A Avignon, on badine avec l’amour

dans Fest. Avignon 2013

 

Bon. Au festival il y a ce truc que tout le monde sait et dont personne ne parle. Non je ne fais pas allusion au fait que certains parmi nous consomment l’équivalent de la réserve d’alcool d’une petite ville de Russie et tentent de faire passer ça pour une performance de théâtre de rue. On le sait tous.

Non. Toi, moi, nous, on sait. On sait que pendant trois semaines Avignon opère une transformation spectaculaire : la ville se mute en une sorte de Meetic géant en mille fois plus efficace.

Non ne nie pas. Toi-même tu t’es déjà arrêté(e) au milieu de la rue par 42° alors que tu étais en retard au bureau UNIQUEMENT pour que ce tracteur torse nu et transpirant vienne te convaincre que oui, assister pendant 2h40 à une pièce sans paroles sur la condition de la chèvre naine en Ouzbékistan était exactement la façon dont tu comptais occuper ta soirée.

Tu as déjà essayé de faire de l’eye contact dans une file d’attente malgré cette goutte de sueur qui menaçait à tout moment de brûler ta rétine, peut-être même pour aller voir le spectacle sur la chèvre naine de l’Ouzbékistan. Pendant le Festival, rien ne t’arrête. C’est bien simple, parfois, passé 18h30 et 3 demi-pêche, Love to love you de Donna Summer surgit brutalement dans ta tête en regardant les gens sur la terrasse autour de toi.

Pendant trois semaines, le Festival t’accorde un crédit, une chance de peut-être te rattraper durant 30 jours si l’année n’a pas été faste. Une chance de pouvoir faire un tour de France en restant au même endroit. Tu comprends ? On se comprend. Il s’établit une sorte d’accord tacite entre chaque festivalier, dont certains se promettent sûrement de retourner boire une mauresque ensemble à l’occasion, histoire d’être un peu courtois quand même, mais sans vraiment le penser. Après tout c’est vrai, qui boit encore des mauresques ?

Ainsi lorsque « nous l’appellerons Pierre » et « nous l’appellerons Stéphanie » finissent par conclure, dans une chambre louée 600 euros pour le mois, Pierre est persuadé que Stéphanie qui bosse à la billetterie d’un théâtre est originaire d’Avignon quand Stéphanie, elle, est convaincue que Pierre comédien, vit à Paris. Aucune promesse d’engagement ou de nouvelle rencontre un poil embarrassante au mois de novembre quand ils auront dessaoulés, pensent-ils. En vrai, Pierre habite à Rouen comme Stéphanie et ils finiront bien par se recroiser dans la queue de l’ANPE du spectacle d’ici 3 mois.

Un syndrome atteint tout particulièrement la festivalière à Avignon : le syndrome du « mec à la guitare ». Si, tu sais, dans une soirée quand un mec sort une guitare ? Comme tu réalises soudainement qu’en fait il est pas mal ? En fait non, il n’est pas « pas mal » du tout. Il a juste une guitare. Va comprendre. Eh bien pour le comédien c’est pareil. Tu n’avais pas du tout remarqué ce type place des Corps Saints avant qu’il te file une invit’ pour son spectacle. Pourtant une fois qu’il est sur scène, VLAN : ça ne loupe pas, tu réalises soudainement qu’en fait il est pas mal. Ce syndrome redoutable donne parfois lieu à des conversations entre amies type catalogue de la Redoute :

–          Je t’ai dit que j’allais boire un verre avec le type de « La chèvre naine et l’Ouzbékistan» tout à l’heure ?

–          Ah non ?! Moi j’hésite entre le mec de Molière et celui de Racine pour ce soir…

–          Et celui de « Ma secrétaire ne suce pas que des glaçons » ?

–          Oh tu sais… Il m’a proposé d’aller boire une mauresque à l’occasion…

A noter que cela s’applique également au comédien passé à la télé et jouissant d’une notoriété plus ou moins certaine. Ainsi combien d’entre nous vous, en fin de soirée, plaqués entre la porte arrière d’un bar et une poubelle, se sont dit l’esprit embrumé : « ok il est pas super beau mais il est vachement connu »…

Avec l’équipe du Semioblog à chaque fin de Festival, on fait un bilan, une sorte de who’s who mais version who’s in who. L’occasion de constater que nombreux sont ceux qui prolongent les rappels bien après la fermeture du rideau. Comprenne qui pourra. Sur ce, je dois vous laisser, on m’attend pour boire une mauresque place Pie.

Marie-Caroline Neuvillers

Quelques mots sur l’auteur:

Marie-Caroline Neuvillers écrit des choses sérieuses le jour pour gagner sa vie honnêtement, puis le soir venu, écrit des choses avec du lol dedans sur le Festival d’Avignon. Elle passe donc son temps à faire semblant de se plaindre alors que dans la vraie vie elle adore les touristes et le mec qui distribue la Terrasse. Mais toujours pas les gens qui disent « en Avignon ».

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One commentOn A Avignon, on badine avec l’amour

  • Eh bien Stéphanie, Virginie, Marie-Caroline whatever, rendez-vous après le spectacle « ouf Avignon » pour une mauresque avec double dose de pastis et des glaçons. Et puis Rouen, c’est aussi le festival du livre de jeunesse, alors peut-être au stand des contes et légendes inachevés.

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