La soirée du second tour, Thomas Hollande est la Nouvelle Star

dans Elections présidentielles, Vie politique et medias

La soirée électorale a débuté à 18 h 30 à la télévision. De nombreux internautes connaissaient déjà les résultats de l’élection. Cela n’a pas empêché la télévision de nous offrir de grands moments de direct, et ceci pendant toute la soirée… Voici quelques instantanés de la soirée du second tour à la télévision, suivi de quelques conclusions.

18 h 30. « Priorité aux images », « priorité au direct » explique d’emblée David Pujadas sur France 2. Nous sommes, ici comme ailleurs, aujourd’hui comme hier, dans une télévision de l’instantané, qui nous promet de tout nous dire, immédiatement.

18 h 31. Sur chaque chaîne, des reporters se trouvent à chaque Q.G. Côté UMP, l’ambiance est calme comme un dimanche juste avant la messe. Côté P.S., l’ambiance est très bonne, excellente, même. On crie, on hurle, on bouge du drapeau tricolore, ce qui est gênant pour les chaînes qui ne peuvent rien révéler avant 20 heures. « L’image ou le son ne veulent rien dire des résultats » insiste Claire Chazal…

19 h 03. Laurence Ferrari parle de « reporters volants », autrement dit de journalistes à moto, la moto étant le véhicule indispensable à la soirée électorale depuis la course-poursuite de Benoît Duquesne après Jacques Chirac en 1995 (clic, clic, clic).

19 h 24 : Sur France 2, le journaliste devant le bureau de François Hollande indique qu’il nous tiendra au courant « en temps réel« . Temps réel contre quoi ? Temps fictionnel ? La « course au temps » existe bien, et elle est explicitement nommée, comme pour rassurer les téléspectateurs et les inciter à rester.

19 h 26 : On apprend sur la même chaîne que Didier Barbelivien est arrivé à l’Elysée. L’information se loge dans le détail… Benoît Duquesne quant à lui est planté sur le Pont au Change à Paris, à mi-chemin entre les deux fêtes prévues, faisant « comme si » il n’était pas au courant des résultats. Dès 20 h, il foncera chez les vainqueurs, c’est promis.

19 h 37 : Un monde fou à Bastille, personne à la Concorde, mais cela ne signifie rien, bien entendu. David Pujadas ajoute qu’une scène, cela peut se monter en quelques minutes…. Laurent Delahouse retient un sourire nerveux, il se mord les lèvres.

19 h 48 : « Vous vivez le truc en direct… pardon, cette soirée en direct » indique le journaliste basé à Tulle.

19 h 52 : Comme pour le premier tour, on entre dans le bureau de François Hollande, très concentré, il travaille sur son discours, en face de Valérie Trierweiler. Cette image n’apporte rien, mais on l’a vu. L’important, c’est le visible, même s’il n’apporte pas d’information.

19 h 54 : Du côté de l’Elysée, la journaliste explique que Nicolas Sarkozy procède au « calage des éléments de langage » de son discours. On apprécie cette nouvelle formule pour dire qu’il répète ce qu’il va dire.

20 h : Les chaînes nous apprennent ce que les Internautes et de nombreux français savent déjà : François Hollande est élu Président de la République avec 51,90 % des voix sur TF1, 52 % selon TF1.

20 h 01 : Sur France 2, on nous montre Thomas Hollande que la chaîne a décidé de suivre pour la soirée. On lui demande ses « sentiments », on lui parle de ses « émotions ». Ce dernier confirme qu’il est très ému. Le journaliste insiste en lui demandant ce que ça fait d’apprendre que son père est élu Président. Dans le même temps, l’image est séparée en deux pour laisser la place au visage fier de sa mère, Ségolère Royal. Impliqué dans la campagne, Thomas Hollande parle de la dimension collective de cette victoire. Ce soir, le « fils de » est la Nouvelle Star. (clic, clic, clic pour revoir cette séquence).

20 h 03 : Classiquement, les politiques se succèdent sur les plateaux télé.

20 h 21 : Nicolas Sarkozy prend la parole. Il termine son discours par un « Je vous aime ». Celui qui individualisait la plupart de ses actions pendant son mandat parle maintenant d’amour à ses militants.

20 h 36 : Sur France 2 on coupe la parole à Henri Guaino pour la donner à Josiane Balasko…

20 h 58 : Toujours sur la même chaîne, Yannick Noah succède à Marine Le Pen.

21 h 03 : Le journaliste de France 2 est filmé en train de se prendre en photo avec Yannick Noah avec son téléphone portable. Nous sommes dans « Fan de » ou dans une soirée électorale ?

