le destin de la première n’est pas étranger à la préparation des seconds.

Sur le plan purement sportif, la préparation de l’équipe de France se fait dans la douleur. Trois matches amicaux : une victoire, un nul et une défaite, face à des équipes que l’on qualifiera de modestes. Malgré ces pataugements, les médias – et particulièrement la télévision, média de l’image – déploient tous leurs efforts pour ne pas rater l’avant-match, cette phase de pré-lancement de la compétition.

Si les enjeux sont bien connus (une audience maximale pour un tarif de spot publicitaire au top de sa forme), les mécanismes sont eux également bien rôdés par l’expérience des dernières décennies mais bénéficient d’une mobilisation et d’investissements toujours plus optimisés.

Pour cette édition 2010, trois diffuseurs font monter la sauce, chacune avec leur atout majeur : TF1 est la chaîne des Bleus et s’assure ainsi des succès d’audience ; Canal + est LA chaîne expert du football et entretient son image ; quant à France Télévisions… on cherche encore. Toutes trois dépêchent respectivement 100, 50 et 20 collaborateurs sur place et nous abreuvent de news dans la dernière ligne droite : entraînements des Bleus, matches des Bleus, supporters des Bleus en Afrique du Sud, forme des Bleus, méforme des Bleus… Car, si aujourd’hui la télévision met les Bleus à l’honneur, c’est parce que ceux-ci lui rendront la pareille en cas de succès dans la compétition.

Mais la Coupe du Monde n’est pas l’apanage des diffuseurs : toutes les chaînes savent l’intérêt d’une coupe du monde (M6 a dû longtemps se souvenir de son slogan malheureux « 0% foot » de 1998), et toutes y dédient une partie de leurs programmes. Reportages, duplex, talk shows, débats sans oublier l’arme de guerre : le consultant. Zidane, Barthez, Petit, Lizarazu, Papin, Makelele, Sagnol, Giresse, Vieira, Pauleta, Juninho, Jacquet, Dessailly… les anciennes gloires donnent leur avis et vendent leur image aux chaînes qui disposent là d’un plus produit de première importance, l’emballage marketing de leurs matches.

Tous ces éléments font partie de notre quotidien médiatique depuis plusieurs semaines. Les chaînes mettent le paquet pour préparer les Français à supporter leur équipe nationale. Ce lundi soir, France 3 diffusait d’ailleurs en prime-time « La véritable histoire des Bleus » à travers les compétitions internationales, et j’avoue avoir encore été à deux doigts de chialer comme un gosse en revoyant les images de la victoire de 98… efficace à J-4.

Pourtant cette année, la tache est bien plus ardue pour les médias qui ne doivent pas se contenter de préparer le public français à supporter leur équipe mais bien plus à les réconcilier avec elle. Un niveau de jeu faible, des matches de qualification poussifs, la main de Thierry Henry, l’affaire Zahia, le coût de l’hôtel et le barricadement des Bleus… autant de difficultés et de polémiques ajoutées à une communication désastreuse et méprisante d’un sélectionneur désavoué de la (très grande) majorité des professionnels, journalistes et supporters.

Pour gagner, équipe de France et télévision avaient besoin l’une de l’autre. Mais il se pourrait bien que la première n’ait pas suffisamment honoré ses obligations.

Florian Courgenouil.

Quelques mots sur l’auteur :

Florian Courgenouil. Amoureux des médias entretenant également une relation officielle avec la communication événementielle sans renier sa formation politiste, Florian a aussi eu des aventures avec la Normandie, le Bretagne, l’Andalousie, l’Irlande et Paris. Sa polygamie se retrouve jusque dans les blogs : http://www.lestentatives.com et http://telling-stories.fr

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