Zita dans la peau d’un programme passé à tabac, par Mathias Alcaraz

dans Medias, Télévision

Mercredi soir, M6 diffusait deux épisodes de « Zita dans la peau de » son nouveau programme pas si nouveau que ça, puisqu’il traînait dans les cartons de la production depuis 2009. Le concept ? La journaliste Zita Lotis-Faure entre « en immersion » pour un « nouveau genre d’enquête » comme l’indique la présentation du show sur le site de M6. Pour le premier numéro, c’est dans la peau d’une obèse que Zita a voulu se glisser, avec un succès très discutable. Sur le net, la réaction a été très brutale : mis en pièces sur les réseaux sociaux, le pilote a laissé une odeur de souffre derrière lui, provoquant des explosions de colère ça et là. Pourquoi tant de haine pour un énième mauvais programme? Eléments de réponse.

Une promesse bancale

Avant même de regarder l’émission, on pouvait s’attendre à un bad buzz suivi d’un tabassage en règle sur le net. Dès la présentation du programme, on discerne un fossé entre la promesse de la production et ce que laisse transparaître la bande annonce. Sur le site de M6, on parle de « nouveau genre d’enquête ». Dans une interview officielle qui accompagne la présentation de l’émission, Zita déclare « Je ne suis pas là pour juger mais pour comprendre ». On s’attend alors à un programme novateur, qui va tenter de comprendre les racines des problèmes. De plus, la journaliste n’est appelée que par son prénom, par volonté de proximité avec la téléspectatrice. Cependant, dès la bande annonce, toutes ces promesses de proximité, de nouveauté et d’explication partent en fumée.

On y voit une Zita qualifiée directement de journaliste, en costume, le visage fermé : pour la proximité, on repassera. La nouveauté ne transparaît pas non plus : on a l’impression de voir la bande annonce d’un Super Size Me du pauvre, agrémenté de témoignages vu et revus dans C’est ma vie. Pas de traces d’explication non plus dans la bande-annonce, mais la promesse d’une foule d’inexactitudes, notamment sur l’idée trop répandue que c’est le fait de trop manger qui conduit forcément à l’obésité. D’autre part, notons que Zita avait déclaré ne pas vouloir juger mais comprendre. Pourtant, ses « Tu manges tout ça ? » et ses regards outrés annoncent dès le trailer que question jugement et culpabilisation, l’émission devrait faire ses preuves. L’article de Sophie Pierre-Pernaut sur madmoiZelle résume très bien les erreurs de cette bande-annonce (clic, clic, clic) qui n’en étaient sans doute pas, puisque le programme respecte bien ses réelles promesses qu’on jugera facilement scandaleuses.

Des audiences correctes

Pourtant, malgré les mauvaises impressions qu’a pu transmettre la bande-annonce, le premier épisode de Zita a fait une bonne audience, réunissant 3,3 millions de téléspectateurs en moyenne. Sur Twitter, le live-tweet a été phénoménal, dépassant de très loin le pourtant très respectable #semioblog que vous pouvez trouver en podcast ici (clic, clic, clic).

Pourtant, dès le deuxième épisode sur les femmes de ménage, #Zita a quitté les top-tweets français. Plus mou, moins trash, l’épisode a pourtant fonctionné en termes d’audience. Pour ce qui est des réseaux sociaux, les commentaires ont été moins présents. Sans le moteur de la fascination du morbide, force est de constater que « Zita, dans la peau de » fait moins parler de lui. M6 a donc fait le bon choix en programmant le plus polémique en premier, assumant ainsi cet aspect là de son programme.

Un rejet violent

L’attirance pour le morbide s’accompagne d’un rejet. Comme expliqué précédemment, le show a été victime de la fureur des internautes, et ce pour plusieurs raisons. La première est le manque de tact de la journaliste, accompagné d’une production qui met l’accent sur le spectacle plus que sur le fond. En voyant qu’une des personnes interviewées mange une baguette entière au petit déjeuner, Zita lève les yeux au ciel, effarée, laissant échapper un « Tout ça ? ». Une réaction sur-jouée qui ne génère pas du tout de la sympathie pour la journaliste. Présentée comme une personne « normale », elle met les pieds dans le plat à plusieurs reprises en faisant des raccourcis entre hyperphagie et obésité. En enchaînant les erreurs et en se revendiquant comme normale, Zita tend un miroir déformant au public qui ne la reconnaît pas comme une des leurs. Pour le téléspectateur, Zita est une journaliste, mauvaise qui plus est, qui sert de défouloir à la crise de confiance préexistant envers la profession. Quand, dans le deuxième épisode, Zita est choquée de voir des gens vivre avec 800 euros par mois, la distance est à son maximum : elle n’est définitivement pas « normale », encore moins proche du public de M6.

