Mythologies : Les Crocs, par Coralie Gambus

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Le mythe des Crocs a failli ne jamais exister. Inventé par un couple de Québécois Marie-Claude de Billy et Andrew Reddyhoff, ingénieurs en Chimie. Le but premier étant de fabriquer des coussins pour baignoires, le mari invente un nouveau composite révolutionnaire. Ses amis, des marins, lui demandent de leur inventer des chaussures de la même matière, la Crocs venait de voir le jour. Mais c’est seulement en 2004, dans une foire du Colorado qu’un groupe d’hommes d’affaires décide d’acquérir la société pour lui donner un plan de marketing international.

Commercialisée en 2005, sa souplesse incroyable, et ses vertus antimicrobiennes, antidérapantes et anti-transpirantes seront l’essence même de la naissance des chaussures Crocs. Légères comme une plume (elles ne pèsent que 124 grammes), et d’un confort révolutionnaire, les Crocs n’ont pas tardé à se faire adopter aux Etats-Unis. Favorisant la circulation des jambes, soutenant la voûte plantaire grâce à un talon orthopédique, lavables en machine à 30°, ces sabots en plastique ont fait leur propre révolution. Dans un monde où la mode dirige chaque fait et geste qui aurait pu croire qu’un simple sabot en plastique pourrait s’imposer grâce à son confort et non son esthétique ? Le « pratique » étant depuis de nombreuses années mis de côté au profit d’autres adjectifs tels que la beauté, le classe, le glamour, le strass. En plein boum du « bling-bling » la société s’est tournée vers le simple et le pratique à travers une chaussure que tout le monde qualifie de « moche » même par l’entreprise qui la commercialise. Symbole d’un ras le bol général des escarpins qui font mal aux pieds, des ballerines qui nous font transpirer, et des chaussures qu’on a du mal à s’enfiler, les Crocs envahissent les rues et détendent nos pieds qui étaient stressés dans nos chaussures trop serrées.

On en trouve de toutes les couleurs du plus « flashi » rose, bleu, vert, rouge, orange, jaune au moins tape-à-l’œil : noir, blanc, sable ; ces chaussures se déclinent en dix-sept coloris et neufs modèles différents.  Elles ne se camouflent pas au contraire, repérables de loin grâce à leurs couleurs vives et leurs formes massives, les Crocs prennent le contre-pied de la discrétion. Les gens n’ont pas peur de se montrer avec originalité ; tant dans la forme que dans les couleurs. Les Crocs se montrent et ne se dissimulent pas. Un beau message pour cette société à la recherche du « comme tout le monde », de l’ordinaire. La différence et le fait de se montrer sont des signes d’extravagance, le normal étant jusqu’à présent l’ordinaire, le discret. Portées par un grand nombre de personnes, les Crocs sont devenues la « norme ». L’atypique devenant donc le normal et le normal devenant l’atypique, un renversement dans nos sociétés, un bouleversement dans une ère où le changement fait peur et toute transgression est vu comme de la rebellion.

N’ayant aucune fonction prédéfinie si ce n’est celle de chaussure, chacun a le libre choix de l’utiliser : comme basquette, ballerine, pantoufle à la fois utile pour bricoler, jardiner, balader ; sur la plage comme sur le béton c’est une chaussure de loisir qui, quant on l’enfile nous font déjà nous évader. Dans un monde où tout doit être polyvalent, la Crocs a bien sa place. Multi-générationnelle, multi-sexe, multi-usage et même utilisable en hiver grâce à la « moumoute » que l’on clips à l’intérieur, la chaussure est multi-saisons. Les Crocs sont pour tout le monde et pour chacun. Parents, enfants, grand parents, tous portent les mêmes chaussures, pour des sorties différentes, des occasions et des activités diverses mais tous pour la mêmes raison : son confort. Alors que les Crocs sont arrivées en sortant de l’ordinaire, comme une nouvelle vague, une révolution dans nos placards elles deviennent pourtant de plus en plus universelles. Toute la famille se chausse à présent chez Crocs de la pointure 21 au 48, de la tong aux bottines tout y passe. La marque est vendue dans plus de cent vingt cinq pays : on assiste à une véritable homogénéité de la société. La chaussure Crocs a dépassé les frontières afin de s’installer dans les foyers du monde entier.

L’engouement est d’autant plus grand depuis la création des Jibbitz, petits pin’s à clipper dans les trous de la Crocs. C’est une mère de trois enfants qui a eu l’idée de décorer les douze paires de Crocs de la famille en modelant des figurines d’argile montées sur des boutons de manchette, son mari a rapidement mesuré le potentiel de cette idée et décidé de créer une marque d’accessoires uniques a adapté aux chaussures Crocs. Le couple engage ainsi un prêt personnel et lance une petite chaîne de montage dans le sous-sol de leur maison. En décembre 2006, le couple a vendu son entreprise à Crocs.

Ces clips vont permettre aux nombreux porteurs de Crocs de se différencier, en effet, au début le fait même de porter des Crocs était un moyen de se différencier mais aujourd’hui puisque tout le monde en possède ou presque, on a trouvé un autre système. Mais ces clips sont aussi le reflet d’une personnalité car les gens ne choisissent pas leurs Jibbitz au hasard, ils prennent leurs préférés on peut ainsi y distinguer leurs couleurs favorites, leurs passe temps, leurs dessins animés favoris pour les enfants, ou encore leurs animaux. De l’équipe de foot préférée aux héros de dessins-animés les Jibbitz sont le reflet de l’individu qui les porte mais aussi de la société tout entière, une société des loisirs, qui veut pouvoir montrer à tout moment et à tout le monde, son identité. Des autocollants sur les voitures, en passant par le numérique les choses n’ont pas beaucoup changé, s’abonnant sur Facebook à nos hobbies en un clic « j’aime ». Les Jibbitz sur les chaussures sont une vitrine de nous-mêmes, afin de plaire et d’être vus et acceptés comme tels. De Blanche-Neige à la célèbre voiture rouge de Cars en passant par Buzz l’éclair ou la Fée Clochette, les Jibbitz séduisent particulièrement les enfants qui se mettent à les collectionner. Ainsi, à travers les Crocs, les enfants s’intéressent à leur esthétique et à l’identité qu’ils veulent véhiculer.

Les Crocs, à la base achetées pour leur confort, sont devenues un vrai phénomène de mode. Qualifié dès le début de « moche » elle a vu son marché monter en flèche, le pratique devenant une priorité, au détriment du « beau ». On le constate, la société a vite trouvé des astuces afin de les rendre plus belles, plus esthétiques. Les collectionneurs de Crocs sont également devenus des collectionneurs de Jibbitz devenant un évènement dans la cour de récré, mais aussi dans celle des grands. Signe distinctif ou seulement élément de décoration pour embellir ce bout de plastique ? Il est probable que nous n’ayons pas fini d’entendre parler des Crocs…

Coralie Gambus.

Quelques mots sur la catégorie « Mythologies » : clic, clic, clic.

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