Festival d’Avignon « Plannings et autres digressions… » par Stéphanie Pourquier-Jacquin

dans Fest. Avignon 2011


Pendant le mois de Juillet, le Semioblog vous invite au festival d’Avignon. Stéphanie Pourquier-Jacquin nous livre aujourd’hui ses réflexions sur la gestion du temps, en période de festival.

Au mois de juillet, à Avignon, de drôles d’objets apparaissent dans les sacs à mains. Outre les habituels brumisateurs, crèmes solaires et autres éventails… armes incontournables de la lutte anti UV et alliés de la bataille contre la chaleur, certains rajoutent à leurs besaces en tissu (bien souvent acheté à la boutique du festival) l’équivalent du cartable d’un écolier.

Programme du Off, Programme du In, guide du spectateur, programme des scènes permanentes, tracts glanés tout au long du festival, innombrables stylos et parfois même des post-it… à la terrasse des cafés, il n’est pas rare d’assister au déballage de ces chargés baises-en-ville et de voir s’opérer une petite chorégraphie improbable entre les différents programmes, les agendas déjà annotés et, petit à petit, se construit devant moi ce que je suis bien incapable de faire : un planning.

Certains festivaliers forcent l’admiration, ils ont mis en place des codes couleurs, des symboles, ou un système d’évaluation qui leur est propre mais qui apparaitra illisible à tout un chacun. Souvent ce sont les mêmes festivaliers, qui, paniqués dès lors qu’ils ont égaré leur programme, peuvent faire le tour de tout les lieux fréquentés afin de remettre la main sur leur ouvrage de chevet du mois de juillet.

Pendant le Festival, je suis une dilettante culturelle. Je suis curieuse de tout, j’aimerai tout voir, et pourtant le simple fait de réserver un spectacle à l’avance est une épreuve insurmontable. Je ne sais pas prévoir, et je me réfugie derrière le fait que j’aime laisser une marge confortable aux impondérables.

J’ai une admiration sans bornes pour ces aficionados du planning, qui (je le suppose) sont capables de prévoir leurs menus pendant l’année scolaire ou leur destination de vacances d’une année sur l’autre. Pendant le festival, ils savent précisément ce qu’ils vont voir, dans quels lieux, et dans quel ordre. Parfois, ces festivaliers se laissent une plage horaire supplémentaire, au cas où le bouche-à-oreille ferait son effet, et s’ils entendent parler d’un spectacle auquel ils n’auraient pas songé. Parfois, un spectacle viendra remplacer un autre dans une plage horaire, ce dernier ayant été jugé décevant par la sœur de la voisine de la commerçante d’à coté.

De mon coté, je traverse Avignon, rusant pour esquiver les tracts, en me suggérant parfois qu’il faudrait que j’aille voir tel ou tel spectacle. Ce que j’aime pendant le Festival, c’est le champs des possibles qui s’offre à nous. J’aime savoir que, si je veux, je peux aller voir cinq spectacles dans une journée, je peux décider au dernier moment de donner sa chance à tel ou tel artiste. J’aime avoir la surprise, au détour d’une rue, de voir qu’un artiste apprécié est programmé au Festival. Enfin, j’aime le fait de savoir qu’à tout moment, je peux décider d’aller voir un spectacle avec un(e) ami(e), croisé(e), pourquoi pas, au détour d’une rue.

Bien sûr, le reste du temps, ça ne me dérange pas de prévoir. Je peux parfaitement réserver quinze jours, un mois à l’avance, pour une représentation à laquelle il me faut absolument assister. J’aime quand l’envie de voir un spectacle se crée, se nourrit et quand le jour J arrive, compter les heures avant le lever de rideau. Mais pendant le Festival, j’aime la surprise, j’attend le coup de foudre, le festival est comme un conteur intarissable qui devra subir mes caprices quotidiens : l’envie de rire, celle d’être émue, ou encore la volonté de venir accompagnée.

Parfois, j’ai conscience que je verrai beaucoup moins de pièces que les personnes organisées, parce que je laisse sans doute trop de place au « sensible », à l’imprévu, mais après des années de festivals, j’apprends à gérer ma défaite : je ne peux pas faire de planning. Enfin, pour l’instant, parce que je ne désespère pas. Surtout, je suppose que les festivaliers à l’emploi du temps « serrés » ont une bonne connaissance d’eux même et qu’ils savent d’avance ce qui les toucherons, les décevrons.  De fait, l’expérience culturelle apparaît comme le gage d’un emploi du temps sur mesure. Reste donc à continuer de voir des spectacles en dilettante… considérant mes coups de cœurs culturels comme le spectre d’un bagage en devenir.

Stéphanie Pourquier-Jacquin.

Stéphanie Pourquier-Jacquin est doctorante au sein du laboratoire Culture et Communication de l’Université d’Avignon. Elle prépare une thèse sur les pratiques cinématographiques des étudiants en PACA, sous la direction d’Emmanuel Ethis. Cinéphile, Sérivore, téléphage, et geekette assumée, elle collectionne les mile’s en partageant sa vie entre Brest et Avignon. Vous pouvez aussi la suivre sur Twitter (clic, clic, clic)

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