« Jean-Marc Mahy, l’homme debout du festival d’Avignon », par Virginie Spies

dans Fest. Avignon 2011

Avignon, théâtre de la Manufacture, 20 h 45. Hormis un tabouret, il n’y a rien sur scène. Jean-Marc Mahy entre : «Bonsoir, je m’appelle Jean-Marc Mahy. Je ne suis pas acteur, mais je vous invite à revisiter mon passé.»

Par des gestes précis, il déroule du scotch blanc sur le sol, afin de délimiter la taille de la cellule, celle dans laquelle il va passer plusieurs années. Jean-Marc Mahy a passé près de 20 ans derrière les barreaux et il va, pendant une heure trente, revenir sur ce qui l’a mené jusque-là, du vacarme de son adolescence délinquante au silence assoourdissant de l’isolement total, au fond du cachot.

Un homme debout est un cri, mais un cri positif, celui d’un homme auquel la vie a beaucoup appris, et qui a besoin de lui rendre quelque chose.

A l’isolement, il a fêté ses 20 ans seul, imaginant que les 20 frites qu’on venait de lui apporter signifiait les 20 bougies qu’il ne soufflerait jamais.

Il a passe 6 diplômes en prison, y a lu Baudelaire, Zola, Albert Londres, a fait le tour des religions, s’est aménagé une vie intérieure, elle l’a sauvé. Ce ne fut pas de cas de certains de ses co-détenus, qui sont morts de ne pas savoir lire, de ne pouvoir trouver les ressources à la survie au cachot, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Il a aussi été sauvé par la radio et sa programmation, attendant chaque émission comme autant de cours qu’il n’avait pas eus : la science, l’histoire, le théâtre… Autant de moments que le prisonnier attendait comme une bouffée d’air et le tissage de liens avec l’extérieur, avec la vie. Et il y avait aussi Macha Béranger, qui rythmait ses nuits, et a laquelle il aurait voulu se confier. Il le fait désormais dans son spectacle.

Que l’on ne se méprenne pas : Jean-Marc Mahy ne cherche pas d’excuses à ses actes et la pièce témoigne du respect de ses victimes, jusque dans les applaudissements de fin, qu’il ne peut accepter. Nous sommes ici dans autre chose : certes, il s’agit de theâtre (la qualité du jeu et de la mise en scène en témoignent), mais il est question de réalité, ou du moins du récit d’une réalité qu’il a entrepris de changer. Il est désormais écouté par les politiques de son pays, la Belgique, et les choses bougent.

Jean-Marc Mahy parle avec le public à la suite de sa pièce, lorsque celui-ci a envie de prendre le temps de mieux comprendre sa démarche. Il  est disponible à ceux qui veulent l’entendre, et il poursuit sa mission à travers l’Europe, présentant sa pièce dans de nombreux lieux, au-delà des théâtres.

Au début de cette performance, Jean-Marc Mahy dit ne pas être un acteur, il est en vérité plus que cela : auteur, interprète et acteur réaliste d’une pièce que sa vie lui a imposée, Mahy montre que le theâtre est capable d’aller au-delà du discours, au-delà de la dénonciation, et d’infléchir le monde.

Virginie Spies.

Jusqu’au 28 juillet, à la Manufacture, 20 h 45 : (clic, clic, clic)

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