Le traitement médiatique des événements de Toulouse, la priorité au direct au mépris de l’information

dans Medias

Les propos tenus ici ne remettent pas en question la gravité des crimes perpétrés ces derniers jours dans le sud-ouest de la France.

Alors que les événements qui se sont déroulés ces derniers jours dans la région de Toulouse sont encore au cœur de l’actualité, il semble déjà possible d’en tirer un certain nombre d’enseignements au sujet de leur traitement médiatique.

Un agenda médiatique calqué sur celui du Président

Dès lundi matin, Nicolas Sarkozy a fait le choix de suspendre sa participation à la campagne. Il a été suivi par un certain nombre d’autres candidats, comme François Hollande. Que Nicolas Sarkzoy fasse ce choix, cela peut se comprendre, puisqu’il est encore Président. Que les autres candidats suivent, est une chose qui peut nous étonner, parce qu’en vérité une campagne ne peut être suspendue.

Lorsque nous voyons les candidats à l’élection s’exprimer, nous ne pouvons en aucun cas les faire sortir de leur costume de candidat. Certes, la campagne n’est pas la même à ce moment, mais la campagne n’est pas suspendue, comme en témoignent les différents discours des prétendants à la fonction présidentielle.

Ce suivisme des candidats donne raison au candidat-président d’avoir dit qu’ils suspendait sa participation : non seulement il a été suivi (montrant donc qu’il est le leader), il a imprimé son propre rythme sur la campagne, mais en plus, il a repris la main sur l’agenda médiatique. Le Président est venu au secours du candidat, comme c’est très bien expliqué ici (clic, clic, clic)

Une rhétorique du vide

Depuis lundi, nous avons assisté à une véritable surenchère médiatique de la part des différentes chaînes et notamment de la télévision : les caméras à Toulouse, bien entendu, mais pas seulement.

On pouvait par exemple, pendant toute la matinée de lundi, assister aux directs d’un journaliste de BFM TV qui se trouvait devant une école juive à Paris. Les portes étaient fermées, il n’y avait personne devant l’école, et bien entendu, ce journaliste n’avait aucune information à donner. Mais il était là.

Cette rhétorique du vide n’est pas nouvelle. Elle rappelle les directs pendant la guerre du Golfe, durant lesquels les journalistes, reclus dans leur chambre d’hôtel, parlaient au téléphone pour dire qu’ils n’avaient pas d’informations à donner. Ce qui compte ici, c’est la présence physique d’une personne. Le journaliste n’est plus vraiment journaliste, il se transforme en simple témoin, il est là, il pourra témoigner s’il se passe quelque chose.

Cette façon de meubler avec du vide et de faire acte de présence nous rappelle également les directs pendant l’affaire DSK, lorsque les journalistes, postés devant le tribunal à New-York, étaient moins bien informés quel les rédactions à Paris.

Pour meubler également, et « tenter d’expliquer » mais sans avoir d’informations, il s’agit également (comme c’est toujours le cas), de donner la parole à des spécialistes : Spécialistes de tueurs en série lundi, spécialistes du Raid aujourd’hui, à chaque journée sa nouvelle salve de spécialistes.

Il s’avère cependant qu’il est toujours très difficile pour ces personnes de s’exprimer et surtout d’expliquer, car elles n’ont pas les clefs de l’explication, car elles n’ont pas les informations, ce qui est normal, puisque l’affaire est en train de se dérouler.

Un feuilleton médiatique

Si dans la journée de mardi, nous avons assisté à une mise en scène de l’émotion, l’affaire s’est transformée en véritable feuilleton médiatique, depuis ce mercredi matin, à partir du moment où le Raid qui est entré en négociations avec le forcené.

La plupart des médias audiovisuels, et notamment les chaînes d’info en continu, ont donné la « priorité au direct » (phrase revenant régulièrement sur BFM TV), donnant l’illusion aux téléspectateurs qu’ils vont « vivre » les événements en train de se faire.

On a par exemple donné la parole à des témoins, comme les voisins du tueur qui, cloîtrés dans leurs appartements et ne pouvant sortir, répondaient aux questions des journalistes. Que disaient-ils ? Que réveillés par des coups de feux, ils n’avaient rien vu, ils ne connaissaient pas le forcené, et qu’ils avaient peur. Une voisine a même demandé, sur Europe 1, à être évacuée. Bruce Toussaint l’a rassurée, lui disant que « ça ne devrait plus tarder… ». Ici encore, pas d’informations, mais une parole qui semble avoir une valeur ultime. Ces paroles nous donnent un sentiment de vécu, l’impression de « vivre » les événements en train de se dérouler, mais ne rendent nullement cette affaire intelligible.

Cette course à l’audience a donc mené certains médias tels que BFM TV à donner des informations contradictoires (clic, clic, clic), la priorité au direct se faisant au mépris de la vérité et du recoupement des informations.

La télévision n’a tiré aucune leçon des affaires médiatiques citées plus haut. Cette affaire est devenue la seule chose dont il est question, effaçant dans le même geste tout le reste de l’actualité médiatique, les chaînes se font une extrême concurrence, allant jusqu’à sortir de fausses informations pour être les premières sur le scoop. On donne la priorité à des témoignages qui n’apportent rien. On privilégie le direct et une télévision de l’émotion au détriment de l’intelligible.

Virginie Spies.

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9 commentsOn Le traitement médiatique des événements de Toulouse, la priorité au direct au mépris de l’information

  • Je partage vraiment ce regard. On nous a saoulé de direct, jusqu’à l’indigestion. Ce doit être dur d’être journaliste dans ces conditions, comme vous le dites d’autant plus lorsqu’ils sont réduits au rôle de témoin…

  • toutafait ok avec ce constat horrible mais il aurait ete plus juste de siter d autres radio que bfm tv.sinon toutafait….

  • pardon pour l oubli : que juste bfm et donc pas seulement

  • du coup lci etait t il impliqué? et i tele? et france 24? et pis c est tout

  • Bon article, tout est vrai.

    Cela dit, c’est EXTREMEMENT agaçant de lire un texte avec plein de bouts de phrase en caractères gras. On n’est pas idiot, on sait comprendre soi-même ce qui est important, pas besoin de nous le montrer !

    Merci

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  • Congo brazzaville: suite au drame du 04 mars,26 accuses ont ete mis aux arrets, cependant que les 53 premiers accuses a tort s’appretent a porter plainte contre le conseil national de securite au travers de ses representants legaux.
    Le chef de l’Etat congolais peut -il compter sur de telle gestionnaires du CNS qui etablissent de fausses listes?

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