« La défaite de Raymond Domenech » par Florian Courgenouil

dans Coupe du monde du Semioblog

Dans tout bon portrait de Raymond Domenech, on trouve une référence au goût de celui-ci pour le théâtre. C’est la petite note au départ originale, reprise depuis un peu partout avec ironie au rythme des sorties médiatiques du coach, véritables saynètes d’auto mise en scène.

Ce spectacle aura duré six années. J’utilise ce temps fini car, même si rien ne sera officiel avant l’élimination mathématique des Bleus mardi prochain, je ne me mouille pas trop en abrégeant la carrière de sélectionneur de Raymond. Six années passées à jouer le même personnage suffisant, méprisant et détestable auprès des journalistes, des supporters et de ses joueurs. Six années à incarner ce que l’on appelle assez facilement une stratégie de communication, six années à ne plus pouvoir distinguer la frontière entre interprétation et réalité.

Son unique souci aurait été de protéger ses joueurs. Avec cette Coupe du Monde 2010, l’argument ne peut faire que sourire. Sa louable mission vient de perdre définitivement toute légitimité avec l’affaire Anelka révélée par l’équipe (clic, clic, clic).

Mais la communication de Domenech a-t-elle seulement une fois servi les Bleus ? Les tensions ne sont pas nouvelles. Trézéguet, Pirès, Giuly… ces joueurs écartés pour des raisons qui ne semblent pas seulement sportives. Des décisions mal vécues par les joueurs, des choix sportifs incompris par les membres de la sélection nationale, des tensions entre certains joueurs que le sélectionneur a facilitées par ses attitudes, une stratégie de bunkerisation et d’isolement du groupe France largement décriées par nombre d’observateurs lors des compétitions internationales. Décidément, rien qui ne puisse favoriser l’Esprit de collectif tant recherché par les grandes équipes.

Ses résultats sur le terrain ne sont globalement pas catastrophiques : qualification de l’équipe de France pour trois compétitions internationales de suite (deux Mondiaux et un Euro), et on n’arrive pas en finale d’un Mondial par hasard, surtout en battant l’Espagne, le Brésil et le Portugal (ce n’est d’ailleurs pas lui qui a perdu la finale, c’est Zidane). Mais les joueurs aimeraient pouvoir respecter un sélectionneur dont les choix seraient légitimes, ils ne veulent plus être la farce d’une comédie médiatique. Quant aux supporters, leur désamour pour Raymond a depuis longtemps provoqué le divorce avec leur équipe de joueurs rendus « incapables » et « lamentables » comme en témoignent les Unes de l’ensemble de la presse après la défaite de jeudi dernier contre le Mexique.

Car le règne de Raymond s’est éteint ce soir du 17 juin lorsque, l’arbitre ayant donné le coup de sifflet final et libéré la joie des Mexicains, Raymond Domenech s’est présenté aux micros de TF1 dans une attitude qu’on ne lui connaissait pas, abattu. Lui qui pouvait se satisfaire d’un beau match nul voire afficher un air triomphateur dans la défaite, apparaissait soudain au bord des larmes, peinant à trouver ses mots ou une quelconque explication au naufrage collectif de l’équipe de France (clic, clic, clic)

Etrange de le voir comme ça le Raymond. Alors on s’interroge. Soit ces six années à tenir son rôle l’ont usées, il est réellement affecté par cette défaite et les tensions qui l’entourent, il craque. Soit Domenech sait qu’on ne lui pardonnera plus cette humiliation de trop, de laisser cette équipe dans un véritable chaos, et il se compose un autre personnage assommé et faisant profil bas, le rendant ainsi moins antipathique avant de sortir de scène.

Je crois que Raymond était vraiment groggy après cette défaite, que ce match contre le Mexique aura été sa grande désillusion. Je suis persuadé que Raymond croyait en ce qu’il faisait, que sa stratégie de communication et ses choix sportifs était les bons, que son équipe monterait en puissance et connaîtrait un destin similaire à celui de la Coupe de Monde 2006.

Ce 17 juin, il a compris. Ce 17 juin, il a définitivement perdu. Et le simple fait que nous doutions de la sincérité d’un homme perdu prouve que le point de non-retour a été franchi.

Florian Courgenouil.

Quelques mots sur l’auteur :

Florian Courgenouil. Amoureux des médias entretenant également une relation officielle avec la communication événementielle sans renier sa formation politiste, Florian a aussi eu des aventures avec la Normandie, le Bretagne, l’Andalousie, l’Irlande et Paris. Sa polygamie se retrouve jusque dans les blogs : http://www.lestentatives.com et http://telling-stories.fr

La coupe du monde du Semioblog

A l’occasion de la coupe du monde, le Semioblog a monté une équipe de 11 chroniqueurs qui ont pour mission de regarder ce que la coupe du monde provoque sur la société et les médias. Le Semioblog leur a donné carte blanche pour nous raconter un mois de sport populaire, de rassemblements, de business, de bonheurs et de malheurs.

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One commentOn « La défaite de Raymond Domenech » par Florian Courgenouil

  • entièrement d’accord , mis a part sur le coup de tête de zidane qui n’est qu’en parti responsable de la defaite, car pour ceux qui s’en souviennent (ou alors allez revoir la final) le coatching de domenech à était plus que mauvais il a été innexistant (alors que les italiens étaient a l’agonie physiquement il n’a pas sus faire les changements qui auraient enfoncés le clou)…

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