Le meeting politique, vu de l’intérieur, par François Smyczynski

dans Elections présidentielles, Vie politique et medias

Chers lecteurs du Semioblog, c’est bon, ma voisine est incarcérée alors point de meurtre (http://semiologie-television.com/?p=4110) aujourd’hui. C’est donc avec un sujet plus léger mais néanmoins fort passionnant que je me présente devant vous cette fois-ci : le meeting politique.

Il y a des fois comme ça où, on ne sait pas pourquoi, la curiosité nous pousse à faire des choses que l’on n’a pas forcément envie de faire. L’autre jour par exemple, une amie me propose de me joindre à sa promo pour aller au meeting de François Hollande à Marseille. Ce n’est pas spécialement un candidat que je supporte, mais après réflexion je me dis que je vais quand même y aller, juste histoire de tester le meeting politique pour vous, chers lecteurs.

Avant le meeting : le conditionnement de la foule 

On arrive sur place deux heures avant le début du show. Et il semblerait que l’on ait bien fait vu la foule qui attend déjà devant les grilles du Dôme de Marseille. Heureusement, nous nous faisons passer pour un car de MJS (les jeunes socialistes). Du coup, pas de queue, pas de fouille : lorsqu’on fait partie du système, on est des V.I.P.

Avant même d’entrer dans la salle, pas de doute possible : on est au bon endroit vu le nombre d’affiches à l’effigie du candidat. Ça me rappelle le Festival d’Avignon. A côté du stand sandwich-merguez, celui des produits dérivés : 10€ le T-Shirt, 2€ le badge. Mais pas le temps de faire du shopping, les organisateurs nous poussent directement dans l’antre du spectacle. Vu que nous sommes jeunes, on nous explique que nous devons aller dans la fosse, juste devant la scène. En même temps c’est pas comme si on avait des heures à attendre…

La salle est trop très décorée, au cas où l’on aurait oublié qui on venait voir. Histoire d’en rajouter un peu, on nous distribue des T-Shirt gratos (oui oui, ils étaient à 10€ à l’entrée). Comme on est censé être des MJS, pas le choix, on les met en souriant. Puis nous sommes séparés. Dans un soucis de répartir la jeunesse dans la salle, notre groupe de vrais-faux MJS se retrouve scindé en trois : certains restent dans la fosse (notamment pour monter sur scène à la fin du meeting, à la grande joie de ceux qui ne sont pas « de gauche »), d’autres sont chargés de jouer les chauffeurs de salle dans le haut des gradins, et les derniers doivent se placer dans le public pour montrer qu’il n’y a pas que des vieux séniors qui se déplacent pour le candidat. Evidemment, c’est à ce groupe là que je me greffe.

L’heure tourne, les 8500 spectateurs se massent dans la salle. Sur les gradins, des kits du parfait supporter sont mis sur les sièges : pancarte, ballons de baudruche et drapeaux. Si ça fait pas beau à l’image avec tout ça, je mange mon tee-shirt. Les chauffeurs de salle commencent d’ailleurs leur travail une demi-heure avant le début du show. Entre les cornes de brume et la musique d’ambiance (priorité aux jeunes artistes français, restons patriotiques), le cocktail est idéal pour rendre le public bien excité, comme si c’était naturel.

Pendant le meeting : « Notre Père, qui êtes aux cieux »

18h00 : le meeting commence. La salle est comble, la foule est chauffée à bloc, prête à accueillir celui que tout le monde attend. Sauf que ce n’est pas encore l’heure. En effet, il est maintenant temps de mystifier le candidat. Pour cela, on fait appel à des guest – membres du parti, proches, célébrités – qui nous sortent de sublimes discours remplis d’espoir. Pour accompagner le tout, des séquences vidéos (dans le même ton très kitch) sont diffusées. Evidemment le public, déjà chauffé pendant la période de « conditionnement », est très réceptif et exulte encore un peu plus durant une bonne heure supplémentaire. Jusqu’au moment fatidique.

C’est l’heure : le candidat arrive dans la salle. Après une standing-ovation à vous filer de l’acouphène pendant une semaine, devant nous se tient le héros que tout le monde attendait. Du moins, c’est l’impression que l’ambiance générale donne. Ça tombe bien, les journalistes sont bien présents. Je ne reviendrai pas sur le fond du discours de François Hollande. Mais je tiens à vous dire que ce n’est pas là qu’il faut s’attendre à du programme politique. Au contraire, il y a plutôt des banalités, du discours lisse et aseptisé. Cependant il ne faut pas oublier l’allégresse qui règne dans la salle. Alors il suffit que le candidat dise cela avec force (comprenez « en criant »), et il passe pour l’élu capable d’accomplir notre rédemption.

