“España: Más que una victoria” par Antoine Le Troadec

dans Coupe du monde du Semioblog

L’Espagne est arrivée en Afrique du Sud avec les habits inconfortables du favori. Une défaite au premier match plus tard contre la Suisse 0-1, et l’Espagne enfilait le bleu de travail alignant les victoires poussives (but hors-jeu en huitièmes contre le Portugal, but refusé injustement aux paraguayens aux quarts…). Pourtant les médias et la société espagnole n’en ont cure, tant ils sont obsédés par une éventuelle première étoile sur le maillot de la Furia Roja. Au-delà de la simple victoire sportive, l’Espagne voit dans cette coupe du monde une occasion de repartir de l’avant, après avoir été touchée de plein fouet par la crise économique.

Si ce pays vit actuellement une apogée sportive (l’équipe de football est championne d’Europe, Rafael Nadal est numéro mondial en tennis, Alberto Contador est le meilleur coureur cycliste du monde, Fernando Alonso un des meilleurs pilotes de F1, l’équipe de Basket est championne du monde…), sa société, et son économie sont plus que sinistrées. Le pays vient de passer la barre des 20% de chômage, tout en ayant accumulé un déficit monumental pour le pays (50 milliards d’euros sur les 7 premiers mois en 2010, un déficit annuel qui s’établira à 9.5% du P.I.B soit largement au-dessus des taux prévus par les traités de l’UE) obligeant le gouvernement à adopter un plan de rigueur drastique qui a entraîné des grèves nationales virulentes notamment chez les fonctionnaires. Symbole de cette récession, le gouvernement espagnol socialiste de Zapatero qui avait naturalisé les sans-papiers pendant la croissance en 2007, paye les immigrés aujourd’hui pour qu’ils retournent en Amérique Latine. Ajoutons à cela les demandes d’autonomies toujours plus importantes de la Catalogne, et nous obtenons un tableau encore plus sinistre que la France.

La Coupe du Monde de football constitue donc pour le peuple espagnol l’occasion d’une parenthèse enchantée, et un motif d’espoir pour la société. Comme l’indique la bannière permanente visible sur le site de Marca (l’équivalent de l’Equipe en France, identité pro Real Madrid et castillane), les espagnols sont invités depuis le 11 juin à être « todos a una con la roja » (tous uni derrière la Roja). L’illustration représente un cœur qui bat sous le maillot de la sélection nationale (visible ici http://www.marca.com/). Le quotidien invite donc à faire fi des rivalités régionales pour porter l’équipe nationale vers les sommets. Plus l’équipe avance dans la compétition, plus les audiences prennent des allures pharaoniques (76% de part d’audience pour Espagne – Portugal), symbolisant cette attente du peuple espagnol. La Coupe du Monde cristallise les espoirs de tout un pays, et ne pas la gagner reviendrait à sombrer dans une déprime. Il s’agit donc d’une question de salut et d’espoir pour le peuple ibère comme l’illustre cette nouvelle version édifiante de la campagne Nike Write the future (escribe el futuro en espagnol http://www.youtube.com/watch?v=R_VtUNq0uxk).

Tout un pays attend un sacre, pour cela il faudra battre l’impressionnante équipe d’Allemagne ce mercredi soir. L’équipe d’Allemagne qui vit une compétition formidable avec sa sélection nationale multiculturelle, qui a un air de l’équipe de France 98. Symbiose nationale pour l’Espagne contre ouverture sur le monde pour l’Allemagne, telles sont les composantes d’un match qui s’annonce à tout point de vue exceptionnel.

Antoine Le Troadec

Quelques mots sur l’auteur :

Antoine Le Troadec. Il sera bientôt diplômé du Celsa en Communication Marketing et Management des Médias. Actuellement stagiaire au Channel Planning d’EuroRSCG C&O. vous pouvez retrouver ses clins d’œil médiatiques, artistiques, publicitaires et bien sûr footballistiques sur son Twitter http://twitter.com/a_letro

La coupe du monde du Semioblog

A l’occasion de la coupe du monde, le Semioblog a monté une équipe de 11 chroniqueurs qui ont pour mission de regarder ce que la coupe du monde provoque sur la société et les médias. Le Semioblog leur a donné carte blanche pour nous raconter un mois de sport populaire, de rassemblements, de business, de bonheurs et de malheurs.

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