Le Horla : l’invisible au théâtre

dans Fest. Avignon 2013

Comment représenter l’invisible au théâtre ? Voilà la brûlante question qui m’a poussé à découvrir cette adaptation du Horla de Guy de Maupassant, œuvre pionnière de la littérature fantastique (et non de la science-fiction, comme les textes promotionnels l’affirment assez maladroitement).

Le fantastique repose sur l’irruption de l’étrange dans la rationalité du quotidien et, sur ce postulat, le Horla décrit l’ambigüité fascinante d’un homme persuadé d’être traqué par une entité invisible. Folie ? Véritable phénomène surnaturel ? Il va sans dire que ce qui fait l’intérêt principal de la nouvelle de Maupassant est sa capacité à instaurer une ambiance paranoïaque à couper au couteau.

Quid donc de cette adaptation ? Peut-être avais-je trop d’idées préconçues sur la manière appropriée de représenter une atmosphère « horlesque », mais toujours est-il que je fus au premier abord décontenancé par les parti-pris de mise en scène de Slimane Kacioui. Là où le propos aurait dû laisser suffisamment d’espace au silence, à l’incertitude et à des jeux de lumière inquiétants, Florent Aumaître, seul en scène, a livré le texte – intégral – de Maupassant avec un abatage parfois trop frénétique, le plus souvent éclairé de manière uniforme et neutre. Il faut dire que les problèmes d’insonorisation du théâtre du Roi René n’aidaient pas, en ce soir de 14 Juillet, à l’instauration d’une intimité avec le public et il est tentant de penser que le comédien s’est laissé aller à l’urgence pour couvrir tant bien que mal le bruit extérieur.

Le résultat semblait donc en demi-teinte jusqu’à un dernier tiers fort heureusement magistral où cette adaptation s’est enfin décidée à laisser respirer son matériau de base. Cette dernière partie accordait enfin toute sa place à l’incongruité et à l’horreur ambivalente du récit, sentiment renforcé par des effets de lumière habiles et le jeu habité d’Aumaître qui finissait par trouver son rythme de croisière.

Malgré les premières réserves montrant toute la difficulté de gérer la question de l’invisible au théâtre, cette adaptation du Horla reste tout de même une belle manière de découvrir un texte unique en son genre. Et si je puis vous conseiller une chose assez essentielle, faites en sorte de ne pas aller voir la pièce lorsqu’un groupe de reprise des Gipsy Kings est prévu le soir-même sur la Place Pie.

François Theurel

Jusqu’au 31 Juillet, à 18 h 50, théâtre du Roi René : clic, clic, clic.

Quelques mots sur l’auteur :

Après avoir étudié les rapports entre diffusion numérique et cinéma à l’Université d’Avignon, François Theurel s’est mis à faire des chroniques  de films de genre sur Youtube sous le sobriquet du Fossoyeur de Films. Ayant affuté son coup de pelle, il revient ce Juillet dans la Semioteam car, mine de rien, le festival d’Avignon et ses démoniaques affiches lui ont manqué.

https://twitter.com/FrancoisTheurel

http://www.youtube.com/user/deadwattsofficiel

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