« Fly the flag with pride… if I can » par Christophe Dominique

dans Coupe du monde du Semioblog

Mi-mai, le président Jacob Zuma lançait la campagne “Fly the flag with pride” : “Affichez fièrement les couleurs de l’Afrique du Sud

S’adressant aux chefs d’entreprise, il exprimait ainsi son souhait de voir les entreprises Sud Africaines exporter leurs produits aux quatre coins du monde afin de booster l’économie du pays. L’idée lui est venue en constatant l’élan de patriotisme et de fierté nationale qui s’est développé au fur et a mesure que la Coupe du Monde s’approchait.

Il y a environ deux mois sont apparus en effet les premiers drapeaux flottant aux vitres des voitures. Sous l’impulsion des vendeurs de rue, qui y ont vu un moyen de se faire plus d’argent qu’en vendant du Coca-Cola tiède, de la Super Glue qui ne glue rien du tout ou des porte-clés en fil de fer et perles inspirés de la tradition Ndebele (une tribu originaire du Nord-Est de l’Afrique du Sud), la mode s’est propagée à vitesse grand V. Il faut dire qu’il est difficile de résister à la pression lorsque vous avez dix vendeurs qui vous assaillent à chaque feu rouge si vous n’affichez pas un drapeau sur votre voiture.

Le mouvement avait démarré lentement avec comme seul choix le drapeau Sud Africain avec support plastique à coincer entre la vitre et la montant de la portière. Attention, ne surtout pas ouvrir la vitre, sous peine de perdre le dit drapeau … et de faire le bonheur d’un autre conducteur ou plutôt d’un vendeur de rue qui s’empressera de le revendre au conducteur suivant. Remarquez, comme nous sommes à Johannesburg, il vaut mieux de toutes les façons ne jamais ouvrir sa vitre lorsque vous êtes en voiture à cause des risques de braquage… Mais je ne veux pas ternir ma première chronique avec les problèmes d’insécurité qui doivent être évoqués – voire  exagérés – dans les journaux français.

Puis sont apparues les chaussettes pour rétroviseurs extérieurs. Bien plus pratiques que le drapeau, elles s’enfilent sur les rétroviseurs … au risque de bloquer la visibilité du conducteur. Bon, vu comment les gens conduisent ici, cela ne doit pas beaucoup les gêner. Le problème des chaussettes, c’est qu’il faut les mettre dans le bon sens, et il semblerait que certains Sud Africains ne connaissent pas encore leur drapeau et s’affichent fièrement avec un drapeau la tête en bas.

Le drapeau Sud Africain sous sa forme actuelle a été adopté le 27 avril 1994. Pour ceux d’entre vous qui ne le connaissent pas, il est composé d’une bande rouge et d’une bande bleue, séparé par un Y horizontal de couleur verte qui entoure un triangle noir. Personne n’est réellement d’accord sur le symbolisme de ce drapeau, si ce n’est que le Y symbolise « la convergence des différents éléments de la société Sud Africaine et le chemin vers l’unité ». La multitude de couleurs pourrait symboliser la diversité de cultures et de races qui composent la société Sud Africaine (« the rainbow nation »). Bref, quoi qu’il en soit, la bande rouge doit toujours être placée en haut. Ceci a d’ailleurs failli provoquer un incident diplomatique entre la France et l’Afrique du Sud en novembre 2009, le drapeau sud-africain avait été hissé par erreur à l’envers avant un match test à Toulouse pendant qu’un chanteur de reggae d’origine Sud Africaine mais vivant en France massacrait l’hymne national Sud Africain « Nkosi Sikelel’ iAfrika » (qui signifie « Que Dieu bénisse l’Afrique » en Xhosa, l’une des onze langues officielles du pays).

Au départ, les vendeurs ne proposaient que des drapeaux Sud Africains. Mais petit à petit, certainement sous l’influence des exilés et expatriés de tous poils sont apparus les drapeaux d’autres pays.

Au palmarès des drapeaux les plus populaires, le drapeau anglais. Je dis bien le drapeau anglais qui représente la Croix de Saint George et non pas l’Union Jack, même si certains affichent fièrement ce dernier. En effet, la communauté britannique compte environ 250,000 membres en Afrique du Sud qu’ils soient descendants des colons ou exilés du Zimbabwe (les « When we » comme on les appellent ici, surnom qu’ils ont gagnés à force de commercer toutes leurs phrases par « When we » lorsqu’ils évoquent avec nostalgie la Rhodésie Britannique), ou plus simplement nouveaux arrivants attirés par un climat bien plus agréable que celui de Londres.

Le drapeau portugais flotte lui aussi en bonne place du fait de l’importante communauté qui est venue s’installer ici après avoir fuit la guerre civile qui sévit jusqu’en 1992 au Mozambique, ex colonie portugaise. Parmi les autres nationalités clairement affichées à Johannesburg, on peut citer les Grecs et les Allemands, ces derniers vivant plutôt au Cap. J’imagine que les drapeaux allemands doivent être aussi nombreux au Cap que sur les Champs Elysées en juin 1940…. Curieusement, le drapeau néerlandais est peu visible. Les Afrikaners, descendants des Néerlandais se sentent-ils plus Sud Africains que Néerlandais ou ont-ils peurs d’afficher un drapeau qui ressemble un peu trop à l’ancien drapeau Sud Africain ?

Autre drapeau peu visible : celui du Nigeria. Il faut dire qu’afficher un drapeau nigérian  équivaudrait à écrire en gros «Drug dealer » sur sa voiture et ne manquerait pas de créer à son propriétaire de nombreux problèmes avec la police. En effet, sans vouloir faire d’ostracisme à l’égard d’une communauté, le fait que le marché de la drogue soit aux mains des nigérians est un fait reconnu et avéré.

Et le drapeau français dans tout cela me direz-vous ? Nous sommes entre 5 et 7,000 français installés en Afrique du Sud, certainement anxieux d’afficher nos couleurs, malgré notre réputation de râleur et les performances de notre équipe nationale.  Eh bien, j’ai eu tout le mal du monde à trouver des chaussettes aux couleurs françaises auprès des vendeurs de rue. On me proposait le drapeau italien ou néerlandais, mais pas moyen de trouver le drapeau tricolore, malgré mes arrêts à tous les feux rouges et mes demandes à tous les vendeurs qui me répondaient inlassablement « Tomorrow, tomorrow ». Je ne suis donc rabattu sur Internet pour me procurer (et à quelques amis dans le même cas que moi) les précieuses chaussettes bleu-blanc-rouge.

Pour conclure, j’aimerais souligner un autre fait intéressant ; parmi les conducteurs ayant des attaches dans d’autres pays se distinguent ceux qui n’affichent que leur drapeau national, et ceux qui comme moi, certainement expatriés de longue date ou binationaux affichent fièrement un drapeau de chaque côté, célébrant leur pays natal tout en remerciant leur pays d’adoption.

Le choix sera plus difficile lors du match France – Afrique du Sud qui aura lieu le 23 juin à Bloemfontein.

Christophe Dominique


Quelques mots sur l’auteur :

Christophe Dominique. Les hasards de la vie et de l’amour ont amené Christophe en Afrique du Sud pour la première fois il y a dix ans….. Il y a 5 ans, il décide de s’installer à Johannesburg, pour pratiquer son métier de consultant en management. Il a depuis peu la double nationalité Franco-Sud Africaine.

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One commentOn « Fly the flag with pride… if I can » par Christophe Dominique

  • salut christophe je rechaiche des chaussettes de voiture tu pourai me dir ou tu les a trouver sur le net moi je sui en france ,merci

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