Le porteur d’histoire, une odyssée théâtrale, par Virginie Spies

dans Fest. Avignon 2012

« J’ai pris un livre, machinalement.
Je l’ai ouvert, au milieu. 
Ce n’était pas un livre, c’était un carnet manuscrit. 
Et là, je suis rentré dans l’Histoire ». 
Le porteur d’ Histoire.
 

 —

Cinq comédiens. Cinq tabourets. Un grand tableau noir dans le fond. De nombreux costumes sur un plateau nu.

Le porteur d’histoire commence aussi simplement. Qu’est-ce qu’une histoire ? Qu’est-ce que l’Histoire ? Qui sommes nous ? Ce sont les questions qu’ils se posent, c’est le ballet qu’ils vont nous jouer.

Pendant 1 h 30, ces cinq comédiens ne vont pas nous raconter une histoire mais de multiples histoires. Il s’agit d’une multitude de récits : Le porteur d’histoire est une odyssée.

Tout démarre sur un fait divers, la disparition d’une femme et de sa fille en 2001 en Algérie. Et nous voici dans leur maison un peu avant qu’elle ne s’en aillent. Un homme arrive chez elles, comme par accident. Il leur raconte une histoire. Tout à coup, cette scène laisse la place à une autre, et nous assistons récit qu’il nous faisait, puis un autre, et un autre encore, jusqu’à nous mener en 1348 lorsque la peste fait rage dans la cité des Papes.

Le porteur d’histoire nous raconte de multiples histoires embriquées, liées les unes aux autres et qui nous font entrer dans la grande Histoire. C’est un enchaînement narratif, au cours duquel on rencontre de nombreux personnages, on traverse les époques, se laissant emmener par une mise en scène parfaitement réglée mais qui disparaît sous la qualité de la mise en récit.

Cette pièce, c’est du théâtre, et c’est aussi un ballet. Mis en scène comme un grand film de cinéma, où la musique accompagne parfois le texte pour le rendre encore plus poétique, où l’on nous dit que la lecture porte en elle le récit de toutes les vies. C’est aussi un exercice artistique qui fait la preuve que tout est possible au théâtre, et qu’on peut même y transcender les autres formes de spectacle vivant.

A l’heure du storytelling et de la mise en avant du pouvoir des récits (en politique ou dans le monde médiatique), cette pièce est aussi terriblement d’actualité car « la vie est un récit. Tout est fiction. Le maître, c’est celui qui raconte bien ».

A voir jusqu’à demain soir au théâtre des béliers, au théâtre 13 à Paris en septembre 2012, et certainement dans de nombreux autres lieux par la suite.

Virginie Spies.

Jusqu’au 28 Juillet, au théâtre des béliers à 22 h 30 : clic, clic, clic.

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