Le Huffington Post, une révolution dans la presse web française ? Par Mathias Alcaraz

dans Internet, Medias, Vie politique et medias

 

Le Huffington Post a enfin ouvert ses portes, après plusieurs mois de rumeurs, de fuites d’informations et de visuels du site. Ce lundi, on a pu découvrir la homepage de ce qui sera très bientôt un des poids lourds de l’information française en ligne, un concurrent sévère des pure players bien installés. Mais le HuffPost, comme le site s’auto-surnomme, est-il une révolution, ou bien un média de plus parmi tant d’autres, sans originalité et sans saveur ? Eléments d’analyse.

Avant d’être un .fr, le Huffington Post est surtout un .com, et un .uk. Crée aux Etats-Unis puis adapté au Royaume-Uni, le HuffPo est là-bas une véritable institution web, un journal à part entière au format bien particulier. Le site est constitué d’articles écrits par des journalistes rémunérés, mais aussi d’articles rédigés gratuitement par des blogueurs et des intervenants souvent issus du monde politique. Pour la version française, on retrouve le même fonctionnement, avec quelques plumes connues comme Nicolas Bedos, Julien Dray ou Rachida Dati. L’architecture du Huffington Post français est sensiblement la même que ses homologues américains et britanniques.

Cette similitude a été transposée jusque dans le choix de la directrice éditoriale. La créatrice de HuffPost, Ariana Huffington, possède en effet de nombreux points communs avec Anne Sinclair : les deux femmes sont riches, indépendantes, féministes et ancrées dans le monde politique. Le story-telling autour de la forte amitié entre les deux femmes a voulu montrer la similitude entre leurs parcours, et il devrait en théorie s’appliquer aux sites, très liés. Pourtant, tout comme l’architecture des deux sites varie légèrement, les personnalités font de même. Arianna est divorcée, et s’est présentée à des élections, tandis qu’Anne Sinclair est toujours restée politiquement discrète, dans l’ombre de Dominique Strauss-Khan, auquel elle est toujours mariée.

Cette moindre indépendance dans la vie privée de la directrice éditoriale du HuffPost français est à l’image  de celle du site : Le Huffington Post français reste lié au Monde.fr.  Site de référence en France puisqu’associé à l’image de prestige du Monde papier, il est utilisé comme gage de sécurité de l’information, d’impartialité. Pourtant, les pages technologies du Huffington Post français sont sponsorisées par Orange. Peut-on vraiment parler avec sincérité de la vie des médias sur une page sponsorisée par un fournisseur de médias ? Là est la question.

Au-delà de la très probable qualité du site, son positionnement est très intéressant. L’image que renvoie le Huffington Post français est trouble, surtout par son lien très fort au Monde.fr. A trop s’appuyer, jusque dans la mise en page de sa home, le HuffPost ne risque-t-il pas de devenir un média comme les autres, sans l’esprit des tribunes de feu le Post ? Ou bien est-ce l’inverse qui se passe ? Le Monde ne moderniserait-il pas image en s’associant à ce site qui reste bien moins policé que les autres sites de news ?

La terminologie « HuffPost » qu’utilise le site pour parler de lui-même montre elle aussi plusieurs choses : l’équipe aux mannettes du vaisseau HuffPost ont compris l’importance du surnom, de la compression d’un nom trop long pour mieux s’adapter aux réseaux sociaux comme Twitter. Mais à trop jouer sur cette connivence, le site risque de rencontrer la même réaction chez ses lecteurs qu’un père de famille qui chantonne du Rihanna devant ses enfants. D’autant plus que sur Twitter, on utilise davantage #HuffPo que #HuffPost.

En définitive, Le Huffington Post n’est pas une révolution dans le paysage de la presse web française. S’il contient des éléments qui en font un bon média, il n’a pas grand-chose de différent, si ce n’est son ton et son ouverture sur des domaines comme les technologies et le people. Ici, on ose mélanger les genres. La France a toujours été un pays où la presse n’ose pas se lancer dans les extrêmes. La presse people y est beaucoup moins trash qu’aux Etats-Unis, les tabloids n’y sont que très peu présents (si l’on excepte l’Express, à en croire DSK). Face au Huffington Post, le web français n’a pas de DailyMail.com : il occupe seul le terrain. S’il suit la voie des autres HuffPo, le petit frenchie pourrait bien être le premier pas d’une ouverture de la presse française à une tabloidisation progressive, à l’instauration de news magazines qui osent faire autre chose que des unes sur la franc-maçonnerie.

Mathias Alcaraz.

Quelques mots sur l’auteur :

Lorsqu’il n’est pas étudiant en Sciences de l’information et de la communication, Mathias Alcaraz est pigiste pour Voici.fr et chroniqueur sur madmoiZelle.com. Digital native gavé à la culture geek, il est aussi un grand fan de Confessions Intimes et autres émissions où les gens parlent de leur problèmes en faisant la vaisselle.Vous pouvez consulter son maigre CV ici, ou le suivre sur Twitter par là.

 

 

 

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