Mythologies : Le SMS, par Cécile Grabit

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Mails, TGV, sigles et acronymes jusque dans les noms propres… Plus personne aujourd’hui ne se demande ce que « PPDA » ou « DSK » signifient. La société devient paresseuse au profit de la rapidité. C’est donc autour de cette dictature de l’instantané, (ou probablement en partie la cause) que le SMS, lui-même sigle de Short Message Service, a pu évoluer et développer un potentiel effet addictif, bien souvent désavoué.

Alors que le monde entier ou presque est aujourd’hui équipé d’un téléphone portable, le SMS, à l’origine commercial, s’est aujourd’hui emparé de toute la société. Jeunes, moins jeunes, chacun reçoit ou écrit des SMS. Ce message court de cent soixante caractères devenu très populaire, a fait, dans son exponentielle progression, de nombreux dommages collatéraux.

Rapide et pratique, le SMS remplace désormais la lettre, le faire-part ou la carte postale. Révolu le temps du papier, tout est désormais conservé dans la mémoire du téléphone portable. Le « coup de fil » se fait également plus rare, le SMS est bien plus économique et surtout moins contraignant pour demander des nouvelles sans avoir à parler à toute la famille présente chez votre interlocuteur.

Le texto, terme étant à l’origine une marque déposée par l’opérateur SFR pour désigner ses SMS, devient paradoxalement un outil anti social. Les yeux rivés sur son téléphone portable, l’homme auparavant social et avenant préférerait à présent la communication via SMS que privilégier l’outil étonnamment humain qu’est la parole.

Le texto, échappatoire de l’ennui, renferme désormais adolescents et autre SMSaddicts sur eux-mêmes, en les dotant d’œillères sur la vie réelle, fort peu saillantes, parfois ! Une bulle, dont la source serait le clavier de téléphone portable, nous enveloppe à présent et déforme notre vision de la vie. Aujourd’hui, personne ne s’étonne de recevoir un SMS tel que « Où es-tu ? » ou « J’arrive dans deux minutes ». Et pourtant, il y a moins de vingt ans, les téléphones portables n’avaient pas encore fait leur apparition dans notre quotidien et personne ne s’inquiétait de savoir en temps réel où se trouvaient d’autres personnes quittées peu de temps avant. Aujourd’hui, un retard de quelques minutes à un rendez-vous, et le texto s’impose, comme pour se décharger de l’inquiétude d’un potentiel « lapin ».

Le SMS a également développé un système d’écriture codé, que le troisième, voire le deuxième âge peine encore à comprendre. Rien de plus étrange, en effet, que d’appuyer trois fois sur le numéro deux du clavier pour faire un « c » ou deux fois sur le cinq pour faire un « k ».

Ce système d’écriture a par ailleurs été à l’origine d’une immense vague, un tsunami de la mode, dont la famille tout entière de la langue française a été victime. Avec le SMS, l’orthographe a poussé son dernier soupir, laissant place à la phonétique, afin que tout ce que nous devions dire tienne en cent soixante caractères sous peine d’une tarification supplémentaire de deux SMS. Par soucis de rapidité, les « k » remplacent progressivement les « qu », et le verbe « être », entre autre, disparait ; « c’est » devient donc simplement « C ». Les abréviations, notamment par le retrait des voyelles, quittent également les bancs scolaires et universitaires pour se noyer dans ce tout nouvel univers des textos. La grammaire est elle aussi réduite à néant, les conjugaisons allégées au minimum… C’est ainsi que des phrases telles que « Ok jtapL 2m1 ss fote » ou « Js8 la ds 5mn » fleurissaient il y a déjà une quinzaine d’années sur nos écrans de téléphones mobiles.

Véritable exercice de déchiffrement, la lecture de ce langage SMS, originellement basé sur des préoccupations économiques et de rapidité, s’est imposée plus tard sur d’autres supports, notamment internet via les messageries instantanées ou les blogs, alors que plus aucune contrainte n’était valable. Doté d’un vrai clavier d’ordinateur, la rapidité n’était donc plus de mise ; les lettres « k » et « q » ayant la même accessibilité sur le clavier. D’autre part, il n’existait plus aucune contrainte quantitative sur les blogs ou forums, rendant obsolète l’utilisation de ce langage, qui continuait malgré cela sa progression au-delà des frontières du SMS.

La langue française commence cependant à renaitre progressivement. La toile est  en effet de moins en moins inondée de ce langage phonétique, et l’illimité des SMS dans la plupart des forfaits téléphoniques n’incite plus à la réduction extrême des phrases.

Le SMS renoue également avec ses premières amours commerciales par le biais des médias. Aucun jeu télévisé à présent n’est dispensé de sa « question téléspectateurs », à laquelle, devant leur téléviseur et téléphone en main, les téléspectateurs peuvent tenter de gagner un lot par un simple SMS, surtaxé, cela va s’en dire ! Avant de savoir si vous avez gagné, pause publicité, et là encore le SMS est présent. On vous propose en effet de savoir pour la modique somme de trois SMS surtaxés, quand vous allez vous marier ou encore de connaitre l’âge auquel vous aurez votre premier enfant en envoyant « BB » au 71600.

Naïf et futile, le SMS cache donc un autre visage derrière ses qualités édifiantes. Son évolution dans la société est un exemple de réussite que toutes les innovations peuvent envier. Le SMS a su séduire la très grande majorité des utilisateurs de téléphonie mobile, de tous âges et de toutes classes sociales. C’est ainsi que le SMS est devenu un Symbole Mythique de la Société.

Cécile Grabit.

Quelques mots sur la catégorie « Mythologies » : clic, clic, clic.

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