« Faut il oublier le passé pour se donner un avenir ? » Entre bac de philo et coupe du monde

dans Coupe du monde du Semioblog, Medias

« Faut il oublier le passé pour se donner un avenir ? » C’était l’une des questions qui était posée ce matin aux candidats du baccalauréat, qui planchaient sur l’épreuve de philosophie. En voyant en même temps qu’une bonne partie de mes compatriotes la défaite de l’équipe de France contre le Mexique ce soir, ce sujet du bac n’a cessé de me faire écho, me montrant une fois de plus que les questions de philosophie sont véritablement ancrées dans le réel et en l’espèce, dans l’actualité sportive.

Lorsque la France a accueilli la coupe du monde en 1998, j’étais comme la plupart des françaises de mon âge : le foot ne m’intéressait pas plus que ça, mais bien évidemment, je me suis prise au jeu. Lorsque  deux ans plus tard, la France a remporté le championnat d’Europe, j’ai failli avaler le tapis et la moquette et j’ai appris la nage à contre-courant sur le sol du salon. Bref, comme beaucoup d’entre nous, j’ai vraiment découvert ce que pouvait être la ferveur sportive à un échelon national, j’ai partagé. J’ai compris que le foot, ça pouvait être un truc que tout le monde s’approprie, reposant sur un petit nombre de joueurs et gérés par un coach qui aurait pu, après les victoires, être élu Président de la République.

Et après ? Pas grand chose. J’ai fait comme tout le monde. J’ai regardé, ça ne redémarrait pas. C’était comme si le jouet était cassé, à force d’en avoir trop usé. Ici, et moins comme spectatrice que comme analyste des médias et plus loin de la société, ce que j’ai vu, c’était un besoin d’y croire de la part du public de l’équipe de France. Et le public de l’équipe de France ne se limite pas aux supporters. Il s’étend à toutes les classes sociales et à tous les âges. Le foot (et l’équipe qui porte son pays, quel qu’il soit) est porteur d’espoir, et la victoire transpire sur le moral général d’un pays, comme on l’a constaté en 1998, et comme en a bénéficié Jacques Chirac.

Dans les discours que l’on peut entendre depuis de nombreux mois, on voit bien que chacun se réfère aux victoires précédentes. On cherche, et c’est bien normal, à retrouver ce bonheur pourtant si unique car si nouveau, d’une liesse générale et d’un bonheur partagé. Pour quelles raisons ? Certainement parce que depuis 2000 rien n’a été réellement inventé, du point de vue footballistique français. Et puisque l’invention n’était pas là, on s’est forcément référé au passé. C’est comme si les précédentes victoires avaient empêché d’avancer, comme si les bons souvenirs d’enfance ne pouvaient jamais permettre à un adolescent de devenir adulte. Mais à faire toutes ces erreurs, on pourrait presque finir par se dire que les victoires précédentes n’étaient que des « coups », des opportunités, ce qui n’est certainement pas le cas. Pourtant, ces victoires n’ont pas permis à la France de devenir une grande nation de football.

Alors, faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ? Certainement faut-il s’en servir pour avancer, et se baser, comme l’a montré Aristote, sur le passé pour se plonger dans l’avenir. Mais il ne faut pas confondre la mémoire et les souvenirs. Kierkegaard faisait la distinction entre les deux, en expliquant que la mémoire est historique, tandis que le souvenir est poétique, emprunt de chaleur et de subjectivité. Si le public a le droit de garder de bons souvenirs des victoires passées, il serait temps que les dirigeants de l’équipe de France retrouvent quant à eux la mémoire qui leur fait depuis trop longtemps défaut : une mémoire technique, tactique et professionnelle, pour la mettre au service du jeu, et vers la victoire. Ici pleinement en effet, il faudra se rappeler du passé pour donner à l’équipe de France, un véritable avenir.

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2 commentsOn « Faut il oublier le passé pour se donner un avenir ? » Entre bac de philo et coupe du monde

  • Ok, ça mérite plus qu’un 13/20 (et encore parce que tu cites une des plus belles théories de Kierkegaard et je pèse bien l’adjectif) mais tu as triché, j’ai compté bien plus de 140 caractères.

  • C’est cool, Olivier, tu es tout de même bon joueur. Enfin… Un peu 😉

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