Les « radars pédagogiques », les médias au service du vocabulaire gouvernemental

dans Culture et Société, Télévision, Vie politique et medias

En ce moment, sur les routes, on installe des « radars pédagogiques ». Oui. Après les conseils pédagogiques, les projets pédagogiques, les accompagnements pédagogiques, le gouvernement a inventé les radars pédagogiques. Si la pédagogie est l’art d’éduquer, le radar pédagogique serait donc un appareil électronique qui possède en lui la capacité d’éduquer.

En fait, un radar pédagogique est un appareil qui indique la vitesse à laquelle vous conduisez, et vous dit même ce qui pourrait vous arriver s’il y avait un « vrai » radar (amende et retraits de points). Le radar pédagogique ne vous dresse pas de PV, il n’est pas méchant : il est Pé-da-go-gique.

De qui se moque-t-on ? Comment peut-on dire qu’un radar, qui n’est qu’un détecteur de vitesse, peut posséder une dimension pédagogique ? Comme formule médiatique préalablement inventée par le gouvernement, le « radar pédagogique » est le signe d’un certain nombre de choses :

Il s’agit tout d’abord, pour le gouvernement, de tenter de rattraper du mieux que possible la polémique qui a eu lieu le mois dernier lors de l’annonce du retrait des panneaux signalant la présence de radars. On a crié à l’arnaque routière, et au besoin, pour l’état, de récupérer un maximum d’argent rapidement. Le radar pédagogique est né pour étouffer la polémique de la suppression des panneaux d’avertissement des vrais radars.

Au-delà de l’action elle-même, le radar pédagogique nous avertit : « attention petit conducteur mal élevé, tu prends des risques incontrôlés, mais l’état te préviens, gentiment ». Exactement comme l’avertissement que nous avions à l’école et qui nous signifiait que la prochaine fois on allait avoir une colle. En fait, le radar pédagogique nous montre surtout, à moins d’un an des élections présidentielles, que le gouvernement nous veut du bien.

Enfin, l’usage médiatique de l’expression « radar pédagogique » montre qu’aucune action gouvernementale ou plus largement politique n’est mise en œuvre sans une stratégie de communication si adaptée, qu’on a même pensé au vocabulaire accompagnant cette stratégie de communication. Il s’agit de dire aux médias ce qu’il faut qu’ils communiquent, mais aussi comment il faut qu’il le fassent.

L’univers politique construit désormais, pour accompagner ses actions, un univers linguistique. Après le « démontage du Mac Do » de José Bové, « l’ascenseur social » ou la « discrimination positive », il est actuellement question des « radars pédagogiques ». Ces termes sont comme des réponses que les différents gouvernements proposent aux français, par l’intermédiaire des médias.

Que les politiques tentent d’exercer une forme de pression sur le discours n’est pas étonnant. Ce qui l’est plus, c’est que les médias se jettent sur ces termes et les reprennent sans aucune dimension critique. Non, un radar n’est pas pédagogique, il est éventuellement préventif. Ne nous laissons pas endormir par cette facilité discursive.

Le village d’où je viens, en Lorraine, est traversé par une route très pentue et dangereuse. Depuis au moins vingt ans, devant chez mes parents, il existe un panneau, qui indique la vitesse à laquelle roulent les véhicules. Oui, j’ai grandi devant un « radar pédagogique », sans le savoir.

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