Quelques mots sur ma vision de l’enseignement à l’université

dans Medias

J’ai beaucoup de chance, car j’aime mon métier. Il a ses difficultés, comme chaque métier, mais je sais que je suis privilégiée car, entre la recherche et l’administratif, je suis une enseignante, et j’enseigne dans un domaine qui me passionne : la communication, et plus précisément la sémiologie des médias, l’histoire des médias, l’analyse de la télévision, des réseaux sociaux, etc.

Aujourd’hui, les doctorants qui obtiennent un contrat doctoral enseignent dans nos départements à l’université, et bénéficient d’heures de formation à l’enseignement. Cela n’a jamais été mon cas et, comme la plupart de mes collègues, personne ne m’a appris à apprendre. Heureusement, j’ai enseigné très vite, bien avant d’avoir soutenu ma thèse, en étant chargée de cours puis Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche, ainsi, j’ai appris à apprendre en apprenant aux autres…

Lorsque j’y pense, je me demande ce que cela pouvait donner… Mes premiers cours à l’université, je les ai donnés à Metz, à des étudiants en Génie Mécanique et Productique qui, par un hasard des maquettes, devaient faire de la communication. Ils étaient tous plus âgés que moi, alors j’empruntais les vêtements de ma mère pour paraître plus vieille, j’avais peur de manquer de crédibilité. Cela devait être le cas.

Au fur et à mesure, j’ai pu enseigner dans mon domaine (je ne vous parlerai donc pas ici de mes années d’enseignement du management en BTS force de vente dans un CFA à Paris, il fallait bien vivre), et j’ai pu inventer ma façon d’enseigner. Ce n’est pas venu d’un seul coup, il fallait construire les cours (il faut toujours le faire), continuer fortement la recherche, qui constitue la véritable base des enseignements à l’université, découvrir comment avoir de l’interactivité, ne pas se laisser dépasser, etc.

Cela s’est fait, doucement, et aujourd’hui je ne pense pas avoir une méthode qu’il me serait possible de donner à d’autres. Je suis en mesure de donner des conseils à mes jeunes collègues (le principal étant de bosser, bosser, et encore bosser), mais en premier lieu, ma vision de l’enseignement à l’université est celle de moments de transmission du savoir, et de communication avec les étudiants.

J’arrive en cours avec un objectif, il peut s’agir d’une partie, d’un chapitre ou de l’analyse d’un objet particulier. Mon seul but est d’y parvenir, et que cela se passe bien. Pour cela, j’ai beaucoup de règles (je les impose dès le premier cours), et quelques petits dispositifs qui installent une connivence entre les étudiants et moi : on n’arrive jamais en retard (celui qui essaye ne le fait qu’une fois car je ne l’accepte pas), on ne bavarde pas, on peut poser des questions et discuter ensemble, même en amphi, du moment que la discussion se passe entre les étudiants et moi et que cela ne bavarde pas (et ce n’est pas toujours simple, lorsqu’il est question de télé-réalité ou de presse people), et pour les rituels, nous avons notamment celui du « Bonjour » : Avant le début du cours, j’attends que les étudiants se taisent, puis je leur dis  « Bonjour », ce à quoi ils me répondent tous  ensemble « Bonjour », et nous pouvons débuter le cours. Ce rituel n’est pas anecdotique, car il sonne le début du cours et a pour objectif de nous mettre dans l’ambiance et de bonne humeur, si ce n’était pas le cas.

Ensuite, comme dans chaque cours, les choses se déroulent. J’essaye de donner des exemples de l’actualité, même si je suis dans un cours d’histoire des médias, afin de « faire parler » mes cours et de les rendre plus vivants. Il y a des jours où j’ai l’impression que tout se passe bien, d’autres moins, c’est normal. J’aime faire de l’humour, mes blagues passent parfois à côté, ce n’est pas grave, je n’attends pas d’eux qu’ils rient, mais qu’ils prennent du plaisir à venir en cours.

J’aime à leur dire que sans un certain plaisir il n’est pas vraiment possible d’aller loin dans le fait d’apprendre. Il faut absolument trouver un moyen d’apprécier Ferdinand de Saussure et d’aimer découvrir Christian Metz, et mon boulot est celui là, précisément, leur donner le goût d’apprendre. Parfois, les étudiants qui arrivent à l’université ont déjà perdu ce goût, où pire, ils ne l’ont même pas connu. Il faut cependant aussi leur montrer que pour réussir à l’université, il faut beaucoup de travail, et ça n’a pas l’air comme ça, notamment pour des matières qui semblent si divertissantes, comme les médias populaires, sur lesquels je travaille.

De la première à la cinquième année, les cours sont très différents, et passent du cours magistral au séminaire de recherche, durant lequel nous échangeons, mais les questions, les discussions, qu’elles viennent des étudiants les plus jeunes ou les plus avancés sont toujours intéressantes, et permettent au chercheur que je suis d’avancer.

