Problèmes de météo contre société de la performance

dans Culture et Société, Medias, Télévision, Vie politique et medias

« Il n’y a pas la performance qui est attendue de nous » a dit cette semaine Nicolas Sarkozy. « Il n’y aura pas de pagaille » avait dit Brice Hortefeux, alors que Ségolène Royal parlait de « chaos ». François Fillon quant à lui a accusé Météo France de ne pas avoir fait son job.

Oui, c’était la pagaille, en effet, les routes étaient bloquées et il aurait fallu plus d’anticipation. Le chaos était réel, notamment dans la communication gouvernementale. Et puis bien sûr, il y a eu cette attention accrue des médias qui ne parlaient plus que de cela. Dans ces cas là, mes pensées se sont tournent vers les outils de la sémiologie et je me pose toujours les questions suivantes : qu’est-ce qu’il pourrait y avoir à la place, et c’était comment avant ?

Car ce qui a retenu mon attention lors des problèmes dus à la neige en région parisienne cette semaine, c’est une impossibilité : celle de se dire par exemple que les services techniques n’ont pas assuré, que oui, les choses étaient compliquées, et que la météo peut avoir plus de pouvoir que le président de la république. Il va bien falloir s’y faire.

Alors en effet, il n’y a pas eu la performance attendue, mais pourquoi cette « performance » était-elle si attendue ? Certainement parce que tout doit être ultra performant et efficace. Qu’il s’agisse du travail ou de la vie privée on ne se laisse plus de temps et on ne reconnait plus la possibilité d’être faillible : ni pour nous, ni pour les autres. Notre « hyper-président » nous a habitué en quelques années à cette idée que la société lui a inspiré : être partout, tout le temps, sauver la vie de tout le monde à chaque instant, exactement comme le prétend la télévision. Or c’est évidemment impossible, c’est ce que comprennent les enfants, en général autour de 10 ans.

Et enfin, c’était comment AVANT ? Il y a 20 ou 30 ans, les journaux télévisés mettaient la météo à sa place : en fin de journal, et même lorsque que la France était bloquée. Quant à la société en général, j’ai posé la question à mon père, en lui demandant comment c’était, en Lorraine, lorsque la neige tombait fort et que la circulation était bloquée. Il a eu cette réponse évidente : « on faisait les choses plus doucement, on attendait. De toutes façons, personne n’était bloqué sur l’autoroute, il n’y avait pas d’autoroute ». Dans le fond, nos politiques (et nous-mêmes) vivons sur des autoroutes. Tout doit aller plus vite, c’est le règne de l’immédiateté au détriment de ce que la vie nous demande parfois : un peu de temps et de modestie.

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