« Métallos et Dégraisseurs », l’âme de la mémoire ouvrière au festival d’Avignon

dans Fest. Avignon 2013

 

La pièce s’ouvre sur l’année 1866. Il y a une usine, incarnée par un homme, qui restera juché en hauteur jusqu’à la fin de l’histoire. L’histoire, c’est celle de sept générations d’hommes et de femmes qui ont vécu la métallurgie française.

Vécu la métallurgie française, ou plutôt mangé, dormi, enfanté auprès de leur usine. Sitôt les enfants en âge de faire quelques gestes coordonnés, ils étaient embauchés par l’usine, à la grande fierté de leur père.

« Métallos et dégraisseurs », c’est 150 ans d’histoire de la métallurgie en 1 h 30. Un cours d’histoire en accéléré, un récit multiple où se succèdent les parents, les enfants, les tantes et les oncles. Une histoire qui pourrait être celle des luttes syndicales, des cadences infernales, mais qui est avant tout celle de la vie telle qu’elle a été pour des milliers de gens.

C’est la mémoire ouvrière, la croyance dans le communisme, les espoirs et les déceptions, le retour sur de nombreuses vies pour lesquelles il n’y avait qu’un seul avenir : celui de l’usine.

On pourrait penser que l’histoire est triste, or le récit et la mise en scène sont enlevés, denses, au service d’une écriture fine,  drôle et pourtant criante de vérité. Un théâtre documentaire qui joue avec la mise en abyme, et qui offre plusieurs niveaux de lecture, laissant au public le choix de son interprétation.

De 1866 au démantèlement des usines par Arcelor Mittal, « Métallos et dégraisseurs » est une pièce dense, qui vous remet les idées en place sans pathos. « On pensait avoir une vie meilleure » nous disent les ouvriers d’hier. Voilà qui nous calme bien sur nos destins personnels, qui nous renvoie à notre place de privilégié, qui nous rappelle les combats qui furent menés, et dont nous bénéficions tous aujourd’hui, avec une forme d’amnésie bien confortable. Une pièce salutaire.

Virginie Spies.

Jusqu’au 31 Juillet au Théâtre du Bourg-Neuf, à 11 heures : clic, clic, clic.

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