Intouchables, le film qui valait 20 millions, par Cécile Guthleben

dans Medias


J’ai (enfin) vu Intouchables. Oui, le film est sorti le 2 novembre. Oui, entre temps il a explosé le box-office en France et fait pareil en Allemagne depuis quelques jours. Mais non, je n’avais pas spécialement envie de voir ce film. Puis, tous mes amis m’en ont dit beaucoup de bien. Puis les records ont été battus les uns après les autres. J’ai donc commencé à me dire qu’il allait bien falloir que je le vois, comme Bienvenue chez les Ch’tis. Ne serait-ce que pour (tenter de) comprendre l’ampleur du phénomène.

Passons les généralités dites et redites maintes fois dans toute la presse sur l’excellent jeu d’Omar Sy, sur la complicité qui se dégage du duo qu’il forme avec François Cluzet ou sur le parcours atypique et impressionnant de Philippe Pozzo di Borgo, l’homme qui a inspiré le film. Car ici, ce n’est pas du film que je veux vous parler mais de son succès et de ce qu’il représente.

Que provoque Intouchables ? Du rire, oui. Et un rire parfois aussi mêlé à de la gêne ou à un petit regard en coin lorsqu’il s’agit de blague sur les handicapés, ou lorsque Driss rase Philippe comme Hitler et lui demande si ça « ne lui donne pas envie d’envahir des pays« . Rire de sujets graves n’est ni habituel, ni facile. Et assumer ce rire l’est encore moins. En cela, le film aide à dédramatiser le sujet. Cependant, les scénaristes ne sont jamais tombés dans la facilité du rire méchant, ou du rire sur un bouc émissaire. On rit du handicap, avec un handicapé qui rit de lui-même, on ne s’en moque pas. La nuance est fine, mais importance. Mais Intouchables n’est pas qu’une comédie. L’émotion est présente, souvent. Nous, spectateurs, sommes touchés par l’histoire de Philippe, notamment par la scène dans laquelle il raconte son passé avec sa femme, puis sa maladie, sa mort et son accident à lui.

Du rire et des larmes, donc. Mais ce n’est pas tout. Intouchables véhicule des valeurs humaines positives : l’entraide, la solidarité, l’amitié, la tolérance. Il montre qu’un bourgeois peut s’entendre avec un petit gars des cités. Il montre qu’un petit gars des cités qui a fait de la prison, vole un objet, conduit sans permis peut tout de même être digne de confiance, honnête et droit. En ce sens, le film va à l’encontre des représentations stéréotypées de la société d’aujourd’hui et de l’image des banlieues données dans les médias et par une certaine frange de la classe politique française. A ce sujet, un exemple plus qu’éloquent : un groupe d’adolescents placés dans un foyer de la Protection Judiciaire de la Jeune suite à une condamnation ont vu le film, à priori bien loin de ce qu’ils ont l’habitude de voir et d’aimer au cinéma. A la sortie, leur première réaction a été de saluer la performance d’Omar et l’image qui est donné de ce jeune issu d’une cité. Que les politiques s’emparent du succès du film signifie bien qu’ils ont saisi l’impact sociologique qu’il représente.

Enfin, Intouchables a souvent été comparé à La Grande Vadrouille en termes de chiffres. Mais la comparaison entre les deux films ne s’arrête pas là. Tous deux mettent en scène des duos comiques, certes, mais ils sont surtout tous deux sortis en salles dans des contextes difficiles. La Grande Vadrouille, est sorti en 1966, au lendemain de la guerre d’Algérie. Il se déroule en pleine Occupation de la France, en 1942. Rire de la Deuxième Guerre Mondiale, encore présente dans l’esprit de tous, était une première. Quant à Intouchables, il est arrivé dans une période morose où les mots « crise », « rigueur » et « dépression » sont sur toutes les lèvres et à la Une de tous les journaux. Une dose de légèreté, d’humour et des valeurs évoqués précédemment apparaissent donc comme le remède idéal contre la morosité ambiante.

S’évader, non pas dans un monde de science-fiction, mais seulement dans une meilleure version de notre monde, voilà ce qui semble avoir conduit près de 20 millions de Français dans les salles obscures.

Cécile Guthleben.

Quelques mots sur l’auteur :

Cinéphile à la plume vengeuse Cécile Guthleben n’hésite jamais à faire part de ses coups de coeur et de ses coups de gueule. Vous pouvez aussi la suivre sur Twitter ici : Clic, clic, clic.

A lire aussi

Migrants, la tragédie de notre siècle

Le sujet est dramatique et urgent, ils sont trop nombreux sur ce « putain » de bateau. Au plus près de

En lire + ...

Les tambours de la vie

Au premier temps de la pièce, Adrien Lepage ne vit que pour une chose : la batterie. Il sourit. À

En lire + ...

« Avant que j’oublie », les liens qui nous lient

  C’est une jeune femme qui chaque dimanche va voir sa maman, C’est une maman qui est atteinte de

En lire + ...

Laissez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Mobile Sliding Menu