LB25 (putes) : un impressionnant jusqu’au-boutisme théâtral

dans Fest. Avignon 2013

 

Parce qu’il est parfois bon de s’imposer des petits challenges au débotté, j’ai décidé de profiter de cette chronique pour tenter un exercice résolument périlleux : décrire une pièce comme LB25 sans utiliser le sempiternel tic verbal journalistique « une œuvre coup de poing ». Attention… C’est parti.

La provocation peut-être un art en soi, mais elle en oublie parfois d’avoir un réel propos. La plupart des œuvres « provocantes » qu’il m’a été donné de voir dans le Festival Off ces dernières années pouvaient marquer les esprits, mais elles relevaient à mon sens la plupart du temps d’une volonté gratuite de choquer pour – tâche difficile s’il en est – s’extraire de la masse. Or, LB25 (putes) corrige cela avec une sorte de fougue désespérée qui force le respect.

Valérie Brancq, seule sur scène, reprend les écrits de Grisélidis Réal et Nelly Arcan, prostituées et écrivains, afin de livrer un constat acéré sur la marchandisation des corps. La thématique n’y est ni romancée, ni condamnée. Elle est traitée avec une factualité à la fois hargneuse et tristement amusée.

Pour appuyer son propos, la comédienne, aidée par la mise en scène à la fois sobre et inventive d’Olivier Tchang-Tchong, s’efforce d’éliminer toutes les potentielles zones de répit pour les spectateurs à grand renfort de langage cru, de dévoilements du corps ahurissants de courage et de rupture des frontières avec le public. Elle occupe tout l’espace avec une énergie folle et l’attention, maintenue dans cet espace génialement insécurisé, ne faiblit jamais. LB25 (putes), c’est un duel permanent avec la bienséance, un incroyable numéro d’équilibriste entre héroïsme et humiliation. Faisant littéralement corps avec son sujet, les nerfs à vif, Valérie Brancq montre avec maestria la manière dont un comédien peut s’oublier et aller jusqu’au bout de lui-même en ne faisant littéralement plus qu’un avec son sujet.

Il existe des inconforts qu’il est nécessaire de vivre au moins une fois. LB25 (putes) fait partie de ceux-là.

François Theurel.

Jusqu’au 31 Juillet au théâtre du Bourg-Neuf, à minuit : (clic, clic, clic).

Quelques mots sur l’auteur :

Après avoir étudié les rapports entre diffusion numérique et cinéma à l’Université d’Avignon, François Theurel s’est mis à faire des chroniques  de films de genre sur Youtube sous le sobriquet du Fossoyeur de Films. Ayant affuté son coup de pelle, il revient ce Juillet dans la Semioteam car, mine de rien, le festival d’Avignon et ses démoniaques affiches lui ont manqué.

https://twitter.com/FrancoisTheurel

http://www.youtube.com/user/deadwattsofficiel

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