Festival d’Avignon, « le code vestimentaire des festivaliers » par Marie-Caroline Neuvillers

dans Fest. Avignon 2011

Pendant le mois de Juillet, le Semioblog vous invite au festival d’Avignon. Marie-Caroline Neuvillers aborde aujourd’hui avec courage et non sans humour la question du code vestimentaire des festivaliers…

Pendant le Festival, il existe des codes. Non je ne parle pas des codes  décrit par Emmanuel Ethis sur le public du festival.

Je te parle du code vestimentaire.

Oui c’est moins prestigieux, mais ça n’est pas pour ça qu’il ne faut pas aborder le sujet.

Je sais bien qu’il ne faudrait pas tomber dans le cliché mais parfois justement des clichés, on a l’impression d’en croiser dans la rue.

Il y a différents types de festivaliers. Soyons cruels et commençons par le touriste dont l’âge se situe entre 45 et 65 ans.  Oui je sais ce que vous allez dire, je suis injuste et perfide. C’est vrai.

Donc, le touriste : Souvent il a la même apparence que le touriste qui part passer deux jours à Disneyland. Grosse basket ou  dérivé élégant de la basket en sandale ouverte avec scratchs sur le dessus et bandes jaunes fluo sur le côté. Bermuda, pour hommes ET pour femmes, accompagné d’un tee-shirt en lycra, récent achat de chez décathlon. Sans oublier l’indispensable sac à dos, amis infatigable des vacances qui a été de tous les pique-niques et de tous les campings depuis 1985.

Le tout est souvent accessoirisé d’une carte et d’un air totalement paumé.

Ensuite il y a l’artiste. Non je ne te parle pas de l’artiste déguisé ou de l’artiste qui distribue des tracts dans la rue. Je te parle de l’artiste qui joue dans une pièce avec un titre qui te donne envie de te défenestrer. L’artiste qui préfère mâcher du papier aluminium que de passer à 100 mètres du palace, et qui utilise les mots « ambivalence et transversalité » en parlant d’une pièce.

Il fait 18000 degrés à l’extérieur, mais souvent, l’artiste a une écharpe. L’artiste porte aussi un pantalon en lin, car oui, l’artiste aime le lin. L’artiste, quand c’est une femme, a en général la faculté rare de prendre un élastique et de se nouer les cheveux au dessus de la tête en 7 secondes, d’une façon que toi, tu tentes désespérément d’imiter pendant 40 minutes chaque matin dans ta salle de bain depuis la quatrième. L’accessoire indispensable ici est probablement la roulée constamment pendu au bout des doigts.

Quelque part pas si loin de l’artiste, il y a le parisien et la parisienne. Si si, tu sais qu’ils y vivent parce qu’ils en parlent fort et tout le temps. Oui Avignon c’est sympa, mais faudrait pas déconner, on a une vraie vie avec un métro et un appart de la taille d’un placard à balais. Le parisien et la parisienne sont tout le temps bien habillés, il n’y a pas de jour de relâche. Et comme la province c’est follement exotique, la parisienne a sorti toute une cargaison de petites robes très légères, avec des chapeaux. Trop dommage, personne n’a prévenu la parisienne que souvent il y a du mistral, et parfois même de la pluie. Elle a donc cette posture caractéristique de la main en haut et de la main en bas : Une pour retenir le chapeau, une pour retenir la robe.

Parfois il t’arrive de croiser la parisienne en fin de journée, quand elle a juste passé la journée au théâtre ou  à une terrasse de café, et quand toi tu l’as passé à ton bureau, et que par conséquent, tu as du chocolat au lait collé quelque part sur ta jupe, le mascara qui coule, et le cheveu plat.

Et puis surtout, n’oublions pas mon préféré : Le parent. Il y en a deux sortes : Le parent bobo, et le parent « j’ai renoncé à toutes sortes d’esthétisme le jour où mon propre enfant m’a vomi dessus ».

Le parent bobo aura forcément quelque chose en chanvre sur lui. En général, le père porte des sandales, oui des sandales. Il a l’air étonnamment zen pour être le père d’un enfant d’approximativement trois ans, probablement rapport à tout ce chanvre qu’il porte.

Le parent bobo n’a jamais l’air pressé, cela dit c’est dur de courir avec des sandales. Lui aussi porte du lin,  souvent des vêtements larges pour laisser passer toutes les ondes positives. Et je ne sais pas si tu as remarqué, mais souvent la mère bobo pousse une poussette vide pendant que l’enfant marche juste à côté, ce qui doit être un code vestimentaire parent bobo ultra sophistiqué.

Le parent qui a renoncé a l’air moins zen. En général il est proche du touriste côté chiffons. La différence c’est qu’il a des tâches : Des tâches de glace, des tâches de sang même (si je vous assure j’ai assisté en direct à un arrachage de dent de lait il y a une semaine et c’était moche). Parfois la mère qui a renoncé a une robe, mais va savoir pourquoi, elle a mis un legging dessous, au cas où il y aurait un courant d’air à un moment pendant la canicule.

En général on a du mal à se concentrer sur la tenue du père ou de la mère parce qu’elle est planquée par une poussette gigantesque, et que souvent la poussette gigantesque roule sur ton pied.

Mais surtout, surtout à Avignon il y a cette créature qui hante les rues de la ville, cette spécialité locale qui se déplace systématiquement en troupeau : LA CAGOLE.

Ah la cagole, ah son legging blanc avec bord en dentelle, sa choucroute décoloré qu’elle appelle tendrement « ses cheveux », ses chaussures  avec  15 centimètres de talons qui la font régulièrement trébucher et lui donne cette démarche chaloupée.  En général elle porte un grand sac, avec des poches partout, et surtout elle ne porte pas son sac sur son épaule, mais sur son bras, laissant apercevoir le vernis rose fluo écaillé sur sa main.

Et ne serait-ce que grâce à elle et toutes ses copines, tu n’as même plus besoin d’aller jusqu’au théâtre pour te payer une franche rigolade.

Marie-Caroline Neuvillers.

Marie-Caroline Neuvillers est étudiante en deuxième année de Master Stratégie du Développement Culturel à l’Université d’Avignon et rédige un mémoire sur les réseaux sociaux sous la direction de Virginie Spies. Elle ne trouve jamais de place de parking pour se garer et se promet chaque jour d’apprendre à faire un créneau correctement. Vous pouvez également la suivre sur Twitter : clic, clic, clic.

 

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