« Les territoires de la coupe du monde, entre espoir et logiques politiques » par Nicolas David

dans Coupe du monde du Semioblog

Depuis le 15 mai 2004 nous savons que l’Afrique du Sud organisera la 19ème édition de la compétition sportive la plus suivie sur la planète, la coupe du monde de football. Cette désignation,  au-delà du symbole qu’elle représente pour le continent le plus pauvre du monde, témoigne d’un geste, d’une main tendue pour cette population qui a tant apporté à ce sport et qui tendait les bras à ce rêve depuis toujours. Dépassons néanmoins l’euphorie pour s’interroger sur les véritables enjeux de cette nomination et sur la sincérité des bons sentiments de la FIFA.

Comparer cette désignation du pays africain le plus occidental à celle des Etats Unis en 1994 présente quelques similitudes amusantes.

En 1988 à Zurich, le comité de sélection de la FIFA désigne comme pays organisateur du Mondial 1994 les Etats Unis d’Amérique au détriment du Maroc, pour trois petites voix. Il aura donc fallu attendre près de 30 ans pour qu’un pays africain puisse prendre sa revanche. Pourquoi d’ailleurs ce sont précisément les USA qui ont été retenus pour ce premier mondial « hors frontières », brisant ainsi l’alternance Europe / Amérique du Sud depuis sa création ?

À la conquête de l’Ouest

La désignation américaine, par la FIFA, n’est peut être pas si anodine que ça. Il est vrai que 25 ans plus tard, ce choix s’est révélé judicieux et juteux pour les deux protagonistes. Soyons clairs, le but pour la FIFA était de développer le « Soccer » sur un continent vierge de la culture foot. Cette organisation permettait une vitrine et un tremplin pour promouvoir ce sport populaire partout dans le monde, sur une terre dominée par le casque et les épaulettes du football US mais également par le basket-ball. L’ambition était de toucher une population insensible aux règles de ce jeu moins spectaculaire et de créer des vocations au pays de l’oncle Sam. Pari osé mais pari réussi, l’organisation de cet événement, accouplé au savoir faire et à la volonté des influents américains fut une grande réussite sur le terrain et en dehors.

Cela a permis la création et le développement d’une fédération nationale de football, qui était inexistante auparavant, ainsi que la création après le mondial en 1996 de la MLS (Major League Soccer). Par ce biais les clubs ont pu se professionnaliser et optimiser leur fonctionnement, mais également l’instauration d’une formation des jeunes au maniement du ballon rond et dont le résultat peut se ressentir aujourd’hui. En effet, bon nombre de joueurs américains de la génération post-mondial ont éclos au plus haut niveau, notamment en Europe. La preuve de ce dynamisme se voit dans l’attractivité que peut avoir le championnat américain. Celui-ci a vu ses règles s’assouplir depuis 2007, et propose une alternative de fin de carrière aux stars du vieux continent et pas des moindres, pour preuve, hier nous apprenions que Thierry Henry venait de s’engager avec le Red Bull de New York. Enfin, un résultat marquant et significatif : depuis l’organisation de cet événement, les USA ont participé à toutes les phases finales de coupe du monde. L’Afrique du Sud constituera leur cinquième participation consécutive.

Enfin… La coupe du monde se posera en Afrique pour la première fois de son histoire ! Après plusieurs tentatives infructueuses, l’Afrique tient sa revanche, sa victoire ! Les déceptions marocaines de 1994 et 1998 et l’attribution asiatique sans débats de 2002 passées, l’élue est donc l’Afrique du sud. Après avoir loupé d’un cheveu l’organisation de 2006 et ses trois tours de vote, 2010 était pour elle.

Cap vers l’Espérance….

Pourquoi l’Afrique du Sud ? L’Afrique du Sud est elle représentative de L’Afrique ? Le peuple se sent il concerné par ce choix ? Est-ce la coupe du monde des africains, pour les africains ? Tant de questions à se poser.

D’un point de vue économique l’Afrique du Sud est la première puissance du continent africain.  De par son passé colonial, placé sous la domination européenne (1488 Portugal, 1657 Pays Bas, 1806 Angleterre) et son histoire (Apartheid 1948-1991) la Nation Arc en Ciel à un statut particulier en Afrique.

Nous ne pouvons pas le nier, l’Afrique respire football, vit football. Combien de jeunes africains rêvent de devenir un jour footballeur et seraient prêt à tous les sacrifices pour y parvenir ? Cette désignation est donc une magnifique récompense pour ce peuple et ce continent qui en a besoin et envie ! Malgré ces évidences, ce choix intrigue.

