Mythologies : La Vespa dans la société italienne, par Giorgia Bianco

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Un symbole social espiègle : c’est encore cela aujourd’hui la Vespa, symbole par excellence de l’italianité dans le monde.

La Vespa fait son apparition en 1946 dans une Italie marquée par la guerre et devient immédiatement un symbole de la stratégie de reconstruction et de récupération d’après-guerre. C’était un moyen de transport différent des moyens traditionnels, un véhicule plus confortable qu’une motocyclette classique, équipée de deux petites roues et d’une forme “sinueuse” et plaisante, donc attrayante, même pour le public féminin, elle permettait de s’asseoir sur le châssis et non à califourchon comme sur les motos de cette époque et était moins chère qu’une voiture. Elle se voulait être un moyen à la portée de tout le monde et ce fût une réussite. Le deux roues Piaggio était, en effet, un véhicule pour le transport urbain, et était même utilisé pour les petits voyages. C’était la solution individuelle aux problèmes de  mobilité, jusqu’alors insoluble par les moyens collectifs. C’était la “miniature” de la possession d’un véhicule à moteur, qui par ailleurs s’alliait à l’utilitaire. En bref : elle représentait un « fordisme à l’italienne ». Pour cette raison la Vespa est devenue facilement un mythe : un mythe ouvrier, mais aussi un mythe familial, ainsi que pour les jeunes couples, un mythe de liberté, inscrit au sein d’une société industrieuse et optimiste. Le coût de ce véhicule et la consommation décidément faible ont fait d’elle l’image de la classe ouvrière italienne.

Cet objet mythique a réussi ensuite à s’étendre au cours des années suivantes, grâce au boom economique et du renouvellement générationnel, nous sommes alors dans les années soixante.

En effet, tout semblait avoir déjà été écrit dans les caractéristiques du produit. La propagation de la voiture, qui a eu lieu dans ces années grâce à la Cinquecento et à la Seicento, a consacré l’idée du scooter comme le salut de la circulation. Les premières alertes de la pollution, et les campagnes idéologiques qui en résultaient, portèrent à voir la Vespa comme un antidote. Mais d’où tire-t-elle son nom ? Nous pourrions nous le demander. La légende de l’enterprise raconte que lorsque Enrico Piaggio vit le modèle final il aurait déclaré : « Belle, elle ressemble à une guêpe ! » puisque elle était mince au milieu et large à l’arrière. Elle fut surnommée Vespa. Bien entendu, aucun nom n’a jamais été plus adapté à un objet, en effet la  guêpe est un insecte sympathique : indépendante, individualiste, amoureuse de la nature, même si  dangereuse et improductive (puisque elle ne produit pas le miel). Elle se déplace rapidement, sans relâche, un peu partout, comme le dit l’étymologie  du mot “scooter” (qui vient de “to scoot” = se défiler rapidement) et son nom ne peut que  faire penser à l’idée d’un petit moteur (et de son bourdonnement) qui vole partout et n’importe où. Son nom s’est vite popularisé. C’était un nom commun qui est devenu le nom propre d’un véhicule, mais a pu ensuite redevenir un nom commun (en fait on dit “une” Vespa, mais aussi “la” Vespa). Ainsi, grâce à la particularité de son nom, certain slogans publicitaires sont restés dans la mémoire italienne tels que « Vespizzatevi » et « Chi Vespa mangia le mele», campagnes publicitaires qui, d’autre part, ont toujours eu la capacité de devenir une « avant-garde de masse » parce qu’elles ont su s’adresser aux jeunes et aux femmes et parler de valeurs plus actuelles pour chaque époque : écologie, liberté, esthétique, épargne des consommations, relations.

Une liste rapide des sujets qui ont accompagné la communication de Vespa nous permet d’entrevoir toute l’évolution du costume italien (et peut-être occidental). En premier lieu, l’émancipation des classes inférieures au cours de la reconstruction. Parallèlement, la naissance des jeunes comme une entité unique et munie de sa propre dignité, de son propre désir et même de son propre destin. Et puis les femmes : transformées en individus autonomes plutot que co-pilote. Aussi le thème de l’environnement à trouvé dans la communication de Vespa une force et une noblesse considérables, à un moment où ce sujet n’était pas encore considéré, ni dans la politique, ni dans les mouvements progressistes.

La Vespa vit dans l’imaginaire de plusieurs générations d’italiens (et d’européens, d’américains, d’africains, d’asiatiques…) non seulement parce qu’il s’agit d’un objet mythique, mais aussi parce que la Vespa fait également partie de ces choses qui font partie de notre quotidien en permanence. Il existe peu de d’objets similaires, si ce n’est le Coca-Cola, la montre Swatch, l’I-pod, les chaussures de tennis et peut-être une voiture comme la Cinquecento. Ainsi, la Vespa a été la protogoniste involontaire des arts et des lettres. Nous la retrouvons actrice ou en simple apparition sur des scènes de dizaines de films, par exemple « Vacanze Romane», où Gregory Peck tente de reprendre le contrôle d’un 125 Vespa conduit par une débutante Audrey Hepburn, qui erre dans les rues de Rome (c’est probablement grâce à ce film inoubliable que la Vespa est associée à l’élégance et le bon goût), ou au célèbre « La Dolce Vita » de Federico Fellini, ou bien encore « Caro Diario » de Nanni Moretti, jusqu’à certains plus récents comme « le talentueux Mr Ripley”, avec Matt démon et Jude Law et « The Interpreter » avec Nicole Kidman en selle. La Vespa est donc aussi un symbole de statut social dans le monde du cinéma. Jude Law dans ”Alfie”, en fait une arme de séduction : si les femmes ne lui résistent pas c’est parce que il est monté sur une Vespa bleue et blanche qui représente un symbole social d’élégance…

Ce scooter, esthétiquement beau mais construit pour ceux qui ont peu de moyens, avec sa légère inclination qui la fait ressembler à un tour de Pise sur deux roues, est, dans l’idéal commun, libre et  anticonformiste. La Vespa a représenté et représente toujours les valeurs des jeunes, l’idée du groupe et des relations sociales, ainsi qu’une façon de s’habiller. La Vespa est un objet sans doute immortel qui rapproche les générations, les classes sociales, les sexes, les goûts et les tendances.

Giorgia Bianco (étudiante en échange Erasmus).

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