21 h 03 : On retrouve Thomas Hollande au téléphone avec son père (coup de fil passé une heure auparavant). On entre dans l’intimité entre un père et son fils, c’est très gênant. Oui, nous sommes toujours sur France 2. Juste après, on le retrouve en direct. Le journaliste lui demande ce qu’il pense, il explique qu’il est heureux, et qu’il se trouve un peu ridicule, comme ça, au téléphone avec son père en train de passer à la télé. On ne peut qu’être d’accord avec lui. Le service public verse dans le people.

21 h 10 : Les reporters volants motos des différentes chaînes suivent Nicolas Sarkozy.

21 h 22 : C’est la cohue à Tulle. François Hollande prononce son premier discours. Il se dirige ensuite vers l’aéroport, suivi par des dizaines de « reporters volants » qui pourtant, vont devoir le laisser s’envoler vers Paris… Mais à la capitale, d’autres « reporters volants » l’attendent déjà.

Si ce regard sur 3 heures de direct à la télévision est un peu ironique et qu’il peut sembler anecdotique, il nous informe cependant sur ce qu’est une soirée électorale de ce genre aujourd’hui :

. C’est un événement et une grosse machine. Cette machine est très formatée, et ne peut pas tendre vers l’originalité.

. Les chaînes ne cessent d’insister sur « le direct » qui est une « priorité », ce qui est pourtant une évidence, car le direct est même ce qui a fait la spécificité de la télévision, et ceci dès ses débuts.

. Si toutes les chaînes insistent autant sur le direct, c’est aussi parce qu’elles se savent dépassées (en terme de rapidité au moins) par Internet et Twitter. La loi les empêche de dire ce qu’elles savent, ce que de nombreux téléspectateurs savent, c’est une aberration.

. Les chaînes tentent de réaliser un fantasme d’ubiquité, en étant partout et à chaque instant. Suivre une voiture à moto n’apporte rien, ne donne aucune information, et c’est pourtant devenu indispensable au dispositif des soirées électorales.

. Enfin, France 2 a mis en avant le fils de François Hollande et Ségolène Royal, s’immisçant dans une sphère privée, lui parlant de ses larmes, de ses sentiments, et tombant dans une forme de peopolisation qui n’apporte pas de savoir supplémentaire au téléspectateur.

La télévision qui informe, et qui couvre un tel événement peut-elle se passer des sentiments et du pathos ? Il semble que non. Et il semble que l’on n’a pas fini d’entendre parler d’un certain Thomas Hollande.

Virginie Spies.

A lire aussi

DMPP EC#1 – Dans les coulisses de VOICI

« Des médias presque parfait » a pour ambition de proposer des vidéos d’analyse et de réflexion sur les médias. Avec

En lire + ...
DMPP #5 - La communication politique

DMPP#5 – La Communication Politique

Que s’est-il passé en matière de communication politique pendant la dernière campagne présidentielle ? La télé a-t-elle toujours autant

En lire + ...
Les pouvoirs du direct - DMPP #4

DMPP #4 – Les pouvoirs du direct

A quoi servent les émissions en direct ? Depuis quand ça existe, pourquoi on aime ça et en quoi

En lire + ...

One commentOn La soirée du second tour, Thomas Hollande est la Nouvelle Star

  • Bonjour,
    Cela fait 20 ans que j’ai décidé de ne plus avoir de TV.
    Un jour durant l’élection de F.Mitterrand il y avait eu une image subliminale dans l’annonce du JT d’Antenne2 (L’affaire avait été levée par le Canard déchainé et je l’avais vu au magnéto). L’affaire a bien vite été étouffée.
    Depuis je hais les journaux télévisé.
    D’ailleurs je n’aime pas Facebook, ni Twitter (je vous suis sur Twitter mais c’est un paradoxe)
    La télévision et les nouveaux média participatifs remplacent la réflexion (se fléchir pour avoir du recul) par le réflexe.
    L’image dans notre société a aussi remplacée la parole. Elle l’a dénigrée. Cela a une conséquence sur notre perception du discour politique d’ailleurs.
    La Télévision n’informe pas. Elle crée des images les unes à la suite des autres. Il n’y a pas de hiérarchie de l’information et tout est « à plat ».
    Et bien sur l’utilisation de l’émotion. J’écoutais Fabius sur France Inter ce matin dans la première minute de son interview il place 3 fois le mot « émotion ».
    Le fait de parler de l’émotion (il pleure et on lui demande ce qu’il ressent) n’est pas une peopolisation.
    C’est autre chose. Quelque chose de beaucoup plus profond.
    Quand une société parle trop d’un concept, d’un mot, c’est que ce même mot lui manque.
    Quand on parle trop de liberté c’est qu’on en manque, quand on parle trop d’amour c’est qu’on en manque …

Laissez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Mobile Sliding Menu