Si le programme a été violenté, c’est aussi à cause de la stigmatisation qu’elle génère envers les personnes souffrant d’obésité. Zita, en mangeant à outrance, laisse penser que trop manger fait « sombrer dans l’obésité », un terme qui rappelle « sombrer dans la drogue », avec tout l’imaginaire morbide qui en découle. Or, trop manger n’est pas la cause de l’obésité, et il existe de nombreuses formes de cette maladie que le programme n’aborde pas. Il se contente de montrer des gros qui mangent, n’en cherche pas les causes et ne montre que les conséquences, parfois spectaculaires. On parle de taches dans le cou, on montre un ventre à la peau distendue après une perte de poids trop rapide. En bref, on fait du freak show glauque, ambiance cirque et spectacles de monstres au lieu de faire une vraie enquête journalistique. Le public n’étant pas dupe, on ne s’étonnera pas alors de la violence mise en place à son égard, dont l’article de Daria Marx sur le Nouvel Observateur est un exemple frappant (clic, clic, clic).

Fausse enquête, vrai divertissement

Dans une enquête, on commence par amasser des informations sur son sujet d’étude. Pour le cas de Zita, on se rend compte très vite que la journaliste n’a qu’effleuré son sujet : bourré d’inexactitudes, nourri de raccourcis faciles, son immersion chez les obèses n’apporte que trop peu d’information et conserve le flou autour de la maladie. Si Zita avait fourni un travail journalistique, les causes de l’obésité auraient pu être abordées, et elle ne se serait pas étonnée de voir des gros avoir une vie sentimentale classique. C’est précisément ce manque de recul et de travail qui gêne les téléspectateurs.

Pourtant, Zita est spécialiste de l’immersion. Sur le site de M6 on constate que son CV fourmille d’expériences dans le domaine, mais majoritairement pour le compte de journaux féminins. Voyant cela, l’internaute fait lui aussi un raccourci : presse féminine = zéro info, donc on ne peut pas attendre du contenu informatif de sa part. Zita, en jouant un pastiche de journalisme gonzo, apporte la forme au mépris du contenu. Là où Morgan Spurlock avait une thèse et tenait un propos clair, l’enquête de Zita part dans tous les sens, enchaine les lieux communs et néglige l’analyse. « Zita dans la peau d’une femme obèse » se laisse regarder, fait pester seul devant sa télé, mais n’apprend rien. Au final, l’enrobage freak show et le rythme très « Vis ma vie » du programme donnent une fausse enquête qui a presque tout du divertissement.

Reste à savoir maintenant ce qui attend Zita dans ses prochaines aventures : on parle d’un épisode dans la peau d’une naturiste, et d ‘un autre dans la peau d’une SDF. Deux sujets trash qui pourront maintenant être appréhendés comme ce qu’ils sont réellement : des divertissements à mi-chemin entre Vis ma vie et Confessions Intimes, avec une animatrice qui se fait passer pour une journaliste dans le rôle titre. Certainement pas des enquêtes novatrices, donc, mais de bons générateurs à consternation, à moins que l’on ne choisisse de rire devant les aventures de la pauvre Zita.

Mathias Alcaraz.

Quelques mots sur l’auteur :

Lorsqu’il n’est pas étudiant en Sciences de l’information et de la communication, Mathias Alcaraz est pigiste pour Voici.fr et chroniqueur sur madmoiZelle.com. Digital native gavé à la culture geek, il est aussi un grand fan de Confessions Intimes et autres émissions où les gens parlent de leur problèmes en faisant la vaisselle.Vous pouvez consulter son maigre CV ici, ou le suivre sur Twitter par là.

 

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2 commentsOn Zita dans la peau d’un programme passé à tabac, par Mathias Alcaraz

  • Je ne blâmerai pas à 100% la journaliste-animatrice, évidemment pas seule responsable de la ligne éditoriale (en tout cas pas toute seule), mais plutôt la production. C est la mm qui produit « C’est ma Vie » (diffusé tous les samedis après midi, et non « Vis ma Vie », mais la « pâte » est bien la même que le programme présenté par Karin Lemarchand chaque semaine). Et la chaîne ! Qui a commandé ce sujet qui en effet n est pas réalisée comme un documentaire.

    A l inverse, sur France 4, le même soir : on vivait dans la peau d un handicapé ! Même sujet racoleur ? Non, justement, parce que le concept était bien différent et que la ligne éditoriale (plus surveillée sur le service public) était très très loin de celle du programme de M6 !

    Sur France 4 : du fond, des témoignages, des recherches intéressantes (pour atteindre une exhaustivité et traiter le sujet le plus largement possible). L audience n a pas du être la même, après tout… N est ce pas le spectacle qui attire… ?

    Merci et bravo pour cet article !

  • moi j’ai adoré le concept, et jdoit pas être la seule vu les audience^^ les gens décrient le programme mais ils l’ont quand même regarder…les gens aiment le morbide et le trash mais bien entendu, ne l’admette jamais…bas non…c’est pas eux, ils n’adèrent pas a cette tv…souvenons nous de loft story…la tv poubelle…combien d’audience déjà???
    la seule chose qu’a ouvert le net et la possibilité de donner son avis c’est l’hypocritie sans limite des francais!!!

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