Pourquoi cet article, et aujourd’hui ? Certainement parce que j’avais envie de dire cela depuis un moment, parce que je pense souvent à mes méthodes, que je ne cesse de les remettre en question et que je me demande ce que peut-être un bon enseignant. Je ne sais pas du tout si je le suis, mais au moins, je l’exerce avec un grand intérêt, et j’aime cela. Mes étudiants me le rendent bien, même si souvent, au début, ils ne travaillent pas suffisamment. Enfin, parce qu’aujourd’hui même, j’ai encore procédé à l’un de mes petits rituels : avant de commencer mon cours, j’ai pris les étudiants de Licence 1 Communication en photo avec mon téléphone, en leur promettant de la mettre sur Facebook, c’est devenu une habitude entre nous, et cela amuse encore plus les anciens étudiants que ceux qui sont sur la photo. Cette année, ils se sont pris au jeu, et comme vous pouvez le voir ci-dessus, ils ont bougé leurs bras pour mettre de la vie sur l’image. Pourtant, il ne s’agit pas d’une photo de vacances, et nous avons ensuite retracé l’histoire de la radio pendant 1 h 20. Comme promis, j’ai publié la photo sur Facebook. Comme chaque année, il y a eu des « like », des identifications, des commentaires, mais aussi le commentaire d’un collègue que je ne connais pas, qui enseigne dans une autre université que la mienne et qui estime que l’université ne doit pas être le lieu du « divertissement et du fun ». Je  ne pense pas qu’il s’agisse de cela, mais bien de dire que l’université est un lieu de recherche, de savoir, et du bonheur d’enseigner, sans quoi il n’y aurait plus de profs, ni d’étudiants.

Que l’on ne se méprenne pas, je n’attaque en aucun cas mon collègue, qui au contraire m’a donné l’occasion de dire quelque chose que je porte depuis longtemps, et qui me permet de dire ici simplement qu’il me semble (mais ce n’est que mon avis), qu’il n’y a pas d’enseignement ni d’apprentissage sans un certain bonheur, celui de partager, chacun à sa façon.

Virginie Spies.

P.S. : Retournez au boulot les L1, le partiel c’est la semaine prochaine.

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7 commentsOn Quelques mots sur ma vision de l’enseignement à l’université

  • Cécile Guthleben

    Un très joli texte, qui fait plaisir.
    Sur cinq années à la fac, je n’ai eu que peu de professeurs qui m’ont marquée, qui m’ont transmis leur passion ou qui semblaient encore croire en ce qu’ils faisaient.
    Mais ces hommes et ces femmes m’ont marquée, probablement pour toujours.
    D’ailleurs, tu en connais une…

  • Dans un monde où l’on croit de bon ton de râler sur tout et de penser que tout est pourri et artificiel, quelle bouffée d’oxygène de lire quelqu’un passionné par son métier, qui le dit – si joliment d’ailleurs – qui allie enseignement, partage et bonheur (entre autres). Cela renforce l’idée (de l’idéaliste que je suis)que l’on est plus efficace et heureux quand on exerce ce pourquoi on est fait. Merci de ce témoignage ! Si tous les profs – mais c’est valable pour d’autres métiers – suivaient non pas un parcours, mais une vocation…

  • Céline Casenaz

    Merci pour la photo madame ! (et pour le PS aussi ^^’)

  • Ramis Annabelle

    Merci d’avoir posté cette photo de nous, ça nous fait très plaisir ! Et pour le PS, je pense que nous serons prêts pour la semaine prochaine !

  • Merci Virginie pour cet étonnant billet que je lis avec un peu de retard sur mes lectures de flux RSS (sale invention ce flux… on lit trois fois plus sous prétexte de suivre simplement plus de flux en même temps).

    Mon parcours par l’animation volontaire, la formation d’animateur et de formateur me fait dire que je sais quand je suis un bon enseignant et quand je ne le suis pas, mais je te suis sur tout le reste… Travaillant dans une fac qui a beaucoup sacrifié son enseignement au nom de son engagement, je peux témoigner de la peine que procure l’impossibilité de se trouver devant des étudiants à transmettre…

    En tout cas, ça fait immensément plaisir d’entendre un enseignant du supérieur parler de son plaisir (sans feintise) et se poser ouvertement des questions de pédagogie…

    Bonne continuation!

  • Sur la photo j’en vois un qui arrive en retard…. Tu l’as viré?

    Joli texte.. Finalement nos métiers ne sont pas si différents!

  • Cet article est très touchant ; c’est tellement important pour nous d’avoir un(e) enseignant(e) qui aime ce qu’il ou elle fait, les étudiants le ressentent et je pense que cela joue énormément à la fois sur le plaisir d’aller en cours, mais aussi sur notre manière de nous investir et prendre plaisir à la bosser.

    Le rituel du bonjour me manque j’ai hâte de le retrouver l’an prochain !

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