Comme pour les USA, le football n’est pas le sport le plus populaire du pays, on y pratique plus volontiers le rugby ou le cricket… L’engouement du peuple africain pour cette organisation a du mal à se faire sentir, et on peut le comprendre, le souhait de faire une coupe du monde par les riches, pour les riches chez les pauvres ne suscite pas beaucoup l’enthousiasme du peuple ; pour preuve seulement près de 2% des billets pour le mondial ont été acheté par des africains, soit seulement 11300 personnes, une goûte d’eau pour un continent qui compte près d’un milliard d’habitants. Parallèlement les américains et les allemands déplaceront environ 200 000 supporters. Ce paradoxe peut se comprendre par le prix exorbitant des places pour les matches mais également par la défaillance des circuits de distribution qui a délaissé cette population de façon sournoise et détournée. En effet pour se procurer les fameux sésames, un accès Internet et une carte de crédit sont demandés, des outils il est vrai qui sont très développés en Afrique….

Comme en 94, le choix africain n’est pas neutre, comme expliqué un peu plus haut pour les USA, on peut imaginer que la FIFA a subi une certaine pression populaire ou plutôt morale et a voulu se donner bonne conscience en confiant l’organisation de cet événement à l’Afrique sans prendre de risques. Tant pis pour le fond, la forme y est.

De façon plus positive cela va permettre malgré tout ce qu’on peut dire sur l’Afrique du Sud, qui est le théâtre des pires inégalités sur son territoire ou notamment subsiste un fort taux de criminalité, de se moderniser et de rattraper son retard. Il peut jouer, je le souhaite, un rôle de locomotive pour le continent noir. Rappelons qu’avant cette préparation, le pays ne disposait d’aucun système de transports en communs. En matière d’infrastructure hôtelière et de tourisme, afin d’accueillir sur son territoire près de 600 000 visiteurs les Bafana Bafana ont du mettre les bouchées doubles pour respecter leurs engagements. Un défi en passe d’être relevé, non sans craintes et difficultés car jusqu’au dernier moment les petites mains s’afféraient pour fignoler les détails.

Le choix de l’Afrique n’est pas contestable, par contre le pays le représentant à cette occasion gâche un peu cet exotisme et ce symbole. Passons au dessus de tout ça pour nous concentrer uniquement sur l’objet de cette manifestation, le sport, le football et ses valeurs universelles d’échanges qui nous rassemble.

Nicolas David

Quelques mots sur l’auteur :

. Nicolas David. Passionné par le monde des médias et sportif dans l’âme, Nicolas DAVID est Chargé de Clientèle chez La banque à qui parler, natif de la cité Durocasse ; vous invite à partager sa vision du mondial, pure et  conviviale. Retrouvez-le aussi sur son blog: http://andr0blog.wordpress.com/ et son Twitter  http://twitter.com/Andr0maK

La coupe du monde du Semioblog

A l’occasion de la coupe du monde, le Semioblog a monté une équipe de 11 chroniqueurs qui ont pour mission de regarder ce que la coupe du monde provoque sur la société et les médias. Le Semioblog leur a donné carte blanche pour nous raconter un mois de sport populaire, de rassemblements, de business, de bonheurs et de malheurs.

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2 commentsOn « Les territoires de la coupe du monde, entre espoir et logiques politiques » par Nicolas David

  • Juste une petite précision ! En 2006, l’Afrique du Sud n’était pas à la coupe du monde en Allemagne. Donc ce n’est pas leur cinquième participation consécutive.

    Sinon très bon article

  • on y pratique plus volontiers le rugby ou le cricket…
    vrai pour les blancs…..faux pour les noirs qui représente la plupart de la population

    pour preuve seulement près de 2% des billets pour le mondial ont été acheté par des africains, soit seulement 11300 personnes
    ?????et les sud africains ca ne compte pas ?ils etaient 80 000 rien que pour le 1er match et j ai entendu dire qu il y avait 5000 algeriens soit 5000×3 …15000

    imaginer que la FIFA a subi une certaine pression populaire ou plutôt morale
    viviblement la fifa a décidé que roénavent il y aura alternance entre les continents
    le pays le représentant à cette occasion gâche un peu cet exotisme et ce symbole.
    AFS etait en compétition avec le maroc …pas trés exotique non plus!
    lorsque tu voie la CAN en angola tu comprend que la FIFA tiens a avoir des stades et infrasstructure correctes

    Ce paradoxe peut se comprendre par le prix exorbitant des places pour les matches mais également par la défaillance des circuits de distribution qui a délaissé cette population de façon sournoise et détournée. En effet pour se procurer les fameux sésames, un accès Internet et une carte de crédit sont demandés, des outils il est vrai qui sont très développés en Afrique….

    De toutes facon c est tj pareille!!les gens qui vont a la coupe du monde et qui viennent de pays « pauvres » n’ont aucun probleme d argent donc pour eux que les places soit a 5?50 OU 100 euros n est pas un probleme et si les billets etaient a 1 euro le paysans ghanéens ou ivoirien ne serait quand meme pas venu !
    quand a la reflexion sur internet et la CB !!!!!!!
    90 000 allemands et anglais,50 000 hollandais et ……..4000 francais ont fait le déplacement!!es ce une histoire d internet et CB ????

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