Forum d’Avignon 2012 : l’âge de raison ?

dans Forum d'Avignon 2012

En cette séance du vendredi matin de l’édition 2012 du Forum d’Avignon, le conseiller scientifique au Musée de l’Europe Elie Barnavi a observé que le fanatique est souvent défini comme un personnage grossier et dénué de culture, mais que son profil est sensiblement plus complexe. Outre la relecture dispensable d’un morceau de Pascal Obispo que cette description permet, l’intervention de Barnavi conduit à se poser l’importante question des formes de l’obscurantisme culturel moderne : à l’heure de l’accès illimité à l’information et aux contenus, comment l’identifier clairement ? Le cas du fanatisme cultivé des « prophètes du progrès » illustre, selon Barnavi, cette réalité délicate à appréhender. Dans la continuité de la séance du Jeudi soir, on en est ainsi revenu, en ce Vendredi, à l’essentielle nuance qu’il est nécessaire d’apporter face aux visions exaltées et unilatérales de l’innovation.

Cette édition 2012 du Forum semble de plus en plus marquée par cette idée de nuance. La culture n’y est plus systématiquement décrite comme une sorte d’antidote miracle fourre-tout à la crise et aux problématiques politico-sociales. Après quatre ans d’existence, force est de constater que le Forum est gagné par un recul accru sur ses propres sujets. On peut y observer, chez les intervenants, une manière surprenante d’assumer les confusions et contradictions qui ont traversé les séances de la manifestation depuis sa création. Désenchantement au vu de la persistance de la crise et du peu de résultats obtenus face aux enjeux culturels soulevés depuis 2008 ?

Cette situation met paradoxalement à jour de manière intéressante les entrecroisements complexes qui se nouent à l’heure du numérique. À ce titre, big up à Pierre Lescure qui s’est livré à un bafouillage slamesque et révélateur où les concepts de déterritorialisation et de dématérialisation se sont transformés en un splendide « déterriomaeuhtélisation ».

Toutefois, il ne s’agit ici pas tant de désenchantement que de réalisme. Est-ce le signe que nous touchons aujourd’hui du doigt une première forme de maturité culturelle face aux récents bouleversements du numérique ? La maturité, c’est notamment l’acceptation des erreurs passées qui permet de poursuivre une démarche tout en l’enrichissant. Le Forum, sous cette lumière, semble être en train de se renouveler. De manière timide, mais néanmoins certaine.

La maturité, c’est aussi préserver une spontanéité quasi-enfantine permettant au réalisme de ne pas se transformer en cynisme. À ce titre, big up à Elie Barnavi pour sa blague ratée sur le lancer de nains.

L’édition 2012 du Forum d’Avignon : l’âge de raison ?

François Theurel.

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