Egypte : Le journaliste enlevé, un idéal médiatique

dans Medias, Télévision

Cela fait plusieurs jours que les journalistes occidentaux qui sont en Egypte pour couvrir la révolution ont de plus en plus de mal à faire leur travail. Pire que cela, certains d’entre eux ont été enlevés, puis relâchés. C’est un inacceptable, et je ne souhaite pas ici mettre en cause la gravité de ces actions. Pourtant, du point de vue du discours médiatique, je veux mettre en avant le fait que pour un média (qu’il s’agisse d’une radio, d’une chaîne de télévision ou d’un média écrit), le journaliste enlevé constitue la figure idéale du discours médiatique.

L’un des meilleurs moyens d’illustrer une situation est d’avoir recours à des témoins. Le témoin authentifie le discours, confirme les propos du journaliste, donne du sens aux images. Prouver des faits en donnant la parole à des témoins a une valeur essentielle dans la mise en scène de l’actualité, quel que soit le sujet. Au sujet de l’Egypte, la plupart des reportages à la télévision font se succéder des images des manifestations, la parole de témoins qui vivent les événements, le tout agrémenté du discours explicatif des journalistes. Que se passe-t-il lorsqu’un journaliste se fait enlever ? Il conserve son statut de journaliste (raison pour laquelle on l’a enlevé), mais il devient tout à coup un témoin, et plus encore, un acteur.

Samedi soir au 20 heures de France 2, le journaliste Loïc de la Mornais était l’invité du journal pour témoigner de son enlèvement. Laurent Delahousse l’a fait témoigner sur « ce qui s’est passé concrètement », et les paroles du grand reporter étaient fortes d’une vérité que seuls ceux qui ont vécu de l’intérieur de tels événements peuvent porter. Loïc de la Mornais a dit à Laurent Delahousse qu’il allait lui faire « une confidence », pour parler de son amour pour l’Egypte, où il a vécu pendant deux ans, accentuant encore le caractère réel de ses paroles, celles d’un journaliste qui est d’abord un homme ayant vécu des choses graves.

Ce journaliste enlevé (puis relâché) constitue une figure idéale pour le discours médiatique car il est alors un témoin mais également un professionnel de la parole. Il est donc susceptible de rendre plus vivants et plus forts les propos du média pour lequel il travaille.

Il va de soi que je ne parle pas ici de journalistes tels que Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier qui sont otages depuis plus d’un an, dont nous sommes sans nouvelles, et auxquels nous pensons tous.

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