Festival d’Avignon « Le son du festival » par Carine Mériaux

dans Fest. Avignon 2011

Pendant le mois de Juillet, le Semioblog vous invite au festival d’Avignon. Aujourd’hui, c’est Carine Mériaux nous ouvre les oreilles…

« Ne laissez pas paaaaaasseeeeeeeer…. Le buuuuus de Raymond QueeeeeeeeeeeeeneauuuuuUUUUUUUuuu…« .

Pas d’inquiétude les amis : il faudrait être sourd pour le louper, le bus de Raymond Queneau…

Tous les jours, à 16h pétantes, il stationne dans le hall de l’office de tourisme, dont l’acoustique, pas vraiment adaptée à l’exercice choral, fait résonner jusque dans les étages les voix de stentor de la troupe qui parade, ponctuelle et (encore) pleine d’entrain , à quelques millimètres à peine des oreilles des touristes ébahis.

Car le Festival d’Avignon, c’est aussi ça : une effervescence sonore de chaque instant. Et c’est bien le moins, pour une ville connue dans le monde entier pour sa chanson. Mais aussi cacophonique qu’elle puisse paraître, c’est pourtant une partition bien huilée qui revient quotidiennement rythmer la cité des papes pendant tout le mois de juillet.

Ecoutez…

Le matin, c’est encore calme. On distingue encore nettement le « ding ding » des baladines qui se baladent, et le « clap clap » des piétons qui se baladent, aussi, mais en tong.

C’est vers midi que la ville se réveille véritablement, au fur et à mesure que les premiers spectacles se terminent et que le chassé-croisé des spectateurs reprend son ballet. A l’affut, déambulant au hasard des oreilles attentives, des centaines de préposés au tractage haranguent les passants :

« De la danse et du théâtre par une compagnie Belge ! Page 528 du programme du Off ! Vous aimez rire ? La salle est climatisée !!! Pour la 18e année à Avignoooon !!! Je peux vous déranger une seconde ? ».

Les compagnies elles-mêmes, affublées de tenues que ne renierait pas Lady Gaga, déclament inlassablement leur tirade pour attirer le chaland. (Contrairement au lapin Duracell, il est à noter que le volume sonore de cette performance décline au fur et à mesure que l’on avance dans le mois de juillet et que, par là-même, les énergies s’amenuisent).

En écho : « Non merci ! », ou : « J’en viens ! « , ou :  » vous avez des invitations ? », ou encore : « grmglff ».

En contre-plongée : « sivouplé, mangé le bébéééé », scande la vieille roumaine.

Le soleil à son zénith, c’est aux terrasses des cafés, prises d’assaut comme il se doit, que se joue « Un jour sans fin », version Jack Lang. A ce moment de la journée, c’est une fête de la musique perpétuelle.

Selon le quartier, l’ordre de passage n’est pas le même, bien sûr, mais en général, on appréciera TOUS LES JOURS sans exception : un extrait de spectacle chanté en petite tenue, une reprise approximative de la Vie en Rose à l’accordéon, des chansons grivoises, du Shakespeare en slam, du folklore bulgare, une batucada, un voyage de l’autre côté de la méditerranée en compagnie d’un joueur de Oud inspiré (mon chouchou)… J’en passe et j’adresse mes excuses à tous les autres.

L’après-midi, place aux cigales dopées aux UV.

Contre leur concert strident, personne ne peut lutter (hormis peut être le bus de Raymond Queneau). Le moment idéal pour écouter le dernier album de Sinclair, par exemple.

Rue de la République, une fanfare tzigane créé le cercle et invite à quelques pas de danse. Plus loin, des exclamations entrecoupées d’applaudissements : non messieurs-dames, le spectacle de rue n’est pas mort.

21h50, alors que les martinets virevoltent dans le ciel en piaillant, on retient son souffle , avant que l’Histoire ne vous pénètre directement par les tympans.
21h50, c’est l’heure où résonnent les trompettes de la Cour d’Honneur du Palais des Papes.
Porté par le vent, l’esprit de Vilar vous enveloppe et vous accompagne, dans un fracas de Tropéziennes sur marches de bois, jusqu’au coeur du festival.
Pendant le spectacle, alors que souvent le mistral qui s’engouffre à travers les créneaux du plus grand palais gothique du monde oblige le comédien à lutter pour se faire entendre, un klaxon de mobylette, incongru, ponctue une tirade.
A moins qu’un spectateur furieux ne décide de signifier bruyamment son désaccord par quelques insultes et un claquement de talons, avant de quitter le gradin dans un murmure réprobateur, ou compatissant.

Plus tard, dans quelque rue pavée, place aux noctambules. On trinque allègrement et c’est un concert de verres qui s’entrechoquent ; on s’exclame, au milieu du brouhaha et des flonflons. Ambiance guinguette au bord de l’eau, même si la Sorgue n’est pas la Marne. Une voiture se fraye un passage, fenêtres ouvertes et tonitruantes, et c’est tout Marrakech qui s’invite à la fête.

Quand finalement, la nuit touche à sa fin, à l’heure de s’endormir, une ritournelle persiste… « Ne laissez pas paaaaasser….le buuus de Raymond Queeeeeneauuuuuuuuu. »

Mais déjà, les camions-bennes entament leur ronde et leur bip-bip, les jets d’eau effacent des trottoirs la journée précédente à grand coup de pschiiiiiiiiiiiiiitttt, les containers à verre sont vidés dans un attentat sonore BBBling-blang-dZZZZing .

Les rideaux de fer se lèvent en grinçant des dents.

On retire ses boules Quiés et on y retourne.

Carine Mériaux

Quelques mots sur l’auteur :

Fraîchement diplômée de l’Université d’Avignon en Maîtrise de Sciences et Techniques de la Communication (en 1997), Carine Mériaux occupe désormais la fonction de responsable E-tourisme au sein du service communication d’Avignon Tourisme. Avignonnaise depuis 15 ans, c’est par conséquent son 15e festival sur 65, faites le calcul…

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