En résumé, le meeting c’est…

Vous l’aurez compris, dans le cadre des élections présidentielles, le meeting est donc l’arme absolue pour l’image d’un candidat. On l’a d’ailleurs vu après le meeting de Nicolas Sarkozy à Villepinte, qui s’est concrétisé par une remontée dans les sondages. Mais le meeting, c’est surtout une mise en scène très soignée pour que l’impact médiatique soit le plus fort possible. Ce n’est pas tant ce qui sera dit qui sera retenu, mais bel et bien le côté spectaculaire donné au discours. Pour reprendre l’exemple de Villepinte, ce sont surtout les dizaines de milliers de spectateurs et leurs drapeaux que les médias ont retenu. Pour celui de François Hollande à Marseille, c’est surtout l’allégresse qui a marqué. Mais comme vous l’avez vu, tout n’est que mise en scène : c’est ça, le meeting politique.

François Smyczynski.

Quelques mots sur l’auteur :

François SMYCZYNSKI est étudiant en Licence Information et Communication, mais également Chroniqueur politique sur Radio Campus Avignon. Intrigué par le monde qui l’entoure, il aborde des sujets divers et variés de son point de vue pragmatique et corrosif. Vous pouvez le suivre sur Twitter (clic, clic, clic)

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2 commentsOn Le meeting politique, vu de l’intérieur, par François Smyczynski

  • Jean-Baptiste

    Je suis, je dois dire, un peu déçu par la teneur de ce papier.

    Je comprend tout à fait ton point de vue, et c’est vrai que pour quelqu’un de converti comme moi, il est plus facile de trouver bon, ce système.

    Mais là où je ne suis pas d’accord avec toi, déjà, c’est que ton analyse bien que pertinente sur la forme, n’interroge pas sur le fond. En tant que journaliste politique et en tant qu’étudiant en communication, je pensais que cela aurait été différent. Soit, c’est le jeu politique.

    Je comprend ton amertume, c’est vrai qu’attendre 2 heures que le meeting commence c’est moyen, surtout quand on a rien à faire à part attendre. Rien ne t’empêchait pourtant de venir voir les organisateurs et leurs poser des questions. Tu aurais trouver quelqu’un pour t’écouter et te répondre.

    Pour ce qui est des tee-shirts, deux choses sont à dissocier. Les tee-shirts en vente sont des tee-shirts différents de ceux que l’on donne. Ils permettent aux jeunes socialistes de participer à la campagne de François Hollande, et de financer les notres.

    Enfin, les personnes qui sont montés sur scène l’ont fait volontairement. Ils m’ont demandé à monté, et même si ils ne sont pas « de gauche » comme tu dis, c’était volontaire.

    Je reste à ton entière disposition pour toutes questions que tu te poserais.

    Jean-Baptiste, Animateur Fédéral du MJS Vaucluse.

  • Francois Smyczynski

    Jean-Baptiste, je te connais assez pour savoir que ceci n’est en aucun de l’animosité de ta part, et c’est pourquoi je répond volontiers à ta réaction. Pour cela, je vais traiter ton commentaire point par point.

    Tout d’abord, je tiens à te préciser que je ne suis pas, et je ne me considère pas, comme un journaliste politique, ne serait-ce qu’amateur. Malgré ma présence à la radio, je n’y tiens qu’une place de chroniqueur. Je me positionne bien davantage comme un observateur de la vie politique, en adoptant un point de vue le plus neutre possible, pour ensuite en tirer des conclusions.

    Lorsque je me suis rendu à ce meeting, ce n’était pas du tout dans le but de faire « une enquête ». J’aurai pu demander mon accréditation presse, mais je ne l’ai pas fait. J’y suis allé pour deux raisons : la curiosité et la volonté d’en faire une analyse sémiologique. Je m’attache alors à des faits : oui, on rentre plus facilement si on fait partie du milieu du PS ; oui, la jeunesse est répartie dans la salle ; oui, le meeting est avant tout un coup d’éclat médiatique. Je ne dis pas que c’est bien ou que c’est mal (je sais pertinemment que les produits dérivés sont utiles pour financer la campagne), mais je tenais simplement à retranscrire à travers ce papier un meeting politique, vu par quelqu’un d’extérieur et qui ne fait pas partie des instances politiques présentes ce jour là.

    Ce que tu as pris pour de l’amertume n’est qu’en fait la trace d’un humour ironique, sarcastique même. Il n’est pas question pour moi de flinguer les meetings politiques en eux-mêmes, et encore moins celui de François Hollande. Mais je voulais simplement raconter aux lecteurs comment cela se passe à l’intérieur, et ainsi en arriver à mon analyse qui se veut être la plus sémiologique possible.

    J’espère avoir répondu de manière juste et utile à ton commentaire. Evidemment, je reste à la disposition du Sémioblog si jamais d’autres réactions viennent alimenter ce papier.

    François SMYCZYNSKI, fidèle à moi-même (et c’est déjà pas mal)

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