Couloir de la mort, Manuel Pratt redonne la vie. Par Virginie Spies.

dans Fest. Avignon 2012

Manuel Pratt est seul. Vêtu de la combinaison orange des condamnés dans les prisons américaines. Il nous parle.

Ce n’est pas Manuel Pratt qui nous parle. C’est un condamné à mort. Un homme qui erre dans les couloirs de la mort d’une prison américaine.

Ce spectacle est issu des correspondances que l’auteur et comédien a pu avoir pendant plus de 10 ans avec deux détenus américains qui ne reverraient jamais d’autres couleurs que celles des murs de la prison. Trois mois avant son exécution, il a aussi rencontré l’un d’entre eux, et la pièce semble nous mener au cœur de cette dernière rencontre.

Couloir de la mort est un cri. Un cri de vérité sur la cruauté des hommes. Sur le lent processus qui fait que des êtres humains attendent l’issue fatale entre quatre murs. Sur un système qui tue à petit feu. Sur la violence au quotidien qui te fait mourir avant l’exécution de ta peine.

Couloir de la mort est une réflexion. Qui nous montre que tout le monde peut, à un moment ou un autre, basculer dans la criminalité. Et donc se retrouver du côté de celui qui va finir sa vie à attendre qu’elle s’achève. La peine de mort, peut concerner tout le monde.

Couloir de la mort est la parole d’un homme. Un homme qui a beaucoup de choses à nous dire, et qui n’aura pas le temps de le faire. Il nous dit qu’il ne verra plus jamais les couleurs, plus jamais une femme ou un enfant. Plus jamais. Il prend des douches froides, car ça lui donne le sentiment d’exister.

Couloir de la mort, ce sont les mots d’un homme fort et résigné. A quoi cela servirait, nous dit-il, de regarder la télévision ou d’écouter la radio ? La vie n’est déjà plus. Il ne deviendra pas fou, comme de nombreux autres prisonniers. « Moi, nous dit-il, je veux mourir digne et droit ».

Couloir de la mort n’est pas une pièce qui excuse les criminels. Celui qui nous parle reconnaît que certains hommes doivent être punis, mis à l’écart de la société et des hommes auxquels ils ont fait du mal. Mais « tuer un homme, ça sert à rien ». Dans les couloirs de la mort, le parcours de ces condamnés les tue avant même qu’ils ne subissent la dernière injection. On les considère comme des chiens : « faut qu’on te brise, faut qu’on te casse ».

Couloir de la mort est le texte d’un auteur, Manuel Pratt, qui, lorsqu’il est sur scène, nous fait oublier le grand comédien qu’il est pour laisser toute la place à la personne qu’il interprète. Il est, pour de bon, ce condamné à mort. Il redonne la vie à celui qu’il a connu, et qui n’est plus. En ce sens, Couloir de la mort est un hommage à ceux qui, quoi qu’ils aient fait dans le passé, sont déjà morts, morts d’attendre leur dernier jour.

Couloir de la mort est un texte pur qui, au-delà du témoignage nous prend dans nos tripes, nous laisse les yeux humides mais sans passer par une émotion surjouée.

Couloir de la mort, pourtant, est une pièce qui nous parle de la vie. Qui redonne la vie. Et c’est à cela que sert le théâtre : redonner la vie.

Virginie Spies.

Jusqu’au 28 juillet, les jours pairs à 11 h à la tache d’encre : clic, clic, clic

Retrouvez aussi Manuel Pratt dans ses autres spectacles jusqu’à la fin du festival : clic, clic, clic.

Et sur son blog : clic, clic, clic.

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