Festival d’Avignon « La guerre des places… de parking » par Marie-Caroline Neuvillers

dans Fest. Avignon 2011

Pendant le mois de Juillet, le Semioblog vous invite au festival d’Avignon. Marie-Caroline Neuvillers nous parle aujourd’hui de la difficulté de trouver des places, non pas pour assister à une pièce de théâtre, mais pour garer sa voiture…

A Avignon au mois de juillet il existe des lieux où il se passe un phénomène très particulier : L’homme retrouve brusquement sa nature animale et primitive, un peu comme dans la jungle. La seule différence c’est que les pagnes ont été remplacé par les tongs et le bermuda (ce qui en soit n’est pas FORCEMENT un progrès). L’endroit le plus représentatif de ce retour au premier âge, celui qui fait peur et fait (encore plus) transpirer c’est LE PARKING.

Avoir une voiture et devoir la garer pendant le Festival revient à faire le Vietnam (en pire sûrement).

La première fois tu ne sais pas, tu es naïf, tu respectes l’autorité, faire un contresens dans un parking tu sais que c’est mal et ça ne te viendrait jamais à l’idée. Mais bien vite tu es confronté à la cruauté des autres, tu vois des choses que tu préférerais oublier pour toujours. Tu t’es fait engueuler dans des langues que tu ne connais pas, et tu as vu de la démence dans les yeux des autres conducteurs. Ça dure une demi heure, tu ressors en sueur, les mains tremblantes, et surtout toujours dans ta voiture.

En général tu échoues 5 heures plus tard avec ta bagnole coincée entre un platane et une poubelle et surtout, tu sais qu’il y aura un papier bleu sur ton pare-brise demain qui ne sera pas un tract pour une représentation à 17h au théâtre du Chêne Noir.

Alors tu fais comme les autres : Tu t’endurcis. Tu adoptes la méthode dite de l’œil du Faucon, une caractéristique qui te permet de repérer quelque chose qui ressemble à un espace libre de la taille de ta Citroën à 3 kilomètres à la ronde. Tu te fais à l’idée que non, ta carrosserie n’échappera pas à une méchante éraflure sur l’aile gauche (avant ça tu ne savais pas où se trouvait l’aile gauche), et tu te mets miraculeusement à maîtriser ce foutu créneau qui t’as pourtant valu ton permis une première fois.

Tu es dopé à l’odeur du goudron qui est en train de fondre (rapport aux 45°C ambiant, à la louche) tu pleures, tu cries. Et surtout, surtout, tu reconnais en un éclair l’ennemi : LE TOURISTE.  Tu te mets à le mépriser, pire, tu le hais. Tu le traites de Parisien. Oui parce qu’il faut savoir qu’à Avignon au mois de juillet, peu importe que tu viennes de la Rochelle ou de Toulouse ou même du Nord-Pas-de-Calais : On ne fait pas de différence : Tu n’es pas d’Avignon mais tu es français ? Tu es parisien. Voilà, bien fait.

Il y a toujours un moment, une sorte de déclic dans ta tête qui fait que tu perds définitivement la raison (parce que toi après tout tu voulais juste rentrer dans ton appartement surchauffé gentiment sans rien demander à personne). En général ce moment est déclenché par quelqu’un d’autre. En général ce quelqu’un a la cinquantaine, c’est un homme. Appelons le Jean-Jacques tiens. Mais tu t’en fiches, à tes yeux ce n’est plus un homme, c’est juste un touriste, pire UN PARISIEN. Et il t’a fauché ta place de parking, il est arrivé de l’autre côté de l’allée  et il a réussi à négocier le virage plus vite que toi. Concrètement, et avec (beaucoup) de recul (et 25°C de moins) tu SAIS que Jean-Jacques n’y est pour rien. Mais tu t’en fiches, il va payer pour tous les autres.

Tu baisses la vitre de la voiture et tu hurles des choses avec la bouche dont tu ne te serviras plus pour embrasser ta mère.  Ce qui n’a aucun effet sur Jean-Jacques pris dans l’euphorie d’avoir enfin pu garer sa safrane.

Dans une ville surpeuplée la rumeur d’un parking avec quelques places vacantes donne lieu à des conversations proches du deal de crack : Messes basses, yeux exorbités. « J’ai un tuyau pour un parking à Raspail, mais ça reste entre nous hein ? » Sauf que ça ne reste jamais entre personne évidemment et qu’on en revient toujours à la même bataille. Alors il ne te reste plus que deux solutions : Tu t’acoquines avec Jean-Jacques et tu t ‘assois sur tes principes vis-à-vis des parisiens (enfin des touristes), ou alors tu te fais à l’idée qu’on ne peut pas vivre au milieu d’un théâtre géant sans se donner soi-même un peu en spectacle. Dans un parking, ou ailleurs.

Marie-Caroline Neuvillers.

Marie-Caroline Neuvillers est étudiante en deuxième année de Master Stratégie du Développement Culturel à l’Université d’Avignon et rédige un mémoire sur les réseaux sociaux sous la direction de Virginie Spies. Elle ne trouve jamais de place de parking pour se garer et se promet chaque jour d’apprendre à faire un créneau correctement. Vous pouvez également la suivre sur Twitter : clic, clic, clic.

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