« Si j’étais Président » l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy

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Ce dimanche soir, Nicolas Sarkozy s’est offert la télévision française pour entrer en campagne sans l’annoncer explicitement. L’actuel Président de la République a sorti le grand jeu, montrant qu’il n’a rien perdu de sa pugnacité, lorsqu’il est question de faire campagne. Petite analyse de discours.

La peur

Pour commencer, Nicolas Sarkozy a utilisé le champ lexical de la peur, par rapport à la crise. Voici quelques termes qu’il a employés dès le début de l’émission :

. « Catastrophe »,

. « Tourmente »,

. « Crise économique »,

. « Crise financière »,

. « Violence »,

Puis un peu plus tard :

. « Violence inouïe »,

. « Hallucinant »,

. « Tsunami », etc.

Après avoir semé la terreur, il a expliqué qu’il avait fait le job : les résultats, a-t-il dit, sont « meilleurs que prévu, la situation se stabilise », expliquant même que c’est grâce à la France, à l’Europe, et au G20. Nicolas Sarkozy n’a pas sauvé la France, il a sauvé le monde.

La pédagogie

Ces présupposés étant établis, il pouvait alors revêtir les habits du pédagogue, à partir de l’idée sous-jacente suivante : les autres (la gauche et les médias) vous mentent, ce qui n’est pas son cas.

Pour cela, le Président a utilisé des termes du type :

. « Concrètement cela veut dire »,

. « Vous expliquer cela »,

. « Comprenez moi bien »,

. « Je veux que les français comprennent bien »,

. « Il faut être précis »,

. « Prenons un exemple ».

Par ce geste, il se positionne comme étant le seul a avoir compris la situation, et à pouvoir l’expliquer, donc la résoudre.

La gauche

D’ailleurs, il a beaucoup taclé la gauche, sans jamais la nommer, ni ne citer aucun nom. Et pourtant, au sujet de la retraite à 60 ans, il a parlé de :

. « Folie »,

. « Mensonge ».

Plus largement, il a dit que les « autres » vendaient des « rêves à bon marché », et qu’ils « disent n’importe quoi ». Lui serait le seul à connaître la réalité.

De toutes façons, ces « autres » sont arrogants (ce que lui n’est plus, a-t-il précisé), et parfois, cela reste « au niveau du caniveau ».

Il est donc le seul crédible, car lui, il connaît mieux que quiconque les français.

Les français

Et il le prouve. Il explique « ce que les français attendent… », il sait que « les français sont un peuple libre, frondeur, souverain ».

Rien de neuf ici non plus, puisqu’il pense beaucoup aux « français qui travaillent dur », et à « ceux qui n’ont pas le temps de manifester »…

Comme il l’a toujours fait, il se place du côté des « français », il dit connaître leur vie et leur réalité, tout en se présentant comme étant au-dessus d’eux, c’est exactement le même champ lexical que celui qui est employé par TF1, dans le 13 h de Jean-Pierre Pernaut par exemple.

L’urgence

Les propos tenus ce soir par Nicolas Sarkozy pourraient être ceux d’un homme qui n’est pas président, tant il a des projets urgents à mettre en œuvre. La preuve ? Il explique ce que fera demain matin François Fillon, il parle des mesures qu’il va prendre en février, puis en mars.

Pour montrer qu’il est, et qu’il reste dans l’action, il donne des dates précises et explique qu’il y consacre « toute son énergie ».

Et puis, il se présente comme le seul chef, mais pas comme un chef seul.

Un chef entouré

Employant très souvent le « je », Nicolas Sarkozy ne se présente pas pour autant comme un homme seul.

Commençant souvent par :

. « Je veux »,

. « Je dis »,

. « J’ai supprimé »,

. « J’assume »,

Il continue ensuite par :

. « Nous avons, avec le Premier Ministre et le gouvernement »,

. « Nous avons décidé »,

. « Nous sommes », etc.

La rhétorique reste la même que celle que nous connaissons depuis longtemps chez Nicolas Sarkozy qui par ailleurs n’a pas hésité à reprendre sa rhétorique habituelle qui consiste à poser des questions avec lesquelles nous ne pouvons qu’être d’accord :

. Est-il anormal que je dise la vérité aux Français ?

. Est-ce qu’il est normal que les Français ne trouvent pas de logement ?

Ce soir, le SarkoShow, comme on l’a appelé sur Twitter a montré un candidat en campagne, qui, pressé par ses concurrents, a été obligé de se positionner tout en continuant de dire qu’il n’est pas encore candidat.

Pédagogue, sauveur, chef entouré, pressé de mettre en œuvre ses projets, le candidat Sarkozy est de retour, donnant presque l’image d’un homme qui n’a jamais été Président, et qui rêve de le devenir.

Virginie Spies.

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